Ibkl. p
6. Berger, Reg. d'Innoc. IV, t. II, Iiitrod. p. gcxlii, gcxliii.
l'Église et du saint-siège. Dans le cours de l'année 12ol, des hommes en grand nombre, venus, à ce qu'on croyait', de Flandre et de Picardie, et portant un étendard sur lequel était figuré un agneau surmonté d'une croix, parcoururent la France, appelant partout les populations à une croisade pour aller secourir le roi et reconquérir la Terre sainte. Se donnant comme envoyés de Dieu, qui voulait, disaient-ils, accomplir cette œuvre au moyen des petits et des simples, ils bénissaient, confessaient, remettaient les péchés. C'était aux habitants des campagnes qu'ils s'adressaient de préférence; d'où le nom de Pastoureaux qui leur fut attribué. Ils arrivèrent par milliers jusqu'à Paris, où un de leurs chefs prêcha publiquement dans l'église Saint-Eustache, revêtu des insignes épiscopaux. Ils ne se contentaient pas d'usurper les fonctions spirituelles; dans tous leurs discours, ils s'élevaient contre le clergé. Ils reprochaient aux évoques leur vie profane et leur luxe, traitaient les religieux et en particulier les moines mendiants de vagabonds et d'imposteurs. Mais c'était surtout contre la cour de Rome qu'ils dirigeaient leurs outrages, et, dit un contemporain, « le peuple, déjà mal disposé à l'égard du clergé, n'applaudissait que trop à leurs prédications \ » Dans le moment qu'éclatait en France ce mouvement des Pastoureaux, Innocent était entré en Italie et, de Gênes où il avait séjourné d'abord, s'était avancé jusqu'à Pérouse \ Il ne voulait pas seulement enlever le sud de la péninsule à Conrad; jugeant l'occasion favorable pour étendre en Italie le pouvoir temporel du saint-siège, il avait formé le projet de réunir le royaume de Sicile au domaine direct de l'Église. Dès son arrivée à Pérouse, il avait conféré des fiefs aux nobles de ce royaume, octroyé des privilèges aux villes, s'attribuant ainsi les prérogatives de la puissance souveraine ».
1. Matth. Paris, t. V, p. 246-249. Le Nain de Tillemont, t. III p. 429-439 2 II avait quitté Lyon le 19 avril i251. avait séjourné à Gènes du 17 mai au 26 juin, puis, passant par Milan, était entré le 5 novembre à Pé-
rouse.
3. Par une lettre du 18 février 1252, il « restitua » à Marco Zanni, qui
Comme les habitants de Naplos, dans l'espoir de recouvrer des franchises que h'ur avaient enlevées les constitutions de Melfi, avaient invoqué la protection du saint-siège, il leur avait écrit, en promettant le maintien de leurs privilèges, que leur ville, avec son territoire, appartiendrait à perpétuité à la chaire apostolique, et qu'en aucun temps lui ou ses successeurs ne pourraient la céder à qui que ce fût, empereur, roi ou prince K Mais les droits de la maison de Souabe sur l'Italie méridionale étaient alors défendus par un fils légitimé de Frédéric, Manfred, prince de Tarente, que l'empereur, par son testament, avait nommé régent du royaume ^. Plein de courage et d'énergie malgré son jeune âge, ce prince avait fait proclamer Conrad roi de Sicile, et, s'appuyant à la fois sur les Allemands du royaume et sur les Sarrazins de Lucéra, ennemis déclarés de la domination pontificale, il avait réussi à retenir dans le devoir une partie notable du pays. Le pape, qui de Lyon avait ordonné de prêcher la croisade contre Manfred ^ eut bientôt à compter avec un nouvel adversaire. S'éloignant de l'Allemagne, où il se voyait, sinon tout à fait abandonné, du moins trop faiblement soutenu, Conrad s'était rendu, à la tête de quelques troupes, dans la ville fidèle de Vérone; de là, après s'être concerté avec Eccelin de Romano et d'autres chefs gibelins de la Lombardie et de la Toscane, il était allé s'embarquer, aux environs de Trieste, sur des galères que lui avait envoyées
avait épousé une petite-fille du roi Tancrède, le comté de Lecce, situé « in regno nostro » Sicili;e. Reg. d'Innoc. IV, n» 5557. Voy. ibid, n°^ 5507, 5529.
1. (( Statuentes ut eadem civitas (Neapolitana) perpétue prsefatse sedis (apostolicae) remaneat ; ita quod romana ecclesia, semper absque ullo medio retinens illam sibi, sicut terram Gampanise vel Maritimse, nuuquam... ipsara, vel jus quodcunque in ea... cuiquam sive imperatori, sive régi, seu duci aut principi.. concédât. » 13 décembre 1231, Raynald. eod. anno, n° 39-42. Cf. une autre lettre du pape aux Napolitains du 22 juin 1231, Raynald. Ibid. n» 38.
2. Voir le texte du testament de Frédéric dans Chron. de reb. in Ital.. gesL, p. 228-232,