LAIGLE ET LE MERLERAULÏ
L'immense convoi s'avançait au pas, à travers une double haie formée par les populations accourues de dix lieues à la ronde, pour contempler ce spectacle unique, l'exode d'une cour et d'un roi. « Notre manière de voyager, dit le maréchal Marmont, était celle-ci: une heure ou deux avant le moment fixé pour le départ du roi, je faisais partir les Ijagages et les gens de la suite avec un détachement de gendarmes ; Charles X entendait la messe, et jamais il ne s'en est dispensé, même quand il partait à quatre heures du matin. Deux compagnies de gardes du corps ouvraient la marche. Après elles, les voitures des enfants, des princesses, de Monsieur le Dauphin et celle du roi, où étaient avec lui le duc de Polignac, premier écuyer, et le duc de Luxembourg, capitaine de service. Venaient ensuite les deux autres compagnies, des gardes du corps et les gendarmes. Je marchais à cheval à peu de distance de la voiture du roi. »
Depuis Rambouillet, les rangs des courtisans du malheur s'étaient bien éclaircis. On distinguait encore sur la route, à la suite de la famille royale fugitive: le prince de Croï-Solre, capitaine des gardes; le général comte de Trogoilf, aide de camp du roi, gouverneur du château de Saint-Cloud ; le général comie'de Lassalle, aide de camp du roi, gouverneur du château de Compiègne; le marquis de Courbon- Blenac, major des gardes du corps; le baron de Gressot et le marquis
de Choiseul-Beaupré, maréchaux de camp, aides-majors généraux de la garde royale ; deux autres maréchaux de camp : le comte Auguste de Larochejaquelein et le baron de Crossard ; le marquis de la Maisonfort, aide-major des gardes du corps; le marquis de La Roche-F'ontenilles, colonel du 1" régiment des grenadiers à cheval de la garde ; le baron Weyler de Navas, sous-intendant de la maison militaire.
La maison civile du roi était à peine représentée dans ce cortège du départ pour l'exil. Il y avait, outre le duc Armand de Polignac, premier écuyer, le comte O'Hégerty, écuyer commandant, et le vicomte Hocquart, chambellan, maître de l'hôtel.
Le Dauphin avait auprès de lui le duc de Guiche, son premier menin, et le duc de Levis; le duc de Bordeaux, son gouverneur, le baron de Damas, et ses deux sous-gouverneurs : le marquis de Barbançois et le comte de Maupas.
Avec la Dauphine étaient : la marquise de Sainte-Maure, dame pour accompagner, et M. O'Hégerty fils, écuyer. Avec la duchesse de Berry : le comte de Brissac, chevalier d'honneur; le comte de Mesnard, premier écuyer, et la comtesse de Bouille, dame pour accompagner. Avec Mademoiselle : sa gouvernante, la duchesse de Gontaut, et la baronne de Charette.
A ce cortège de la fidélité s'étaient joints: le comte de Chateaubriand, colonel du 4' chasseurs, et quelques officiers de la garde royale, entre autres, MM. Jules et Amédée d'Espinay Saint-Luc, capitaines au 2' grenadiers à cheval; d'Offémont, sous-lieutenant au même régiment; de Bouille, sous-lieutenant aux chasseui^s.
On voyageait à petites journées. C'était une conséquence forcée du mode de voyage qu'avait adopté Charles X, qui désirait être entouré de ses gardes du corps tant qu'il serait en France. Il fallait donc ménager et les hommes, dont quelques-uns suivaient à pied, et les chevaux, qui ne se relayaient pas. Au dire de Chateaubriand, « parfois