‹ La coupe (volume 2)Chapitre 89 sur 91 · COUP D'ŒIL GÉNÉRAL SUR PARIS · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL GÉNÉRAL SUR PARIS

monstrueux contraste? Ohl je sais bien qu'il est partout, et que, d'ailleurs, le devoir n'est pas de fuir la souifrance et d'apaiser son cœur dans le repos de régoïsme. S'il existait sur la terre un sanctuaire réservé, une société d'exception, où, dans quelque île enchantée, on pût aller s'asseoir au banquet de la fraternité, ce serait peut-être là qu'il faudrait faire un pèlerinage une ou deux fois dans sa vie, pour s'instruire et se retremper ; mais ce ne serait pas là que l'on devrait aller vivre à jamais. Car on s'y endormirait dans les délices, et on y oubliierait tout ce qui cherche, lutte et gémit sur la face de la terre. Ou bien, si on n'y devenait pas insensible aux malheurs de l'humanité , on se sentirait profondément malheureux d'être ainsi associé aux suprêmes jouissances du petit nombre, et de ne pouvoir plus rien tenter pour sauver le reste des hommes. Eh bien, voilà précisément ce qu'on éprouve à Paris quand on n'est pas desséché par Tégoïsme. C'est que Paris me présente, au premier chef, la réalisation de cette fiction, dont la seule pensée épouvante mon esprit : tout d'un côté, rien de l'autre. C'est le résumé de la société universelle, vouée au désordre, au malheur et à l'injustice, avec une petite société d'exception incrustée au centre, et qui réalise en quelque sort l'Eldorado que je supposais tout à l'heure dans les régions fantastiques. Seulement, ce n'est pas au nom du principe divin de l'égalité chétienne que cette petite société vide incessamment la coupe des voluptés humaines. Ce n'est pas même en vertu d'une loi d'égalité relative, semblable à celle qui constituait les anciennes sociétés de Sparte, d'Athènes et de Rome. Il y a bien encore une caste de citoyens priviléiriés entée et as-

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sise sur un peuple d'esclaves môprisés ou d'alfrancliis méprisables ; mais ce n'est plus même le hasard de la naissance ou l'orgueil des services rendus au pays, qui préside à ces privilèges : c'est le hasard de la spéculation, c'est souvent le prix du vol, de l'usure; c'est la protection accordée aux vices contempteurs de toute religion, aux crimes comniis contre la patrie et rimmanité tout entière.

Il y a donc âu sein de Paris une société libre et heureuse' d'un certain bonheur sans idéal, réduite à la jouissance de la sensation. On appelle cela le monde. Que dis-tu de ce nom ambitieux et outrecuidant, toi, libre voyageur parmi les sphères de l'inlini, à qui la terre tout entière apparaît comme un point perdu dans l'espace ? Kh bien, dans les imperceptibles détails de cet atome, il existe une petite caste qui a donné à ses frivoles réunions, à ses fêtes sans grandeur et sans symbole, le nom de monde^ et dont chafjue individu dit, en montant dans sa voilure pour aller parader parmi quelques groupes d'oisifs pres.sé*> dans certains salons de la grande ville de travail et de misère : Je vais dans le monde; je vois le monde ; je suis homme du inonde.

Étrange dérision f vous êtes du monde, et vous ne savez pas qu'au sein de votre petit monde terrestre vous devenez un monstre et un non-sens dès que vous vous isolez de la race humaine dans le moindre de ses membres ! Vous ête*^ du monde, et vous ne savez pas qu'il y a un monde céleste et infini au milieu duquel vous vous agitez sans et but sans fruit, ^n contradiction que vous êtes avec toutes ses lois divines et naturelles! Vous êtes du monde, et vous ne savez pas que votre devoir est de travailler comme homme, comme créa-

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