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Ramen, qui me voyait souvent au désespoir, et à laquelle j'avais dit plusieurs fois, dans la violence de mon transport, que la reine me poussait à bout et que je me jetterais au pied du roi à son retour pour le supplier de me dispenser de me marier, en avertit Grumbkow et lui fit craindre qu'en effet je ne prisse cette résolution. Celui-ci, n'ignorant pas que la reine intriguait toujours en Angleterre et redoutant de nouvelles propositions de cette Cour, résolut de lui donner le change et de mettre fin à la niauvaise humeur qu'elle me témoignait d'une façon assez étrange. Il lui fit dire par M. de Sastot que le roi se repentait de m'avoir engagée, qu'il ne pouvait souffrir le prince héréditaire, et qu'il se proposait de rompre mon mariage à son retour de Prusse et me donner le duc de W'eissenfels. Il lui recommanda surtout le secret puisqu'il n'y avait que lui qui sût les intentions du roi. Cette fausse confidence fit l'effet que Grumbkow s'était promis. La reine prit d'abord son parti qui fut de protéger hautement le prince héréditaire. Elle me fit part de ses craintes et m'ordonna de lui faire des politesses, disant qu'elle aimait mieux mourir que de me voir duchesse de Weissenfels. Tel était son caractère : il lui suffisait que le roi approuvât une chose pour qu'elle le trouvât mal. Je ne comprenais rien à toute cette énigme, que Grumbkow m'a dévoilée depuis.
Ce bon intervalle ne fut pas de durée. Le roi étant revenu peu après de Prusse, témoigna assez par ses actions qu'on en avait donné à garder à la reine. A la vérité, les manières polies et réservées du prince ne lui plaisaient point. Il voulait un gendre qui n'aimât que le militaire, le vin et l'économie, et qui eût les façons allemandes. Pour approfondir son caractère et tâcher de le former, il l'enivrait tous les jours. Le prince supportait si bien le vin qu'il ne changeait jamais de conduite et gardait son bon sens pendant que les autres le perdaient. Cela faisait enrager le roi. Il se plaignit même de lui à Grumbkow et à Seckendorff, disant qu'il n'était qu'un petit-maître qui n'avait point d'esprit et dont les manières lui étaient odieuses. Ces discours souvent répétés firent craindre à
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ces derniers que l'aversion du roi n'entraînât des suites fâcheuses pour leurs intérêts. Pour les prévenir, ils proposèrent au prince héréditaire de lui faire avoir un régiment prussien et lui représentèrent que c'était l'unique moyen de s'insinuer et de faire réussir son mariage. Le prince se trouva fort embarrassé. Le margrave, son père, était altier dans ses volontés. Il n'avait jamais voulu consentir que son fils s'adonnât au métier militaire, et pour lui en ôter les moyens, il avait cédé deux régiments impériaux que le margrave George-Guillaume avait levés, l'un à son fils cadet, l'autre au général Philippe. Cependant, après de mûres réflexions, il se rendit aux instances de Grumbkow. Le roi fut charmé d'apprendre que le prince souhaitait d'entrer à son service. Il lui conféra, quelques jours après, un régiment de dragons et lui fit présent d'une épée d'or si pesante qu'à peine on pouvait la lever. Je fus très fâchée de tout cela. Il su'fisait d'être en service pour être traité en esclave. Ni mes frères, ni les princes du sang n'avaient d'autre distinction que celle qu'ils recevaient de leur grade militaire. Ils étaient confinés à leur garnison, d'ovi ils ne sortaient que pour passer en revue, n'avaient pour compagnie que des brutaux d'officiers, sans esprit et sans éducation, avec lesquels ils s'abrutissaient entièrement, n'ayant d'autre occupation que de faire exercer les troupes. Je ne doutai point que le prince ne fût mis sur le même pied. Mes conjectures se trouvèrent justes. Le roi, avant de retourner à Potsdam, lui fit insinuer qu'il lui ferait plaisir d'aller prendre possession de son régiment. Il fallut obéir.
La veille de son départ, il m'accosta dans le jardin à Mon Bijou. Il savait mon mécontentement, M"« de Sonsfeld l'ayant dit à M. de Voit. Je me promenais avec elle lorsqu'il m'aborda. « Je n'ai pu jusqu'à présent, me dit-il, trouver l'occasion de parler à votre Altesse Royale, et lui témoigner le désespoir dans lequel je suis de remarquer, par toutes ses actions, l'aversion qu'elle a pour moi. Je suis informé des mauvaises impressions qu'on lui a données sur mon sujet et qui me désolent. Suis- je cause, Madame, des
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chagrins que vous ave:: endurés? Je n'aurais jamais osé aspirer à la possession de Votre Altesse Royale, si le roi ne m'en avait fait la première proposition. Ai-je pu la refuser en me rendant le plus malheureux des hommes, et pouvezvous me condamner, Madame, de l'avoir acceptée? Cependant, je pars sans savoir combien durera mon absence. J'ose donc la supplier de me donner une réponse positive et de me dire si elle se sent en effet une haine insurmontable pour moi. En ce cas, je prendrai d'elle un congé éternel et romprai pour jamais mon engagement. » Il avait les larmes aux yeux en me parlant et paraissait fort touché. Pour moi, j'étais dans un embarras extrême. Je n'étais point faite à pareil jargon et j'avais rougi jusqu'au bout des doigts. Comme je ne répondais point, il redoubla ses instances et me dit enfin d'un air fort triste qu'il ne remarquait que trop que mon silence ne lui présageait rien de bon et qu'il prendrait ses mesures là-dessus. « Ma parole est inviolable, lui répondis-je. Je vous l'ai donnée par ordre du roi, mais vous pouvez compter que je la tiendrai exactement. » La reine, qui s'approcha, me fit beaucoup de plaisir en mettant fin à cette conversation.
M™e de Kamken s'était divertie cet après-midi à faire des devises de sucre. Elle en donna à tout le monde le soir à table. Le prince m'en cassa une dans la main. Il en fit de même à ma sœur, mais la reine ne s'en fâcha que contre moi et se leva de table sur-le-champ. Elle prit congé du prince fort à la hâte et se mit en carrosse avec ma sœur et moi. « Je ne vous connais plus, me dit-elle, depuis que vos maudites promesses se sont faites. Vous n'avez plus ni pudeur ni modestie. J"ai rougi pour vous quand votre sot de prince vous a cassé une devise dans la main. Ce sont des familiarités qui ne conviennent point et il aurait dû être mieux informé du respect qu'il vous doit, v ^^.■ lui répondis qu'en ayant agi de même avec n.a sieui , je n a\ais pas cru que la chose fût de consequeice. nais que cela n'arriverait plus. Cela ne lapaisi poml hlu sai>il cette occasion de maltraiter M™" de >on eid le lendemain. M""* de Kamken, qui était présente, mil (in a ses gronderies
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et lui parla si fortement sur raon sujet que faute de réplique elle fut obligée de se taire.
Jusque-là, je n'avais senti que les peines du purgatoire; j'éprouvai quinze jours après celles de l'enfer, étant obligée de suivre la reine à Vousterhausen. Il n'y eut que ma sœur Charlotte, les deux gouvernantes de Kamken et de Sonsfeld et la Montbail qui furent de ce voyage. Le roi avait fait élever à force de bras et de dépenses une colline de sable aride, qui bornait si bien la vue qu'on ne voyait le château enchanté qu'à sa descente. Ce soi-disant palais ne consistait que dans un corps de logis fort petit, dont la beauté était relevée par une tour antique, qui contenait un escalier de bois en escargot. Ce corps de logis était entouré d'une terrasse, autour de laquelle on avait creusé un fossé, dont l'eau noire et croupissante ressemblait à celle du Styx et répandait une odeur affreuse, capable de suffoquer. Trois ponts, placés à chaque face de la maison, faisaient la communication de la cour, du jardin et d'un moulin qui était vis-à-vis. Cette cour était fermée des deux côtés par des ailes, où logeaient les messieurs de la suite du roi. Elle était bornée par une palissade à l'entrée de laquelle on avait attaché deux aigles blancs, deux aigles noirs et deux ours en guise de garde, très méchants animaux, pour le dire en passant, qui attaquaient tout le monde. Au milieu de cette cour s'élevait un puits dont, avec beaucoup d'art, on avait fait une fontaine pour l'usage de la cuisine. Ce groupe magnifique était environné de gradins et d'un treillis de fer en dehors, et c'était l'endroit agréable que le roi avait choisi pour fumer le soir. Ma sœur et moi, avec toute notre suite, nous n'avions pour tout logement que deux galetas. Quelque temps qu'il fît, nous dînions sous une tente tendue sous un gros tilleul ; et lorsqu'il pleuvait fort, nous avions de l'eau à mi-jambe, cet endroit étant creux. La table était toujours de vingt-quatre personnes dont les trois quarts faisaient diète, parce que l'ordinaire n'était que de six plats, servis avec beaucoup d'économie. Depuis les neuf heures du matin jusqu'à trois ou quatre heures après minuit, nous étions enfermées avec la reine, sans oser res-
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pirer Vair ni aller au jardin qui était tout proche, parce qu'elle ne le voulait pas. Elle jouait, tout le jour, au tocadille avec ses trois dames pendant que le roi était dehors. Ainsi je restais seule avec ma sœur, qui me traitait de haut en bas, et devenais hypocondre à force d'être assise et d'entendre des choses désagréables. Le roi était toujours levé de table à une heure après-midi. Il se couchait alors sur un fauteuil placé sur la terrasse et dormait jusqu'à deux heures et demie, exposé à la plus forte ardeur du soleil. Nous partagions avec lui cette chaleur brûlante, étant tous couchés à terre à ses pieds. Tel était l'agréable genre de vie que nous menions à ce charmant endroit. Le prince héréditaire y arriva quelques jours après nous. Il m'avait écrit plusieurs fois. La reine m'avait toujours dicté mes réponses.
J'avais eu aussi le plaisir de recevoir de mon frère une lettre que le major Sonsfeld m'avait fait remettre par sa sœur. Il me louait beaucoup de la bonne résolution que j'avais prise de mettre fin par mon mariage aux dissensions domestiques. Il paraissait inquiet sur mon sort, me priant de lui faire le portrait du prince et de lui mander si j'étais contente du choix du roi. Il m'assurait qu'il était fort satisfait de sa façon de vivre, qu'il se divertissait très bien, et que le seul chagrin qu'il avait, c'était de n'être pas auprès de moi. On lui avait caché ce que j'avais souffert pour lui et il ignorait qu'il m'était redevable des bons traitements qu'on lui faisait et de sa grâce future. Je ne voulus pas le lui écrire et ne lui répondis que sur les articles qu'il voulait savoir. Je lui fis part aussi du changement de la reine et le priai de lui faire entendre raison sur mon mariage. Cette princesse n'en fut que plus piquée, sentant qu'il n'y avait qu'elle de toute la famille qui désapprouvât ma conduite.
Cependant, le prince héréditaire s'insinuait tous les jours davantage dans les bonnes grâces de ma sœur. Plus son penchant augmentait pour lui, plus sa haine redoubla pour moi. Elle m'en faisait sentir les cruels effets en animant la reine contre moi. Un jour que celle-ci m'avait
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fort maltraitée et que je pleurais à chaudes larmes dans un coin delà chambre, elle m'aborda : « Qu'avez-vous, me dit-elle, qui vous afHige si fort? — Je suis au désespoir, lui répondis-je, que la reine ne puisse plus me souffrir. Si cela continue, j'en mourrai de douleur. — Vous êtes bien folle, repartit-elle. Si j'avais un aussi aimable amant que vous, je me soucierais bien de la reine. Pour moi je ris quand elle me gronde, car autant vaut. — Vous ne l'aimez donc pas, lui répliquai-je, car quand on aime quelqu'un, on est sensible sur son sujet. D'ailleurs, vous ne pouvez vous plaindre de votre sort ; le prince Charles a du mérite et de bonnes qualités et, de cjuelque côté que vous vous tourniez, la fortune vous rit, au lieu que je suis abandonnée de tout le monde et même du roi qui ne me regarde plus depuis quelque temps. — Eh bien ! me répondit-elle d'un petit air malin, si vous trouvez le prince Charles si fort à votre gré, troquons d'amants. Voici ma bague de promesse, donnez-moi la vôtre. » Je pris son raisonnement pour un badinage et lui dis que mon cœur étant entièrement libre, je voulais bien les lui céder l'un et l'autre. « Donnez-moi donc votre bague, continua-t-elle en me la tirant du doigt. — Prenez-là, elle est à votre service. » Elle mit et cacha dans un petit coin celle qu'elle avait reçue de son fiancé. Je ne fis aucune réflexion surtout cela; mais M™'^' de Sonsfeld s'étant aperçue que cette bague manquait, et ayant pris garde que ma sœur la portait depuis trois jours, me représenta que si le roi et le prince s'en apercevaient, j'en aurais du chagrin. Je la lui redemandai, mais elle ne voulut point me la rendre, quelques instances que M™« de Sonsfeld et moi lui fissions. 11 fallut donc m'adresser à la Ramen, qui le dit à la reine. Elle gronda beaucoup ma sœur qui reprit sa bague et me rendit la mienne. Elle ne me le pardonna pas. Je n'osais plus lever les yeux, car elle disait à l'instant à la reine que je jouais de la paupière avec le prince.
Nous partîmes de Vousterhausen pour aller à Maqueno, séjour aussi désagréable que celui que nous quittions. Il s'y passa de nouvelles scènes. Les Anglais murmuraient
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depuis longtemps contre le roi d'Angleterre. Ils avaient toujours désiré avec ardeur de me voir établie dans ce royaume. Le prince de Galles commençait à se faire un parti. Il ne pouvait se consoler de la rupture de son mariage avec moi. Secondé de toute la nation, il fit tant de bruit que le roi d'Angleterre, pour le contenter, résolut de faire encore les avances au roi mon père, mais ne voulant point s'exposer à un refus, il chargea la cour de Hesse de' sonder les intentions de ce prince. Le prince Guillaume dépêcha pour cet effet le colonel Douep à Berlin. Celui-ci arriva à Maqueno en même temps que nous. Je ne sais point les propositions qu'il fit au roi. Je m'imagine que le mariage de mon frère n'y fut point oublié. La première réponse du roi fut si obligeante que Donep ne douta point de la réussite de sa négociation. Il n'avait jamais été employé dans les affaires et était ami intime de Grumbkow. Ne le croyant pas suspect, il lui fit confidence de sa commission. Celui-ci, voyant le roi indéterminé, lui parla fortement et lui conseilla d'élever plusieurs prétentions que j'ignore et qu'il savait d'avance qu'on n'accorderait pas. Quinze jours se passèrent à débattre cette affaire. M. Donep exigeait une réponse positive. Le roi était d'une humeur terrible; son irrésolution en était cause.
J'étais extrêmement malade pendant ce temps. J'avais un abcès à la gorge accompagné d'une grosse fièvre. La reine avait l'inhumanité de me forcer à sortir. Je fus trois jours si mal que je ne pouvais parler ni me tenir debout. On peut bien croire que je faisais une triste figure. L'abcès étant crevé, je me trouvai mieux. Le roi nous régala, malgré son humeur chagrine, d'une comédie allemande et du spectacle des danseurs de corde. Il les fit jouer dans une grande place proche de la maison. Il s'assit à une fenêtre avec la reine. Ma sœur, le prince et moi, nous nous plaçâmes dans l'autre croisée. Le prince avait l'air fort triste et me conta tout bas, sans que ma sœur s'en aperçût, l'ambassade de M. Donep et les inquiétudes où il se trouvait. Cette nouvelle, que j'ignorais entièrement, m'effraya beaucoup. Je le priai instamment de n'en point parler à la
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reine, qui n'en était pas informée, étant persuadée que mes chagrins s'augmenteraient si elle l'apprenait. Mes précautions furent inutiles. M. Donep l'en fit avertir le lendemain. L'air triste et pensif du prince la remplit d'espérances. Pour cacher son jeu, elle l'accabla de politesses. Dès que je fus dans ma chambre, je fis de sérieuses réflexions sur la conduite que je tiendrais en cas que le roi voulût entrer dans les vues de l'Angleterre. La sincérité et la franchise du prince qui m'avait fait part de ce qui était sur le tapis m'avaient donné beaucoup d'estime pour lui. Je ne trouvais rien à redire ni contre sa personne ni contre son caractère. Je ne connaissais point le prince de Galles. Je n'avais jamais eu d'inclination pour lui. Mon ambition était bornée. J'avais pris enfin mon parti. J'étais lasse d'être le jouet de la fortune et bien résolue, si on m'en laissait le choix, de m'en tenir à celui que le roi avait fait pour moi, mais dans le cas contraire de ne point changer sans lui faire de fortes représentations.
Nous retournâmes le lendemain de bon matin à Vousterhausen. La reine s'enferma seule avec moi dès que nous fûmes arrivés. Après m'avoir appris ce que M. Donep lui avait fait savoir : « Aujourd'hui, continua-t-elle, votre fichu mariage sera rompu et je compte que votre sot de prince partira demain, car je ne doute point que, si le roi vous laisse la liberté du choix, vous ne vous déterminiez pour mon neveu. Je veux absolument savoir vos sentiments là- dessus. Je ne vous parle pas ainsi sans raison, m'entendez-vous? D'ailleurs, je vous crois le cœur trop bien placé pour balancer un moment. » Je restai interdite pendant ce raisonnement et j'appelai tous les saints du paradis à mon secours, pour m'inspirer une réponse ambigus, capable de me tirer d'embarras. « J'ai été toujours soumise, lui répondis-je, au.\ ordres de 'Votre Majesté et n'y ai désobéi que contrainte par un pouvoir supérieur. Je n'en ai agi ainsi que pour remettre la paix dans la famille, procurer la liberté à mon frère et pour vous épargner, Madame, mille chagrins que vous endureriez encore. L'inclination n'a été pour rien dans la démarche que j'ai
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faite. Le prince m'était inconnu. Mais depuis quHl en est autrement, qu'il a gagné mon estime et que je ne lui trouve aucun défaut qui puisse lui attirer mon aversion, je me trouverais très condamnable si je voulais retirer la parole que je lui ai donnée. » La reine m'interrompit. Furieuse de ce que je venais de lui dire, elle me traita du haut en bas. Malgré toute ma douleur, il fallut pourtant me contraindre devant le roi. Ce prince ne me regardait plus depuis son retour de Prusse, ce qui augmentait encore mon désespoir. Il fut de très mauvaise humeur ce jour-là. Le soir, le prince vint souper avec nous comme à l'ordinaire. La reine ni ma sœur n'étaient dans la chambre lorsqu'il entra. Sa physionomie était toute changée. Elle était aussi gaie qu'elle avait paru triste. Il me dit tout bas : u Le roi a tout refusé. Donep part. » Je ne fis semblant de rien, mais cette nouvelle me réjouit beaucoup. La reine l'apprit quelques heures après. Elle en eut le cœur outré et son chagrin retomba sur moi qui en fus la partie souffrante.
Mes noces étaient fixées au 20 novembre et le roi, voulant qu'elles se fissent avec éclat, y avait invité plusieurs principautés, toute la famille de Bevern, la duchesse de Meiningen, le margrave d'Anspach avec ma sœur. Ces deux derniers arrivèrent les premiers à Vousterhausen. Le roi alla à cheval au-devant d'eux et mena ma sœur chez la reine. Nous la reconnûmes difficilement; elle avait été fort belle et ne l'était plus ; son teint était gâté et ses manières fort affectées. Elle avait repris ma place dans la faveur du roi, mais la reine n'avait jamais pu la souffrir. Elle fut même piquée des caresses et des distinctions que le roi lui fit, ne pouvant endurer qu'il en fît à d'autres plus qu'à elle. Elle fut pourtant obligée de lui faire bonne mine. Mon entrevue fut plus sincère. Ma sœur m'avait toujours aimée et je le lui avais bien rendu. Après le souper, le roi la conduisit dans sa chambre, qui était à côté de la mienne sous le toit. Ses gens n'étant point encore arrivés, le roi me montrant du doigt lui dit : « Votre sœur pourra vous servir de femme de chambre, car elle n'est bonne qu'à