‹ La cour de Charles XChapitre 17 sur 22 · DREUX ET VERNEUIL · texte numérisé non relu

DREUX ET VERNEUIL

Le trajet de Dreux à Verneuil, où l'on devait coucher le soir, se fit sans encombre. On trouvait, sur la route, au haut des clochers de tous les villages et de toutes les villes, le drapeau tricolore établi et les gai'des nationales parées des trois couleurs. Ce spectacle était extrêmement désagréable au roi. Du reste, la population se montrait calme et silencieu.se, résultat de sa disposition personnelle, de son instinct, et aussi des recommandations des commissaires, qui, précédant le cortège, avaient soin de les renouveler constamment.

Quand on fut arrivé à Verneuil, où l'on passa la nuit du 5 au 6 août, M. Odilon Barrot écrivit à Louis-Philippe : « Partout sur notre route, nous avons trouvé l'unanimité, au moins apparente, pour le nouveau gouvernement. Les gardes nationales étaient sous les armes et portaient la cocarde nationale... La suite du roi ne se composait i)lus que de cinq cents gardes du corps environ, quelques gendarmes d'élite, deux pièces de canon ; beaucoup de bagages et de valets. Nous avons insinué de renvoyer une grande partie du service ; mais la force des habitudes l'emporte. Le roi paraît satisfait des soins dont nous l'entourons ; nous n'avançons que bien lentement ; le roi dit qu'il ne peut pas faire de plus fortes journées, il n'est ni dans notre mission ni dans notre volonté de le contraindre à voyager plus vite... Nous avons adressé hier un coui-rier à Paris ; nous en envoyons un aujourd'hui à Caen pour avoii' de l'argent ; le roi en manque absolument ; il parle de sa volonté de rembourser les .sommes dépensées ; ce point ne nous regarde pas. M°" la duchesse de Berry fait prier S. A. R. la duchesse d'Orléans de faire veiller à son château de Rosny. La duchesse d'Angoulème paraît tout absorbée dans sa douleur. » ,

On peut dire, à l'honneur de Charles X, qu'il sortait pauvre de son royaume. Il n'avait rien gardé pour lui des millions de sa liste civile. Tout avait été dépensé en représentations, en bonnes œuvres, en largesses. Les ministres .se doutaient si peu de l'importance du mou-

vement de Paris, qu'on n'avait pas songé à avoir de l'argent ; le trésor du roi ne contenait rien ; à Rambouillet, Sa Majesté avait fait vendre de l'argenterie pour payer le peu de vivres qu'on avait trouvés pour les troupes, et à Dreux, le receveur n'avait pu remettre aux commissaires que quatre mille francs, la seule somme que contînt sa caisse.

Le maréchal Marmont mentionne ces embarras d'argent: « J'étais, dit-il, l'unique intermédiaire entre le roi et les commissaires. Je cherchais à concilier des dispositions souvent opposées, surtout à diminuer les angoisses d'un pareil voyage. Les commissaires m'avaient fait connaître leurs pouvoirs pour faire payer aux troupes tout ce qui leur était dû. On s'occupa d'abord de celles qui avaient été dirigées sur Chartres, et devaient retourner dans leurs garnisons. A Verneuil, on donna des acomptes aux gardes du corps et aux officiers d'état-major, réduits à un pressant besoin,

« Les commissaires me chargèrent de faire l'offre au roi de tout l'argent qu'il voudrait, en annonçant à Cherbourg un million à sa disposition. J'en rendis compte au roi, qui m'ordonna de faire connaître son refus. Il exigeait, au contraire, que l'on tînt une note exacte des dépenses de son voyage, pour qu'il pût en opérer plus tard le remboursement, »

Les partisans de la Révolution eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher d'admirer la piété, la délicatesse, le désintéressement du souverain qui avait la triple majesté du rang, de la vieillesse et du malheur.

Aucun incident remarquable ne se produisit, d'ailleurs, à Verneuil, La population était calme, et le matin du vendredi 6 août, on se dirigea sur Laigle, où l'on devait coucher le soir.

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