‹ La coupeChapitre 20 sur 82 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

Elle courut à la demeure d'Hermann, voulant s'habituer à la vue de son bonheur. Elle le trouva consterné. Bertha était malade; le chagrin que l'enlèvement de sa fille lui avait causé avait allumé la fièvre dans son sang. Elle avait le délire et redemandait sans cesse avec des cris l'enfant qu'elle tenait dans ses bras sans la reconnaître. Zilla courut chercher des plantes salutaires et guérit la jeune femme. La joie revint dans le chalet; mais Zilla resta honteuse et triste : elle y avait fait entrer la douleur.

Elle crut que maître Bonus s'en ressentait aussi : il ne parlait presque plus et ne pouvait marcher. « 11 n'est pas malade, lui dit Hermann; il n'a pas eu de chagrin, il n'a pas compris le nôtre. Il n'a d'autre mal que la vieillesse. Il ne veille plus et ne dort plus. Ses heures sont noyées dans un rêve continuel. Il ne souffre pas, il sourit toujours. Nous croyons qu'il va mourir, et nous avons

tout essayé en vain pour prolonger sa vie. — Vous désirez donc qu'il ne meure pas? dit la fée.

— Nous ne désirons pas l'impossible, répondit Hermann. Nous regretterons ce vieux compagnon et nous prolongerons autant que possible le temps qui lui reste à passer avec nous ; mais nous sommes soumis à la loi que nous impose le Maître de la vie. Zilla s'approcha du vieillard et lui demanda s'il voulait qu'elle essayât de lui rendre ses forces. Maître Bonus se prit à rire et la remercia d'un air enfantin. « Vous avez assez fait pour moi, dit-il; vous m'avez sauvé du supplice. Depuis, grâce à vous, j'ai vécu de longs jours paisibles, et il ne serait pas juste d'en vouloir davantage. »

Quand la fée revint le voir, il souffrait un peu et se plaignait faiblement. « J'ai bien de la peine à mourir, lui dit-il. — Tu peux hâter ta fin, lui répondit la fée. Pourquoi l'attendre, puisqu'elle est inévitable? » Maître Bonus sourit encore. « La vie est bonne jusqu'au dernier

souffle, madame la fée, et la raison, d'accord avec Dieu, défend qu'on en retranche rien. — Et après? Que crois-tu trouver de l'autre côté de cette vie?

— Je le saurai bientôt, dit le moribond; mais, tant que je l'ignore, je ne m'en tourmente pas. »

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