LA FAMILLE D'ORLEANS
Charles X aurait dit volontiers au duc d'Orléans, comme Auguste à Cinna, en parlant de ses bienfaits :
Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler.
Il ne se borna pas à lui accorder un titre honorifique, il lui donna quelque chose d'autrement solide, en lui faisant rendre définitivement, avec la sanction des deux Chambres, les anciens apanages de la maison d'Orléans. Cette affaire des apanages n'était pas chose facile. Il ne suffisait plus, en effet, de la bonne volonté du château, il fallait le vote des Chambres, et la majorité n'y était guère favorable au duc d'Orléans, contre qui elle avait conservé les mêmes soupçons que Louis XVIII. On vit alors la duchesse de Berry plaider chaleureusement la cause du mari de sa tante, et conspirer avec Charles X contre la droite qui, dans cette circonstance, croyait servir la royauté en n'obéissant point au roi. L'opposition contre le projet s'annonçait comme devant être si forte que le gouvernement se crut obligé de faire une sorte de violence morale à la Chambre des députés. Charles X ordonna à ses ministres d'unir en quelque sorte la fortune du chef de la branche cadette des Bourbons à la sienne propre, en abritant cette question d'apanages de la maison d'Orléans sous les dispositions relatives à sa propre liste civile. Le roi pensait que les sentiments de la Chambre pour sa personne et .sa famille feraient adopter le tout en bloc. C'était une ruse de sa bonté, une sorte de contrebande dans les carrosses du roi, comme dit M. de Labourdonnaye. Un grand nombre de députés demandèrent cependant la disjonction. Les ministres durent faire de grands efforts et monter plusieurs fois à la tribune pour défendre l'article qui ne passa qu'à une faible majorité. Le duc d'Orléans, au comble de ses vœux, remercia Charles X avec effusion.
Ce n'est pas tout, sur le milliard d'indemnités aux émigrés, le duc
d'Orléans préleva quatorze millions. Les chefs de l'opposition de gauche, qui avaient vivement combattu le projet, imitèrent l'exemple du prince, et profitèrent largement de la loi qu'ils avaient condamnée. Le duc de Choiseul se fit liquider pour onze cent mille francs, le duc de La Rochefoucauîd-Liancourt pour quatorze cent mille francs, M. Gaétan de La Rochefoucauld pour quatorze cent vingt-neuf mille francs, le général de Lafayette lui-même pour quatorze cent cinquante mille francs.
Déjà le parti orléaniste commençait à se former, peut-être à l'insu de son chef. Dans ses pamphlets de 1824, Paul-Louis Courier s'attachait à séparer la branche aînée de la branche cadette, et déclarait qu'il aimerait à être habitant d'une commune où le duc d'Orléans serait maire, parce que, de prince, le duc s'était fait homme pendant l'émigration, et n'avait jamais mendié le pain de l'étranger. Louis-Philippe continuait prudemment et avec mesure le rôle équivoque qu'il avait joué à la fin de la première Restauration et pendant les Cents-jours. Tout en témoignant à Charles X un respect obséquieux et enthousiaste, il flattait sous main les bonapartistes et les libéraux. Il envoyait son fils aîné au lycée, comme pour insinuer qu'il demeurait fidèle aux idées d'égalité d'où était sorti le surnom de son père. Il accueillait avec empressement au Palais-Royal les coryphées de l'opposition, tels que le général Foy et M. Laflite, et les recevait dans des salons où le })inceau d'Horace Vernet avait représenté les grandes batailles du drapeau tricolore. Quand le général Foy mourut, au mois de novembre 1825, le duc d'Orléans se fit inscrire pour dix mille francs sur la liste ouverte, afin de constituer une dotation en faveur des enfants du général. Le château fit faire à ce sujet au Palais-Royal quelques amicales représentations. L'on répondit que ce n'était point comme prince, mais comme ami, que le duc d'Orléans avait souscrit, et, pour preuve à l'appui, on fit remarquer la modicité de ce don de dix mille francs comparé à d'autres offrandes, à celle de M. Casimir Périer, par exemple, (jui s'élevait au chiffre de