L E C II Œ 0 K
Qu'il chante et qu'il mouille ses lèvres pour reprendre haleine, mais qu'il dise la chanson du pays s'il veut vider en entier la coupe de la joie.
LE VOYAGEUR
Moi. . . moi. . . attendez ! oui, m'y voilà, pi chante.) Moi, qui suis un joyeux écolier, je mène une folle vie. Je bats nuit et jour le docte pavé de Salamanque. Je passe souvent par-dessus les remparts pour courir après les lutins femelles qui passent comme des ombres dans la nuit orageuse, dans la nuit perfide, mère des erreurs et des déceptions; dans la nuit infernale, mère des crimes et des remords ! Ah bah ! je me trompe, ce n'est pas cela . . .
DIEGO (Récitatif).
Eh ! de par Dieu, il est temps de s'en apercevoir. D'un bout à l'autre, il invente, il ne se souvient pas.
LE CHŒUR
Silence, silence, écoutez ; il a la voix belle.
LE VOYAGEUR
in chante.) Et quand un docteur de l'université vient à se croiser avec moi dans une ruelle, sous
la jalousie de mon amante, je casse avec joie le manche de ma guitare sur le dos de mon pauvre pédant noir, et je me sauve vers mes montagnes. Aye, aye, mon pédant noir, voici la récompense de ton aubade; aye, aye, dis adieu aux jolies filles.
LE CHŒUR
Bravo ! la chanson m'amuse, chantons et répétons avec lui son refrain capricieux : Aye, aye, mon pauvre pédant noir, aye, aye, dis adieu aux jolies filles.
LE CHATELAIN (Récitatif).
Continue, mon brave improvisateur, tu n'as pas dit la chanson du pays, et j'en suis fort aise, car la tienne me plaît; mais tu sais notre marché. Il faut en venir à ton honneur si tu veux vicier avec nous la coupe de la joie.
LE CHŒUR
Courage, pèlerin. Mouille tes lèvres encore une fois, mais dis la chanson du pays si tu veux vider avec nous la coupe de la joie.