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LE GÉNÉRAL DE BOURMONT

Je tiens de M. le maréchal Gérard lui-même — et ce témoignage n'est pas suspect, — que quelques jours avant cette bataille, M. de Bourmont lui avait écrit qu'appelé par Louis XVIII il croyait de son devoir de l'aller trouver, mais qu'il promettait de garder le plus religieux silence. Il tint parole, passa seul, n'emporta aucun plan et garda fidèlement le secret.

Le duc Ambroise de Doudeauville ajoute :

J'ai su, par Charles X lui-même, qu'il avait été très surpris de l'accusation de désertion dirigée contre M. de Bourmont, lorsqu'il le nomma ministre. Il n'avait pas la moindre idée que ce reproche pût lui être adressé, car il savait que le général n'avait fait qu'obéir aux ordres de Louis XVIII, son légitime souverain.

Cette phrase ne prouve-t-elle pas les illusions dont Charles X était victime ? II ne se doutait même point que son choix était un défi aux vieux soldats de l'Empire. Cependant la violence de la presse libérale contre le nouveau ministre de la guerre reculait les bornes de l'outrage. « Cet autre, disait dédaigneusement le Journal des Débats^ .sur quel champ de bataille a-t-il gagné sesi épaulettes ? Il y a des services dont on profite, qu'on fait bien même de payer largement, mais qu'aucun peuple n'a jamais songé à honorer. » Et, comme si l'allu- .sion n'était point assez transparente : « Je ne vois, ajoutait la même feuille, (ju'une sorte de discussion où le ministre puisse s'engager avec honneur, celle du code militaire, chapitre de désertion à l'ennemi. Il y a parmi nos nouveaux ministres des gens qui entendent cette question à merveille. » Quant au Figaro^ il se bornait à citer cette ligne d'une proclamation du général pendant les Cent-Jours :

« La cause des Bourbons est à jamais perdue ! Avril 1815. Bourmont. »

Malgré les attaques virulentes des journaux, le général de Bourmont, qui s'était distingué sur tant de champs de bataille, avait de l'autorité sur les troupes, et l'expédition d'Alger devait le montrer, l'année suivante, comme un homme de guerre de premier ordre. Si

Charles X commit une faute en le nommant ministre, il en commit une plus grande encore en l'éloignant de Paris avant les ordonnances, car personne n'était mieux capable d'assurer le succès d'un coup d'Etat. M. de Chateaubriand en a fait la remarque :

Si le général s'était trouvé à l'aris lors de la catastrophe, le portefeuille vacant du ministère de la guerre ne serait pas tombé aux mains de M. de Polignac. Avant de frapper le coup, dans le cas où il y eût consenti, M. de Bourmont eut sans doute rassemblé à Paris toute la garde royale ; il aurait préparé l'argent et ks vivres nécessaires pour que le soldat ne manquât de rien.

Nous inclinons, du reste, à croire qu'au moment où il pi-it en main le portefeuille de la guerre, le général de Bourmont ne songeait point à un coup d'Etat, et que le prince de Polignac n'en avait pas encore la pensée. Ce ministre tant décrié montrait à son début des dispositions tellement inofïensives que l'opposition en était surprise et gênée.

Le ministère, disaient les Débats, se vante de sa modération parce que, depuis dix jours qu'il existe, il n'a pas mis la France à feu et à sang, parce que les prisons ne regorgent pas de suspects, parce qu'on se promène librement dans les rues... De tout ceci, pourtant, sort une excellente leçon : voilà des hommes qui arrivent pour en finir avec l'esprit du siècle... Eh bien, ils ne font rien.

Les journaux de droite se lamentaient de cette inaction.

Si la révolution ministérielle, disait-on dans la Quotidienne, se réduit à cela, nous nous retirerons dans quelque solitude profonde où ne pourra pas arriver lo bruit d'une monarchie qui tombe.

Alors plus royaliste que le roi, M. de Lamennais écrivait au sujet des nouveaux ministres.

C'est la bêtise à qui la peur conseille le silence.

M. Guizot a dit dans les Mémoire.'^ pour serecr à l'histoire de mon temps :

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