‹ La cour de Prusse sous Frédéric-Guillaume 1er, souvenirs; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 4 sur 17 · LA COIR DE PUISSE · texte numérisé non relu

LA COIR DE PUISSE

ne pourrait plus se taire. Elle lui découvrit donc tout le complot, la suppliant de lui procurer le lendemain une audience secrète du roi. La reine n'eut pas de peine à l'obtenir. M'^^ de Blaspil ayant découvert à ce prince toutes les particularités dont elle était informée, le roi lui demanda si elle pourrait soutenir en face de Grumbkow ce qu'elle venait d'avancer. A quoi ayant répondu que oui, ce ministre fut appelé.

Il avait pris ses précautions de loin, et n'avait pas sujet de craindre. Le fiscal général Katsch, homme d'obscure naissance, lui devait sa fortune (i). Digne de la prctection de Grumbkow, c'était la vive image du juge iiiijue de l'Evangile. Il était craint et abhorré de tous les ho/.nètes gens. Outre cela, Grumbkow avait grand nombre de créatures. Il se présenta donc hardiment au roi qui lui fit part de la déposition de M™« de Blaspil. Il protesta de son innocence, s'écriant qu'on ne pouvait être ministre modèle sans être exposé aux persécutions et qu'il paraissait assez, par les lettres de M™« de Blaspil à Trosqui, que cette dame ne cherchait qu'à intriguer et à brouiller la Cour. Il se jeta aux genoux du roi, le supplia de faire examiner cette affaire à la rigueur et sans ménagement et s'offrit à prouver authentiquement la fausseté des accusations. Le roi fit donc chercher Katsch, comme Grumbkow l'avait prévu. Malgré toutes ses menées, celuici se vit à deux doigts de sa perte. Katsch sut la prévenir : il avait une dextérité étonnante à dérouter les criminels qui avaient le malheur de l'avoir pour juge. Des questions captieuses et des tours artificieux les confondaient. M™'' de Blaspil en fut la victime. Elle ne put donner des preuves évidentes de ses accusations qui furent traitées de calomnies. Katsch, voyant le roi dans une violente colère, lui proposa de lui faire donner la question. Un reste d'égard pour son sexe et pour son rang la sauvèrent de cette ignominie. Le roi se contenta de l'envoyer le soir même à Spandau où Trosqui fut conduit quelques jours

(1) Cliiidloplie KaUcb, audileur général de police.

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après. Cette dame soutint ce revers avec une fermeté héroïque. On la traita au commencement avec rigueur et dureté. L'ayant renfermée dans une chambre grillée, humide, sans lit ni meubles, elle resta trois jours dans cet état, ne recevant absolument rien que ce qui lui fallait pour vivre. Quoique la reine fût enceinte, le roi ne la minagea pas et lui annonça, d'une façon très désobligeante, le malheur de sa favorite. Elle en fut si vivement touchée qu'elle fit craindre une fausse couche. Outre l'amitié qu'elle avait pour M™« de Blaspil, la considération du testament du roi, qui était resté entre les mains de cette dame, lui causait de mortelles alarmes. Un incident heureux la tira de peine. Le maréchal de Natzmar (i), homme d'un mérite infini et d'une probité reconnue, reçut l'ordre de mettre les scellés chez elle. La reine se servit du ministère de son chapelain, nommé Boshart, pour faire savoir au maréchal l'inquiétude où elle se trouvait et pour le conjurer de lui remettre le testament du roi. Le chapelain lui détailla le danger que courait cette princesse si l'on trouvait cette pièce et il s'acquitta si bien de sa commission qu'il l'engagea à satisfaire aux désirs de la reine ; ce qui dérangea fort les desseins de Grumbkow. On ne trouva rien de suspect parmi les papiers de M™" de Blaspil et on cessa de faire des poursuites ultérieures (2). Toutes ces intrigues coup sur coup lassèrent enfin la

(1) Le maréchal de Natzmar était très estimé. Il avait servi avec bravoure et distinction lors de la Guerre de Succession, mais, dit PôUnitz « ce qui lui faisait encore plus d'honneur que sa valeur et ses services, c'était la droiture soutenue de son âme ». (Baron de PôUnitz. Mémoires pour servir à l'histoire des quatre derniers souverains de la maison de Brandebourg, II, 335.)

(2) « J'ai appris toutes ces particularités de la reine ma mère; elles ne sont connues que de très peu de personnes. La reine avait pris beaucoup de soin de les cacher, et mon frère, depuis son avènement à la couronne, a fait brûler tous les actes du procès. M™« de Blaspil fut élargie au bout d'un an et sa prison chang-ée en exil au pays de Cièves. Le roi la revit quelques années après, lui fit beaucoup de politesses et lui pardonna le passé. Après la mort de ce prince, le roi mon frère, pour faire plaisir à la reine, la plaça comme gouvernante aupi'ès de mes deu.v sœurs cadettes et elle exerce cette charge encore actuellement. »

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