LA FAMILLE D'ORLÉANS
A l'avènement de Charles X, Louis-Philippe, duc d'Orléans, chef de la branche cadette des Bourbons, né à Paris le 6 octobre 1773, n'avait pas encore cinquante-et-un ans. Il était marié, depuis le 25 novembre 1809, à Marie-Amélie, princesse des Deux-Siciles, dont le père, Ferdinand I", régnait à Naples, et dont la mère, la reine Marie-Caroline, sœur de Marie-Antoinette, était morte à Vienne, le 7 septembre 1814. Marie-Amélie, née le 26 avril 1782, avait quarante-deux ans, lorsque Charles X monta sur le trône. De son mariage avec le duc d'Orléans étaient nés cinq fils et quatre filles :
1° Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Honri-Roselin, duc de Chartres, né à Palerme le 3 septembre 1810 (celui qui, lorsque son père sera roi, prendra le titre de duc d'Orléans, et mourra d'une chute de voiture, en se l'endant des Tuileries à Neuilly, sur le chemin de la Révolte, le 13 juillet 1842) ;
2° Louise-Marie-Thérèse-Caroline-Élisabeth, M'"" d'Orléans, née à Palerme, le 3 avril 1812 (celle qui épousera le roi des Belges Léopold I", le 9 août 1832, et mourra le 11 octobi'e 1850) ;
3° Marie-Christine-Caroline-Adélaïde-Françoise-Léopoldine, M"° de Valois, née à Palerme le 12 avril 1813 (celle qui sera désignée sous le nom de la princesse Marie, se distinguera dans les arts, sculptera la célèbre statue de Jeanne-d'Arc, épousera, le 17 octobre 1837, le duc
Frédéric-Guillaume de Wurtemberg, et mourra le 2 janvier 1839) ;
4° Louis-Charles-Philippe-Raphaël, duc de Nemours, né à Paris le 25 octobre 1814) ;
5° Marie-Clémentine-Caroline-Léopoldine, M'" de Beaujolais, née à Reuilly, le 3 juin 1817 (celle qui sera désignée sous le nom de la princesse Clémentine, et qui épousera, le 20 avril 1843, le prince Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha) ;
6° François-Ferdinand-Philippe-Louis-Marie, prince de Joinville, né à Neuilly, le 14 août 1818 ;
7° Charles-Ferdinand-Louis-Philippe-Emmanuel, duc de Penthièvre, né à Paris, le I" janvier 1820 (qui mourra le 25 juillet 1828) ;
8° Henri-Eugène-Philippe-Louis, duc d'Aumale, né à Paris, le 16 janvier 1822 ;
9° Antoine-Marie-Philippe-Louis, duc de Montpensier, né à Neuilly, le 5 juillet 1824.
Le duc d'Orléans avait une sœur qui vivait avec lui au Palais- Royal et passait pour son Egérie. C'était Louise-Marie-Adélaïde-Eugénie, Mademoiselle d'Orléans, comme on l'appelait sous la Restauration. Née le 23 août 1777, elle avait été élevée avec son frère par M"" de Genlis, et on la disait, attachée aux idées du parti libéral. (C'est elle qui, en 1830, décidera Louis-Philippe à accepter la couronne, prendra le nom de Madame Adélaïde et mourra, sans s'être jamais mariée, quelques jours avant la révolution du 24 Février 1848.)
Marie-Amélie, duchesse d'Orléans, était la sœur du prince royal des Deux-Siciles, François, père de la duchesse de Berry, et la nièce témoignait à sa tante une très grande atïection. Les liens du sang n'étaient pas les seuls qui unissaient les deux princesses. Pendant toute son enfance, la duchesse de Berry avait vécu auprès de sa tante, à Palerme et è Naples. Toutes deux descendaient en ligne directe de la grande impératrice Marie-Thérèse. Toutes deux avaient beaucoup aimé la reine
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Marie-Caroline, dont l'une était la petite-fille, l'autre la fille. Toutes deux professaient une grande admiration pour la reine martyre, Marie-Antoinette, dont l'une était la petite-nièce, l'autre la nièce. La dévotion et les sentiments de famille de la duchesse d'Orléans lui attiraient de grandes sympathies, et la duchesse de Berry avait pour elle un attachement respectueux. Leurs relations étaient aussi fréquentes qu'amicales. Il existait entre le Palais-Royal et le pavillon de Marsan, demeures si rapprochées l'une de l'autre, des rapports d'amitié et de bon voisinage qui ne laissaient rien à désirer.
Le duc de Bordeaux et sa sœur, Mademoiselle, aimaient beaucoup leurs petits cousins et cousines d'Orléans. On se plaisait à penser que le duc de Chartres pourrait bien devenir un jour le mari de Mademoiselle. Ce jeune prince, déjà très aimable et très sympathique, était le favori de la duchesse de Berry. Elle se disait que ce serait là le gendre de ses rêves. Toutes les fois qu'elle se rendait au Palais-Royal, où ses visites se renouvelaient sans cesse, elle y était reçue avec des transports d'atïèction. Nulle part elle ne se plaisait davantage. Louis-Philippe la traitait avec déférence et courtoisie. Elle croyait sincèrement à son amitié, et quiconque aurait émis devant elle le moindre doute sur la loyauté du mari de sa tante n'aurait point osé continuer la phrase commencée. La duchesse de Berry devait conserver cette confiance jusqu'à la révolution de 1830.
Charles X avait pour le duc d'Orléans et pour toute sa famille une bienveillance fondée .sur une très réelle sympathie. Pendant l'émigration, comme .sous le règne de Louis XVIII, il avait toujours entretenu avec le duc des relations cordiales, et s'était appliqué à etïacer les mauvais souvenirs de Philippe-Egalité. Autant Louis XVIII était défiant, autant Charles X était confiant. Optimiste comme toutes les bonnes natures, le nouveau roi ne voulait pas croire au mal. Afïable, loyal et bon, il prêtait à autrui ses propres qualités. Louis XVIII avait toujours eu des
soupçons au sujet du duc d'Orléans. « Depuis sa rentrée, disait-il en 1821, le duc d'Orléans est chef de parti et n'en fait mine. Son nom est un drapeau de menaces, son palais un point de ralliement. Il ne se remue pas, et pourtant je m'aperçois qu'il chemine. Cette activité sans mouvement m'inquiète. Comment s'y prendre pour empêcher de marcher un homme qui ne fait aucun pas ? » Toutes les fois que le duc avait tenté quelque démarche pour ohtenir la faveur d'échanger son titre d'Altesse Sérénissime contre celui d'Altesse RoMde, le roi s'v était obstinément refusé. «• Le duc d'Orléans est déjà assez près du trône, répondait-il à toutes les sollicitations ; je me garderai bien de l'en rapprocher davantage. »
Ce refus contristait beaucoup le duc. Une circonstance le lui rendait plus pénible encore. Comme fille de roi, sa femme était Altesse Royale. Elle jouissait, à ce titre, des honneurs dont son mari était privé. Quand elle se présentait avec lui à la cour on l'annonçait la première, en ouvrant les deux battants de la porte du salon : « S. A. R. M"" la duchesse d'Orléans. » Puis, refermant l'un des deux battants, l'huissier annonçait : « S. A. S. M'"" le duc d'Orléans. » Cette différence était très désagréable au duc. Charles X n'eut rien de plus pressé que de la faire disparaître. Le 21 septembre 1824, il accorda le titre d'Altesse Royale au duc d'Orléans, et trois jours après il conféra aussi ce titre si désiré aux enfants et à la sœur du prince. Celui-ci s'en montra tout joyeux. Il avait beau favoriser le libéralisme et donner des gages à la démocratie, il restait prince jusqu'à la moelle des os. Il aimait non seulement l'argent, mais les honneurs, et attachait aux questions d'étiquette une importance extrême. Les souvenirs de son enfance et de sa première jeunesse le rattachaient à l'ancien régime, et, malgré des apparences contraires, ce prince, si cher à la bourgeoisie et à la garde nationale, fut toujours un homme de Versailles, par ses aspirations et par ses goûts.