‹ La cour de Prusse sous Frédéric-Guillaume 1er, souvenirs; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 9 sur 17 · LA COLR DE PRUSSE · texte numérisé non relu

LA COLR DE PRUSSE

ce qu'il voulut pour être mis en possession de cette beauté qui fut sa première maîtresse.

Cependant, le roi n'oublia pas le but de son voyage. Il conclut un traité secret avec le roi Auguste, dont voici à peu près les articles. Le roi de Prusse s'engageait à fournir un certain nombre de troupes à celui de Pologne, pour forcer les Polonais de rendre la couronne héréditaire dans la maison électorale de Saxe. Il me promettait en mariage à ce prince et lui prêtait quatre millions d'écus, outre ma dot qui devait être considérable. En revanche le roi de Pologne lui donnait, pour hypothèque des quatre millions, la Lusace. Il m'assurait un douaire sur cette province de deux cent mille écus, avec la permission de résider après sa mort où je voudrais. Je devais avoir l'exercice libre de ma religion à Dresde, où l'on devait me bâtir une chapelle pour y célébrer le culte divin. Tous ces articles devaient être signés et confirmés par le prince électoral de Saxe. Comme le roi, mon père, avait invité celui de Pologne à se rendre à Berlin pour assister à la revue de ses troupes, la signature du traité fut remise jusqu'à ce temps-là. Ce prince avait demandé du temps pour préparer l'esprit de son fils et pour le persuader de faire la démarche qu'on exigeait de lui. Le roi partit donc très content de Dresde, aussi bien que mon frère. Ils ne cessaient l'un et l'autre de nous faire l'éloge du roi de Pologne et de sa Cour.

Pendant que toutes cea choses se passaient, je souffrais cruellement à Berlin des persécutions de la comtesse Amélie. Elle ne cessait d'animer la reine contre moi. Cette princesse me maltraitait perpétuellement, je supportais avec respect ses procédés injustes, mais ceux de sa |avorite me mettaient quelquefois dans une violente rage. Celte fille me traitait avec un air de hauteur qui m'était insupportable, et quoiqu'elle n'eût que deux ans de plus que moi, elle voulait se mettre sur le pied de me gouverner. Malgré tout le dépit que j'avais contre elle, j'étais obligée de me contraindre et de lui faire bon visage, ce qui m'était plus cruel que la mort, car j'abhorre la fausseté.

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Un nouveau monstre commençait à s'élever sur le pied de favorite et partageait la faveur de la reine avec la comtesse Amélie. C'était une des femmes de chambre de cette princesse.

Elle se nommait Ramen et c'était la même qui accoucha la reine à l'impro-

viste, lorsqu'elle fut délivrée de ma sœur Amélie. Cette f e ni m e était veuve, ou pour mieux dire, elle suivait l'exemple de la Samaritaine et elle avait autant de maris qu'il y a de mois dans l'année. Sa fausse dévotion, sa charité affectée pour les pauxTes, et enfin le soin qu'elle avait pris de colorer son libertinage,

avait engagé M"'« de Blaspil de la recommander à la reine. Elle conunença à s'insinuer dans son esprit par son adresse à plusieurs ouvrages qui l'amusaient, mais elle ne parvint à ce haut point de faveur oii elle était alors que par les rapports qu'elle faisait à la reine sur le compte du roi. Cette princesse avait une confiance aveugle en cette femme, à laquelle elle faisait part de ses affaires et de ses

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