‹ La cour de Prusse sous Frédéric-Guillaume 1er, souvenirs; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 14 sur 17 · A COT'R DE PRISSE · texte numérisé non relu

A COT'R DE PRISSE

fit tant d'instances à Grumbkow qu'il m'obtint enfin la permission de revoir mes sœurs et les dames de cette princesse. J'étais alors dans une tranquillité parfaite, hors d'appréhension pour mon frère, et je n'entendais plus parler de mes odieux mariages. Ma petite société était douce et accommodante; je m'accoutumais peu à peu à la retraite et devenais véritable philosophe. La reine m'écrivait de temps en temps ce qui se passait. Elle continuait à être au mieux avec Grumbkow. Elle me manda qu'il allait faire une dernière tentative en Angleterre, à laquelle le roi avait consenti, et qu'elle s'en promettait de très heureuses suites. Je n'étais pas de son avis. Je ne pouvais concevoir comment elle pouvait se fier à un homme qui se faisait un point d'honneur de tromper tout le monde, et qui n'avait cessé jusqu'alors de la persécuter. Je me doutai d'avance que la fin de cette grande amitié serait funeste et qu'elle en serait la dupe. Le roi commença à la fin de mars à tourmenter la reine sur mon mariage. Elle m'en avertit d'abord, se plaignant beaucoup de ce qu'elle endurait de sa mauvaise humeur. Il la maltraitait publiquement à table et paraissait plus animé que jamais contre mon frère et contre moi, sans qu'elle en sût les raisons. Grumbkow en rejetait la faute sur Seckendorff et lui faisait accroire que ce ministre, ayant averti le roi de sa bonne intelligence avec elle, avait diminué par là son crédit. Je n'avais point participé aux sacrements depuis neuf mois, n'en ayant pu obtenir la permission du roi. La reine me permit de lui écrire pour lui demander cette grâce. Malgré les défenses de cette princesse, je témoignai à ce prince la douleur que me causait sa disgrâce. Ma lettre fut des plus touchantes et capable d'attendrir un cœur de rocher. Pour toute réponse il dit à la reine que sa canaille de fille pouvait communier. Il donna ses ordres pour cet effet à Eversmann et lui nomma l'ecclésiastique qui devait en faire la fonction. Gela se passa secrètement dans ma chambre où Eversmann fut présent à cette pieuse cérémonie.

Dans ces entrefaites, il recommença ses visites. Il vint me faire un jour des compliments de la reine et comme je

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m'informais de sa santé et de celle du roi : « Il est de très mauvaise humeur, me dit-il, et la reine est triste sans que j'en sache la raison, je suis si affairé, que c'est terrible. Le roi m'a ordonné de mettre le grand appartement en ordre et d'y faire transporter toute la nouvelle argenterie. Vous aurez bien du bruit au-dessus de votre tète, Madame, car on y prépare plusieurs fêtes.

Les noces de la princesse Sophie doivent se faire bientôt avec le prince de Bayreuth.

Le roi a invité beaucoup d'étrangers. Que je vous plains, continua-t-il, de ne point être de ces plaisirs, car le roi a dit qu'il ne souffrirait point que vous parussiez en sa présence!

— Je prendrai

aisément mon parti là-dessus, lui répondis-je, mais je n'en prendrai jamais sur la disgrâce où je suis avec ce prince, et je n'aurai point de repos jusqu'à ce qu'il m'ait rendu ses bonnes grâces. »

Sept ou huit jours après, Eversmann revint chez moi. Il affectait un air hypocrite et voulait faire le bon valet. « Je vous ai aimée, me dit-il, depuis que vous êtes au monde. Je vous ai portée mille fois sur mes bras, et vous êtes la favo-

Ft édiru-Guillaunie <le Gruiiibhow.

l'ortiait nou signo. (Bibliot. Nation. Estampes.)

rite de chacun. Malgré toutesles duretés que je vous ai dites de la part du roi, je suis pourtant de vos amis. Je veux vous en donner une preuve aujourd'hui et vous avertir de ce qui se passe. Votre mariage est entièrement rompu avec le prince de Galles. Je prévois les plus grands malheurs si vous persistez dans votre détermination. » Je reçus la même après-midi une lettre de la reine qui confirma ce qu'Eversmann venait de me dire. La femme du valet de chambre me la rendit elle-même et m'en fit voir une de son mari. « Il est impossible, lui mandait-il, de vous décrire le déplorable état où se trouve la reine; peu s'en fallut hier que le roi n'en vînt aux plus fâcheuses extrémités avec elle, ayant voulu la frapper de sa canne. Il est plus enragé que jamais contre le prince royal et la princesse. Dieu, ayez pitié de nous dans de si fortes adversités ! » Le lendemain, 10 mai, jour le plus mémorable de ma vie, Eversmann réitéra sa visite. A peine étais-je éveillée qu'il parut devant mon lit. « Je reviens dans ce moment de Potsdam, où j'ai été obligé d'aller hier, après être sorti de chez vous. Je n'ai pu m'imaginer quelle affaire pressante m'y appelait si fort à la hâte. J'ai trouvé le roi et la reine ensemble. Cette princesse pleurait à chaudes larmes et le roi paraissait fort en colère. Dès qu'il m'a vu, il m'a ordonné de retourner au plus vite ici, pour faire les emplettes nécessaires pour vos noces. La reine a voulu faire un dernier effort pour détourner le coup et l'apaiser, mais plus elle lui faisait d'instances et plus il était irrité. Il a juré tous les diables de l'enfer qu'il chasserait ignominieusement M™<= de Sonsfeld et que pour faire un exemple de sévérité, il la ferait fouetter publiquement par tous les carrefours de la ville, puisque elle seule est cause de votre désobéissance. Et pour vous, si vous ne vous soumettez, on vous mènera à une forteresse, et je veux bien vous avertir que les chevaux sont déjà commandés à cet effet. » M""' de Sonsfeld, qui m'avait épiée, se jeta à mes pieds : « Au nom de Dieu, s'écria-t-elle, ne vous laissez point intimider. Je connais votre bon cœur, vous appréhendez mon malheur et vous m'y précipitez, Madame, en voulant vous

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rendre infortunée pour le reste de vos jours. Je ne crains rien; j'ai la conscience nette, et je me trouve la plus heureuse personne du monde si je puis faire votre félicité à mes dépens. » Je fis semblant, pour la tranquilliser, de changer d'avis.

Le soir, à cinq heures, la femme du valet de chambre m'apporta une lettre de la reine; elle était écrite le matin du même jour. « Tout est perdu, ma chère fille; le roi veut vous marier, quoi qu'il coûte. J'ai soutenu plusieurs terribles assauts sur ce sujet; mais ni mes prières ni mes larmes n'ont rien effectué. Eversmann a ordre de faire les emplettes pour vos noces. Il faut vous préparer à perdre la Sonsfeld; il veut la faire dégrader avec infamie si vous n'obéisser. On vous enverra quelqu'un pour vous persuader. Au nom de Dieu, ne consentes à rien; je saurai bien vous soutenir. Une prison vaut mieux qu'un mauvais mariage. Adieu, ma chère fille, j'attends tout de votre fermeté. » M'"<^ de Sonsfeld me réitéra encore ses instances, et me parla très fortement pour me déterminer à suivre les ordres de la reine. Pour me débarrasser de ces tourments, je repassai dans ma chambre où je me mis devant mon clavecin, faisant semblant de composer. A peine y étais-je que je vis entrer un domestique, qui me dit d'un air effaré : « Mon Dieu! Madame, il y a là quatre messieurs qui demandent à vous parler de la part du roi. — Qui sont ils? lui dis-je fort précipitamment. — Je me suis si effrayé, me répondit-il, que je n'y ai pas pris garde. »

Je courus alors dans la chambre où était la compagnie. Dès que je leur eus dit de quoi il était question, chacun s'enfuit. La gouvernante, qui était allé recevoir cette malencontreuse visite, rentra suivie de ces messieurs. « Au nom de Dieu, me dit-elle, ne vous laissez pas intimider. » Je passai dans ma chambre où ils entrèrent incontinent : c'étaient MM. de Borck, Grumbkow, Poudevel, son gendre et un quatrième qui m'était inconnu, mais que j'appris devoir être M. Tulmeier, ministre d'Llat, qui jusqu'alors, avait été dans les intérêts de la reine. Ils firent retirer ma gouvernante et fermèrent fort soigneusement la porte

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J'avouerai que malgré toute ma résolution, je sentis une altération effroyable en me voyant au dénouement de mon sort et, sans une chaise que je trouvai au milieu de la chambre, sur laquelle je m'appuyai, je serais tombée à terre.

Grumbkow prit le premier la parole : « Nous venons ici. Madame, me dit-il, par ordre du roi. Ce prince s'est laissé fléchir jusqu'à présent dans l'espérance de pouvoir encore effectuer votre mariage avec le prince de Galles. J'ai été moi-même chargé de cette négociation, et j'ai fait tout mon possible pour déterminer cette Cour à consentir au simple mariage. Mais au lieu de répondre comme elle devait aux propositions avantageuses du roi, mon maître, il n'en a reçu qu'un refus méprisant, le roi d'Angleterre lui ayant déclaré qu'il marierait son fils avant la fin de l'année. Sa Majesté, très piquée de ce procédé, y a répondu en assurant le roi, son beau-frère, que votre hymen se ferait avant trois mois. Vous juge- bien, Madame, qu'il n'en veut point avoir le démenti. Pour aplanir toutes les difficultés que vous pourriez lui faire, nous avons ordre de ne vous proposer que le prince héréditaire de Bayreuth. Vous ne pouvez rien alléguer contre ce parti. Ce prince devient le médiateur entre le roi et la reine. C'est elle qui l'a proposé au roi; elle ne pourra donc qu'applaudir à ce choix. Il est de la maison de Brandebourg et sera possesseur d'un très beau pays après la mort de son père. Comme vous ne le connaissez point, Madame, vous ne pouvez avoir d'aversion pour lui. Au reste, tout le monde en dit un bien infini. > J'avais eu le temps de réfléchir pendant ce discours et de me remettre de ma première frayeur. « Ce que vous venez de me dire, Monsieur, lui répUquai-je, est si sensé et si raisonnable, qu'il serait très difficile de réfuter vos arguments. Si le roi m'avait connue, il me rendrait peut-être plus de justice qu'il ne fait. L'ambition n'est point mon défaut et je renonce sans peine aux grandeurs dont vous avez parlé. La reine a cru faire mon bonheur en m'établissant en Angleterre, mais elle n'a jamais consulté mon cœur sur cet article, et je n'ai jamais osé lui dire mes véritables sentiments. Vous

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me promettez de la part du roi qu'il en agira mieux dorénavant avec la reine. Il m'accorde l'entière liberté de mon frère et me flatte d'une paix stable dans la famille. Ces trois raisons sont plus que suffisantes pour me déterminer à me soumettre aux volontés du roi et tireraient de moi un plus grand sacrifice si son ordre l'exigeait. Après cela, je ne lui demande qu'une grâce qui est de me permettre d'obtenir le consentement do la reine. — Ahl Madame, me dit Grumbkow, vous exiger de nous des choses impossibles. Le roi veut une réponse positive et sans conditions et nous a ordonné de ne point vous quitter que vous ne l'ayez donnée. — Pouvez-vous balancer encore? poursuivit le maréchal de Borck. [-a tranquillité de Sa Majesté et de toute votre maison dépend de votre résolution. La reine ne peut qu'approuver votre démarche et si elle en agit autrement, tout le monde désapprouvera son procédé. Il y va du tout pour le tout, continua-t-il, les larmes aux yeux. Ne nous réduisez point, au nom de Dieu! Madame, à la triste nécessité d'obéir, en vous rendant malheureuse. » J'étais dans une agitation terrible. Je courais çà et là par la chambre, ruminant dans ma tête pour trouver un expédient pour satisfaire le roi sans me brouiller avec la reine. Ces messieurs voulurent me laisser le temps de réfléchir. Grumbkow, Borck et Poudevel, s'avançant vers la croisée, se parlèrent bas à l'oreille. Tulmeier prit ce temps pour s'approcher de moi et, s'apercevant que je ne le connaissais pas, il me dit son nom. « Il n'est plus temps de vous défendre, me dit-il tout bas. Souscrivez à tout ce qu'on exige de vous : votre mariage ne se fera point, je vous en réponds sur ma tête. Il faut apaiser le roi quoi qu'il coûte et je me charge de faire comprendre à la reine que c'est le seul moyen de tirer une déclaration favorable du roi d'Angleterre. » Ces mots me déterminèrent. Me rapprochant de ces messieurs : « Eh bien! leur dis-je, mon parti est pris; je consens à toutes vos propositions; je me sacrifie pour ma famille. » Ils firent alors les plus terribles serments de les faire exécuter en tout point. Après quoi ils me prièrent d'écrire ma résolution av^ roi. Grumbkow, remarquant que j'étais fort émue, me

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dicta la lettre. Il se chargea aussi de celle que j'écrivis à la reine. Ils se retirèrent enfin. Tulmeier me dit encore qu'il n'y avait rien de perdu. « Je ne me soucie point de l'Angleterre, lui repartis-je, c'est la reine seule qui m'inquiète. — Nous l'apaiserons, je vous en assure, » répliqua-t-il.

Je me figurais d'avance les fureurs et le désespoir de la reine. Je ne connaissais point celui que je devais épouser. J'étais ainsi absorbée lorsque la femme de Borck me rendit une lettre de ma mère. Grand Dieu, quelle lettre! Les expressions en étaient si dures que je faillis en mourir. Je n'en donnerai qu'une légère ébauche ici.

« Vous me percez le cœur en me causant le plus grand chagrin que j"aie enduré de ma vie. J'avais mis tout mon espoir en vous, mais je vous connaissais mal. Vous avez eu l'adresse de me déguiser la méchanceté de votre âme et la bassesse de vos sentiments. Je me repens mille fois des bontés que j'ai eues pour vous, des soins que j'ai pris pour votre éducation et des peines que j'ai souffertes pour vous. Je ne vous reconnais plus pour ma fille et ne vous regarderai dorénavant que comme ma cruelle ennemie, puisque c'est vous qui me sacrifiez à mes persécuteurs qui triomphent de moi. Ne comptez plus sur moi. Je vous jure une haine éternelle et ne vous pardonnerai jamais. » Cette dernière phrase me fit frémir; je connaissais parfaitement la reine et son humeur vindicative. On crut que je perdrais l'esprit, tant mes premiers mouvements furent violents. La femme de Bock me parla fort sensément; elle me représenta que cette lettre était écrite dans la force du premier emportement. Elle me lut celle de son mari qui me faisait assurer que tous ceux qui étaient autour de la reine étaient réunis pour l'apaiser; que je devais continuer à lui faire des soumissions, et qu'il ne doutait point qu'elle ne rentrât en elle-même.

Cinq ou six jours se passèrent. Au bout de ce temps, Eversmaun revint de Potsdam. Il me fit un compliment des plus gracieux du roi, et me dit de sa part que, comptant être à Berlin le 23, il n'avait pas jugé à propos de me faire venir à Potsdam, d'autant plus qu'il valait mieux

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donner le temps à la reine de s'apaiser. Il ajouta qu'elle était dans une colère terrible contre moi, et que je devais m'armer de fermeté pour la première entrevue, qui ne se passerait point sans de grands emportements. Il renouvela sa visite trois jours après : « Le roi vous fait avertir, Madame, me dit-il, qu'il sera demain de bonne heure ici et vous fait ordonner de vous trouver avec mesdames vos sœurs dans son appartement. » L'inquiétude où j'étais pour le retour de la reine me fît passer ce jour-là et cette nuit dans la plus profonde tristesse.

Je me rendis le lendemain chez le roi, qui arriva à deux heures de l'après-midi. Je m'attendais à être bien reçue; mais quelle fut ma surprise de le voir entrer avec un visage aussi furieux que celui qu'il avait montré la dernière fois que je l'avais vu. Il me dit d'un ton de colère : « Voulezvous obéir? » Je me jetai à ses pieds, l'assurant que j'étais soumise à ses volontés et que je le priais de me rendre son amour paternel. Ma réponse changea toute sa physionomie. Il me releva et me dit en m'embrassant : « Je suis content de vous, j'aurai soin de vous toute ma vie et ne vous abandonnerai jamais. » Se tournant vers ma sœur Sophie : « Félicitez votre sœur. Elle est promise au prince héréditaire de Bayreuth. Que cela ne vous chagrine point! J'aurai soin de vous faire un autre établissement. » Il me donna ensuite une pièce d'étoffe : « Voilà de quoi vous parer pour les fêtes que je donnerai. J'ai un peu à faire, continua-t-il, allez attendre votre mère. » Elle n'arriva qu'à sept heures du soir. J'allai la recevoir dans sa première antichambre, et tombai en faiblesse en me baissant pour lui baiser la main. On fut longtemps à me faire revenir. On m'a dit depuis qu'elle ne parut point touchée de mon état. Dès que je fus revenue à moi, je me jetai à ses pieds. J'avais le coeur si serré et ma voix était si entrecoupée de sanglots que je ne pouvais prononcer une parole. La reine me regardait pendant ce temps d'un œil sévère et méprisant, et me répétait ce qu'elle m'avait écrit. Cette scène n'aurait point fini si la Ramen ne l'eût tirée à part. Elle lui représenta que si le roi apprenait son procédé, il le trouverait

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très mauvais et s'en vengerait sur mon frère et sur elle; que ma douleur était si violente que je ne pourrais la contraindre devant ce prince, ce qui pourrait lui attirer de nouveaux désagréments très sensibles. Cet officieux sermon fit son effet. La reine, dans le fond de son cœur, craignait le roi autant que le diable. Elle me releva enfin, en me disant d'un air sec qu'elle me pardonnait à condition que je me contraindrais.

Cependant M. Tulmeier me tint la parole qu"il m'avait donnée d'apaiser la reine. Il lui écrivit secrètement, le lendemain, que les affaires n'étaient point encore désespérées, que mon mariage n'était qu'une feinte du roi, pour déterminer celui d'Angleterre à prendre enfm une meilleure résolution; qu'il s'était informe de tous côtés pour apprendre des nouvelles du prince de Bayreuth et qu'on l'avait assuré qu'il était encore à Paris. Cette lettre calma entièrement la reine. Elle se contenta de me faire encore quelques reproches sur mon peu de fermeté, mais elle les assaisonna de plus de douceur. En revanche, toute sa colère tomba sur M'"^ de Sonsfeld. Elle l'avait fort maltraitée la veille et, malgré tout ce que je pus dire, elle continua à lui témoigner sa haine.

Le lundi 28 mai était fixé pour la grande revue ; elle devait se faire avec éclat. Le roi avait rassemblé tous les régiments d'infanterie et de cavalerie qui étaient dans le voisinage; ce qui composait avec la garnison de Berlin un corps de vingt mille hommes. Le duc Eberhart Louis de Wurtemberg arriva à temps pour la voir. Comme le plus grand plaisir du roi ne consistait que dans le militaire, il jugeait des autres par lui-même, et croyait donner beaucoup de satisfaction aux princes étrangers qui venaient à sa Cour, en leur montrant ses troupes. Il faut pourtant avouer qu'il se surpassa en cette occasion par la somptuosité de sa table, où l'on servit quatorze plats tant que les étrangers restèrent à Berlin, ce qui ne fut pas un" petit effort pour ce prince.

Le roi pria, le dimanche 27, la reine d'être spectatrice de la revue et d'y aller en phaéton avec ma sœur, la duchesse

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Les siijiplicus de la flagellation et Je la bastonnade .

Scènes (!<■ la vie militaire en Prusse au xviii" siècle.

Gravure de Chodowiecki. (Bibliotlièqne Nationale. Estampes.)

et moi. Comme il devait se lever de très bonne heure, il se coucha à sept, et lui enjoignit d'amuser le soir les princil-»autés et de souper avec eux. Nous jouâmes au pharaon jusqu'à ce qu'on eut servi. En traversant la chambre pour nous mettre à table, nous vîmes arriver une chaise avec des chevaux de poste. Elle s'arrêta au grand escalier après avoir traversé la cour du château. La reine en parut surprise, n'y ayant que les princes qui eussent cette prérogative. Elle s'informa d'abord qui c'était et apprit un moment après que c'était le prince héréditaire de Rayreuth. La tête de Méduse n'a jamais produit pareil effroi que cette nouvelle en causa à cette princesse. Elle resta interdite et changea si souvent dévisage que nous crûmes tous qu'elle prendrait une faiblesse. Son état me perça le cœur. J'étais aussi immobile qu'elle et chacun paraissait consterné. Je

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