I.->4 L\ COUR DE PRUSSF
suppliai la reine de me dispenser d'aller à la revue, m'attendant à toutes sortes de mauvaises plaisanteries du roi, qui lui feraient autant de peine à elle qu'à moi, surtout s'il fallait les subir en public. Elle approuva mes raisons ; mais après avoir débattu le pour et le contre, la crainte servile qu'elle avait pour son époux l'emporta, et il fut résolu que j'irais à la revue. Je ne pus dormir de toute la nuit. M'"« de Sonsfeld la passa à côté de mon lit, tâchant de me consoler et de me rassurer sur l'avenir. Je me levai à quatre heures du matin, et me mis trois coiffes sur le visage pour cacher mon trouble. M'étant rendue dans cet équipage chez la reine, nous partîmes aussitôt.
Les troupes étaient déjà rangées en ordre de bataille lorsque nous arrivâmes. Le roi nous fit passer devant la ligne. Le colonel Wachholtz nous plaça à côté de la batterie de canons, qui. était fort éloignée de cette petite armée. Il s'approcha de la reine, et lui dit à l'oreille que le roi avait commandé de lui présenter le prince de Bayreuth. Il le lui amena un moment après. Elle le reçut d'un air fier et lui fît quelques questions fort sèches, qui finirent par un signe de se retirer. La chaleur était extrême; je n'avais point dormi, j'étais remplie d'inquiétudes et à jeun; tout cela me fit trouver mal. La reine me permit de me mettre dans le carrosse des gouvernantes où je me trouvai bientôt mieux.
Deux jours se passèrent ainsi. Le silence du roi nous déroutait entièrement, et ranimait les espérances de la reine; mais la chance changea le 3i. Le roi nous ayant appelées, elle et moi dans son cabinet « Vous savez, lui dit-il, que j'ai engagé ma fille au prince de Bayreuth, j'ai fixé les promesses à demain. Soyez persuadée que je vous aurai une obligation infinie et que vous vous attirerez toute ma tendresse si vous en agissez bien avec lui et avec Wilhelmine; mais comptez en revanche sur toute mon indignation si vous faites le contraire. Le diable m'emporte! je saurai mettre fin à vos tracasseries et m'en venger d'une façon sanglante. » La reine effrayée lui promit tout ce qu'il voulut, ce qui lui attira beaucoup de caresses. Il la
sous FRÉDKRIC-GTILLAUME P"" l53
pria de me parer au mieux et de me prêter ses pierreries. Elle était dans une rage terrible et me jetait de temps en temps des regards furieux. Le roi sortit et rentra peu après dans l'appartement de cette princesse accompagné du prince qu'il lui présenta comme son gendre. Elle lui fit assez bon accueil en présence du roi, mais dès qu'il fut sorti, elle ne cessa de lui dire des piquanteries. Après le jeu, on se mit à table. Le souper fini, elle voulut se retirer, mais le prince la suivit. « Je vous supplie, Madame, lui dit-il, de m'accorder un moment d'audience. Je n'ignore aucune des particularités qui concernent Votre Majesté et la princesse. Je sais qu'elle a été destinée à porter une couronne et que Votre Majesté a souhaité avec ardeur de l'établir en Angleterre. Ce n'est que la rupture des deux Cours qui me procure l'honneur que le roi m'a fait de me choisir pour son gendre. Je me trouve le plus heureux des mortels d'oser aspirer à une princesse pour laquelle je me sens tout le respect et les sentiments qu'elle mérite. Mais ces mêmes sentiments me la font trop chérir pour la plonger dans le malheur par un hymen qui n'est peut-être point de son goiit. Je vous supplie donc, Madame, de vous expliquer avec sincérité sur cet article, et d'être persuadée que votre réponse fera tout le bonheur ou le malheur de ma vie, puisque si elle ne m'est point favorable je romprai tout engagement avec le roi, quelque infortuné que j'en puisse devenir. » La reine resta quelque temps interdite : mais se défiant de la bonne foi du prince, elle lui répondit qu'elle n'avait rien à redire contre le choix du roi, qu'elle obéissait à ses ordres et moi aussi. Elle ne put s'empêcher de dire à M™<= de Kamken, que le prince avait fait là un tour bien spirituel, mais qu'elle n'y avait pas été attrapée. Le dimanche 3 juin, je me rendis le matin en déshabillé chez la reine. Le roi y était. Il me caressa beaucoup en me donnant la bague de promesse, qui était un gros brillant, et me réitéra sa parole d'avoir soin de moi toute ma vie si je faisais les choses de bonne grâce. Il me fit même présent d'un service d'or, me disant que ce n'était qu'une bagatelle, puisqu'il m'en destinait de plus considérables. Le
l56 LA COTR DE PRISSE
sûir, à sept heures, nous nous rendîmes aux grands appartements. On y avait préparé une chambre pour la reine, sa cour et les principautés fit, où nous nous assîmes pour attendre le roi. La reine, malgré toute la contrainte qu'elle se faisait, était dans une agitation aisée à remarquer. Elle ne m'avait dit m.ot de tout le jour et n'exprimait sa colère que par son coup d'œil. Le roi parut enfin avec le prince. Il était aussi troublé que la reine, ce qui lui fit oublier de faire mes promesses en public. Il s'approcha de moi, tenant le prince par la main, et nous fit changer de bague. Je le fis en tremblant. Je voulus lui baiser la main, mais il me releva et me serra longtenxps entre ses bras. Leslarmes lui coulaient le long des joues. J'y répondis par les miennes. Notre silence était plus expressif que tout ce que nous aurions pu nous dire. La reine me reçut fort froidement. Après avoir reçu les con\pliments de toutes les principautés qui étaient là, le roi ordonna au prince de me donner la niain et de conimencer le bal. Mon mariage avait été tenu si secret que personne n'en savait rien. Ce fut une consternation et une douleur générale lorsqu'il fut publié. J'avais beaucoup d'amis et m'étais attiré la bienveillance de tout le monde. Le roi pleura tout le soir. Il embrassa Mme de Sonsfeld et lui dit beaucoup de choses obligeantes. Grumbkow et Seckendorff étaient les seuls contents. Ils venaient de faire un nouveau coup de leur métier. Milord Chesterfield, ambassadeur d'Angleterre en Hollande, avait dépêché un courrier de sa Cour, qui était arrivé le matin. Le résident anglais, auquel il était adressé, fut obligé d'envoyer ses dépêches au ministère. Grumbkow se chargea de les porter au roi. Mais il ne les lui remit qu'après que je fus promise. C'était une déclaration formelle sur mon mariage sans exiger celui de mon frère. Le roi qui, dans le fond, ne me mariait qu'à contre-cœur, fut accablé par la lecture de ces lettres. Il dissimula cependant son chagrin devant Grumbkow et Seckendorff, voyant bien que les choses étaient trop avancées pour reculer, cette dernière
(1) C'est-à-dire ceux qui avait rang de princes.
sous fri:i)i:ric-guillaume F''
proposition étant arrivée trop tard, et ne pouvant rétracter son engagement sans offenser un prince souverain de l'Empire, ce qui aurait pu faire tort à mes autres sœurs. D'ailleurs, ce prince s'est toujours piqué de bonne foi et tenait sa parole, quand il l'avait une fois donnée.
La reine fut infornaée le lendemain de cette catastrophe. Quoiqu'on lui eût fait part ^ des refus du roi, elle recommença à se jlatter de rompre mon mariage et me défendit sous peine de son indignation de parler au prince et de lui faire des politesses. J e lui obéis exactement dans l'espérance de l'apaiser par ma condescendance à ses volontés, mais, dans le fond de mon cœur, je n'aspirais qu"à être bientôt mariée. Les mauvais traitements de cette princesse et la haine qu'elle me témoignait en toute rencontre me réduisaient au désespoir. Hors M™« de Kamken, j'étais le rebut de toute sa Cour qui mettait ma patience à l'épreuve par les mépris et les insolences que j'essuyais. Tel est le cours du monde. J'étais bien folle de me chagriner de pareils amis. On me vantait sans cesse la magnificence de
Fi <'d cric- Louis, prince de Galles.
Dessiné ol gravé par I. Simon, d'après un portrait.
(Bililiothéque Nationale. Estampes.)
l58 LA COUR DE PRUSSE
la cour de Bayreuth; on m'assurait qu'elle surpassait de beaucoup en richesse celle de Berlin, et que c'était le centre des plaisirs; mais ceux qui me parlaient ainsi y avaient été du temps du margrave dernier mort et ne connaissait pas les changements qui étaient arrivés depuis. Ces beaux rapports me donnaient une envie extrême d'y être bientôt. Je ne me sentais aucune antipathie pour le prince, mais en revanche j'étais indifférente sur son sujet. Je ne le connaissais que de vue, et mon cœur n'était pas assez léger pour s'attacher à lui avant de le connaître.
Le margrave Henri, aieul de mon époux, était prince apanage de la maison de Bayreuth. Il s'était marié fort jeune et avait eu beaucoup d'enfants. Un petit apanage ne suffisait pas pour l'entretien d'une si nombreuse famille et il se trouvait dans une grande détresse, n'ayant quelquefois pas de quoi se nourrir, et, étant réduit, faute d'argent, à mener la vie d'un bourgeois. Il était héritier du pays de Bayreuth, en cas que le margrave George-Guillaume, alors régnant, mourût sans enfants mâles. Cependant, toute espérance paraissait asse- vaine de ce côté-là, ce prince étant fort jeune et ayant un fils. Le roi Frédéric I<"', mon aïeul, sachant les tristes circonstances où il se trouvait, résolut d'en profiter. Il lui fit proposer de lui céder ses prétentions sur la principauté, moyennant une grosse pension et un régiment qu'il donnerait au second de ses fils. Après bien des allées et venues, le traité fut conclu et les deux fils aines du malheureux prince Henri se rendirent à Utrecht pour y faire leurs études. A leur retour de l'université, ils trouvèrent leur père à l'extrémité et toute leur famille désolée, les conditions du traité n'ayant point été remplies et la pension retranchée des deux tiers. Le prince Henri étant mort dans ces entrefaites, le margrave George- Frédéric-Charles, après bien des sollicitations inutiles auprès du ministère, résolut enfin d'établir son séjour à Veverling, petite ville dans le pays du roi. Ce fut là où la princesse de Holstein, son épouse, mit au monde celui qui devait être mon époux. Le roi Frédéric 1'='' mourut aussi peu de temps après. L'avènement du roi mon père à la
sous FRÉDÉRIC-GUILLAUME l^"" iSq
couronne ne changea point le sort des princes. Réduits au désespoir, ils commencèrent à examiner leur renonciation qu'ils trouvèrent sans valeur du sentiment de tous les jurisconsultes qu'ils interrogèrent sur cet article. Ils se retirèrent donc secrètement de Veverling et parcoururent toutes les cours d'Allemagne pour les mettre dans leurs intérêts. Soutenus de l'Empereur, de l'Empire et de la justice de leur cause, ils parvinrent à faire rompre le traité qui avait été fait et furent entièrement rétablis dans tous leurs droits. Le margrave George-Guillaume et son fils étant morts, la principauté retomba au prince George- Frédéric-Charles. Il trouva les affaires en grande confusion, beaucoup de dettes, peu d'argent et un ministère corrompu. Cela fut cause qu'il envoya son fils aîné à Genève sous la conduite d'un roturier, fort honnête homme à la vérité, mais fort incapable de donner une éducation telle qu'il la fallait à un prince héréditaire. Son entretien fut réglé avec tant d'économie qu'à peine il suffisait pour sa dépense. Ayant fini ses études, il le fit voyager et lui donna pour gouverneur M. de Voit. Ce prince était de retour de ses voyages quand il arriva à Berlin. J'ai déjà dit qu'il était extrêmement vif. Un sang bouillant le portait à la colère, mais il sait si bien la vaincre qu'on ne s'en aperçoit point et que personne n'en a jamais été victime. Il est fort gai. Sa conversation est agréable, quoiqu'il ait quelque peine à s'expliquer, parce qu'il grasseyé beaucoup. Sa conception est aisée et son esprit pénétrant. La bonté de son cœur lui attire l'attachement de tous ceux qui le connaissent. Il est généreux, charitable, compatissant, poli, prévenant, d'une humeur toujours égale. Enfin il possède toutes les vertus sans mélange de vices. Le seul défaut que je lui aie trouvé'est un peu de légèreté. Il s'en est cependant beaucoup corrigé. Au reste, tout son pays dont il est adoré, souscrira sans peine à ce que je viens d'écrire à son sujet. Ma sœur Charlotte était promise au prince Charles de Bevern. C était celle que j'aimais le plus de la famille. Elle m'avait éblouie par ses caresses, son enjouement et son esprit. Je ne connaissais point son
iTo I.A COUR DE l'RUSSK
intérieur; sans quoi j'aurais mieux placé mon amitié. Elle est de ces caractères qui ne se soucient de rien que d'eux-mêmes : sans solidité, satirique à l'excès, fausse, jalouse, un peu coquette, et fort intéressée, mais d'une humeur toujours égale, fort douce et complaisante. J'avais fait mon possible pour la mettre bien dans l'esprit de la reine. Comme elle l'avait accompagnée aux voyages de Vousterhausen et de Potsdam, elle s'était insinuée fort avant dans l'esprit de cette princesse. M"'^' de Montbail, fille de M'"*^ de RocouUe, était sa gouvernante. Cette fille m'avait prise en humeur, fâchée qu'on me destinât un plus grand établissement qu'à ma sœur, et que je fusse traitée avec plus de distinction qu'elle. Elle ne cessait de l'animer contre moi. Elle se réjouit beaucoup de mon mariage, espérant que ma sœur pourrait reprendre ma place en Angleterre. Celle-ci, craignant que ma présence ne diminua son crédit, ne manquait pas de me rendre toutes sortes de mauvais services auprès de la reine. En revanche elle trouvait le prince de Bayreuth fort à son gré. Il était plus beau, mieux fait et plus vif que celui de Bevern. Il lui faisait beaucoup de politesses, au lieu que l'autre était timide et avait un flegme qui ne l'accommodait pas. Elle fit son possible pour le mettre bien avec la reine, mais elle ne put réussir.
Le roi, pour amuser les étrangers et surtout la duchesse de Bevern, nous invita tous à une grande chasse au parc de Charlottenbourg. Le prince d'Anhalt y fut prié avec ses deux fils, Léopold et Maurice. Il était fort piqué de la préférence que le roi avait donnée au prince de Bayreuth sur celui de Schwedt, s'étant toujours flatté que j'épouserais ce dernier. Le prince héréditaire était fort adroit et tirait si juste qu'il ne manquait jamais son coup. Cette chasse pensa lui devenir funeste. Un étourdi de chasseur qui chargeait ses armes eut l'imprudence de lui présenter une arquebuse bandée. Elle se débanda dans le temps que le prince la prit et la balle frisa la tempe du roi. Le prince d'Anhalt en fit beaucoup de bruit. Son fils, le prince Léopold, ne manqua pas d'enchérir. Il dit assez haut pour
102 LA COirR DE PRUSSE
que le prince héréditaire pût l'entendre qu'un tel coup méritait qu'on tua sur-le-champ celui qui l'avait fait. La prince lui riposta vivement et l'affaire serait allée loin si le duc de Bevern et Seckendorff ne se fussent entremis pour les raccommoder. Le roi blâma la conduite du prince Léopold, mais il fit semblant de ne pas s'apercevoir de ce qui s'était passé.
La chasse finie, nous nous rendîmes tous à Charlottenbourg, où nous devions passer quelques jours. La reine continua d'y turlupiner le prince. Elle voulait me mortifier parla et se moquer du choix que le roi avait fait. Elle lui dit un jour que j'aimais beaucoup à m'occuper, que j'étais élevée comme une princesse qui aspirait à porter une couronne et que je possédais toutes les sciences. (Elle avançait beaucoup trop sur mon compte.) « Savez-vous l'histoire, continua-t-elle, la géographie, l'italien, l'anglais, la peinture, la musique? etc. » Le prince lui répondit oui et non selon que le cas l'exigeait. Mais voyant que ces questions ne finissaient point et qu'elle l'examinait comme un enfant, il se mit enfin à rire et lui dit : « Je sais aussi mon catéchisme et le Credo » . La reine fut un peu déconcertée par cette réplique et ne lui fit plus de questions depuis ce temps-là.
Le roi et tous les princes étrangers, hors celui de Bayreuth, partirent peu après notre retour à Berlin. Le chagrin, la colère et la cruelle contrainte de la reine firent enfïn succomber sa santé. Elle eut la fièvre tierce, qu'elle garda trois semaines. Je ne la quittai point pendant tout le cours de sa maladie, et tâchai de regagner son amitié par mes attentions à la servir et à l'amuser. Mais je ne retrouvais plus en elle cette mère si tendre qui partageait mes peines et dont je faisais ma consolation. Lorsqu'elle me voyait inquiète de son état : « Il vous sied bien, me disaitelle, de vous alarmer pour ma santé, puisque c'est vous qui me donnez la mort. » Quand j'étais triste, elle me reprochait fort aigrement mon humeur inégale. Quand j'affectais d'être gaie, c'était mon prochain mariage qui y donnait lieu. Je n'osais mettre que des habits crasseux de
sous FRÉDÉRIC-GUILLAUME I»"" l63
peur qu'elle ne s'imaginât que je voulusse plaire au prince. Enfin, j'étais la personne du monde le plus à plaindre et souvent la tête me tournait. Je dînais et soupais dans son antichambre avec le prince et les dames. Elle envoyait cinquante espions à mes trousses, pour savoir si je lui parlais, mais je n'étais jamais en défaut de ce côté-là, car je ne lui disais mot et lui tournais toujours le dos à table. Il m'a dit depuis qu'il avait été souvent au désespoir et sur le point de partir, si M. de Voit ne l'en eût empêché. Ce pauvre prince était dans une aussi mauvaise situation que moi. Tout le monde prenait à tâche de donner une tournure maligne à ses actions et à ses paroles. On n'avait pas la moindre considération pour lui et on le traitait comme un petit gredin (i), ce qui l'avait si fort intimidé qu'il était toujours distrait et mélancolique.
La reine étant rétablie, le roi retourna à Berlin. Il ne s'y arrêta que quelques jours. Il annonça à la reine qu'il comptait faire mes noces à son retour qui devait être en six semaines, qu'il lui ferait donner l'argent nécessaire pour m'équiper et qu'elle devait tâcher de divertir le prince pendant son absence par des bals et festins. Cette princesse, qui ne cherchait qu'à gagner du temps, lui fit nombre de difficultés, lui représentant qu'il était impossible de me nipper dans un si court espace, les marchands n'étant point assez fournis pour livrer ce qui serait iTécessaire. Ses raisons prévalurent pour mon malheur, car le roi était très bien disposé pour moi, et m'aurait fait de grands avantages : ils s'en allèrent en fumée dès que mon mariage fut reculé. La reine changea de conduite après le départ du roi. Elle affecta de témoigner de l'amitié au prince et d'être satisfaite de l'avoir pour gendre, mais elle ne se contraignit point avec moi et je restai son souffre-douleur aussi bien que M""" de Sonsfeld. Je séchais sur pied et ma santé se ruinait à force de chagrins. J'inspirai enfin de la compassion à ceux qui en étaient le moins susceptible. La
1. La margrave emploie toujours gredin au sens de personnage vil. méprisable.