‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 101 sur 416 · janv. 1231. lirg. d'Innoc. IV. n · texte numérisé non relu

janv. 1231. lirg. d'Innoc. IV. n

Manfrod, et, au mois de janvier 1232, il avait abordé, par la Capitanate, dans le royaume de Sicile.

Le dessein de Conrad, en franchissant les Alpes, dessein à peu près semblable à celui que dans les derniers temps avait formé Frédéric, était de ramener à l'obéissance les populations de l'Italie méridionale hésitantes ou rebelles, et de revenir ensuite en Allemagne, avec de nouvelles forces, se mesurer contre Guillaume de Hollande. Il exécuta la première partie de ce dessein. Secondé par Manfred, qui avait généreusement abdiqué le pouvoir entre ses mains, il vit en peu de temps s'ouvrir devant lui les villes qui avaient arboré l'étendard de l'Eglise. Naples fut la seule qui osa se défendre. Un siège opiniâtre de dix mois la livra au fils de Frédéric, qui, voulant faire un exemple, châtia sa résistance par les plus cruelles rigueurs *. Cette présence de Conrad au sud de la péninsule avait surpris et alarmé le pontife. Se sentant impuissant contre les efforts réunis de ce prince et de Manfred, il avait paru abandonner le projet de rattacher aux possessions du saint-siège le royaume de Sicile. Mais, par une politique qui montrait combien peu il avait souci des intérêts de l'Italie, plutôt que de laisser Conrad s'établir dans ce royaume, il résolut d'en investir un prince étranger qui lui fût redevable de son élévation. Il chargea un notaire apostolique d'aller offrir la couronne au frère du roi d'Angleterre, Richard, comte de Cornouailles, et au plus jeune des frères du roi de France, Charles, comte d'Anjou, se réservant sans doute de la décerner à celui dont il obtiendrait les conditions les plus avantageuses ^. Richard, vers lequel il avait envoyé d'abord, ne l'ayant pas acceptée, le légat alla trouver Charles, qui n'opposa pas le même refus; néanmoins, comme Louis IX, tout en s'étant racheté de captivité, était encore

i. Glierrier, Hisl. de la lutte des papes et des empereurs, t. II, p. 429, 430.

2. Les lettres adressées aux cours d'Angleterre et de France, et dans lesquelles était fait dans les mêmes termes l'éloge du prince qu'elles concernaient, étaient datées la première du 3 août, la seconde du 2 août 1252. Reg. d'Innoc. IV, t. II. Introd. p. gclxxviii.

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outre-mer, le conseil du roi ne juf^ea pas prudent d'engager les forces de la France dans une expédition dont l'issue semblait incertaine, et, après de longs pourparlers, le pape dut renoncer à l'espoir qu'il avait conçu *. 11 ne se rebuta pas, et, vers l'automne de 1253, il manda à son légat de retourner en Angleterre, pour offrir la couronne, non plus à Richard, mais à l'un des fils de Henri 111.

C'était dans ce temps même que Naples, après avoir épuisé tous les moyens de la résistance, ouvrait ses portes à Conrad. Innocent, de son côté, était enfin revenu à Rome où il n'avait pas paru depuis neuf ans ^. Il ne s'y était présenté « qu'en tremblant. » Outre que, durant sa longue absence, les Romains s'étaient accoutumés, à l'égard du saint-siège, à une plus grande indépendance, le peuple avait alors appelé à Rome et imposé aux nobles comme sénateur, pour une période do trois ans, un citoyen de Bologne, l'énergique et impérieux Brancaleone, qui avait soutenu jadis dans la Haute Italie la cause de Frédéric. Le nouveau magistrat avait joint à son titre de sénateur celui do « capitaine du peuple », et il exerçait une autorité d'autant plus absolue, qu'il avait exigé, avant d'entrer en fonctions, que des otages pris dans les principales familles romaines fussent envoyés à Bologne afin d'y répondre de sa sûreté ^ Sans vouloir, pour le moment, engager contre lui un conflit qui eût entraîné le saint-siège en de nouvelles difficultés. Innocent, du palais deLatran où il s'était enfermé, continua ses négociations avec le roi d'Angleterre, qui accepta enfin le trône de Sicile au nom de son

1. Voir, dans Raynald. anno 1253, n» 3 et ss., les conditions auxquelles Innocent offrait la couronne de Sicile au comte d'Anjou.

2. 12 octob. 1253. Il avait quitté Pérouse le 27 avril de cette année pour se rendre à Assise, où il avait séjourné jasqu'en octobre.

3. Nie. de Gurbio. c. 34. — Matth. Paris., t. V, p. 373, 417. — Gregorovius, Storia cli Roma, t. V, p. 316, 317. Brancaleone avait été élu sénateur au mois d'août 1252. Gregorovius observe avec raison que le peuple, en choisissant un gibelin pour sénateur, entendait, non favoriser la cause de l'Empire, alors presque perdue, mais se faire un appui contre les nobles et le pape qui appartenaient au parti guelfe.

secoad fils Edmond. Un acte fut dressé par lequel la Sicile proprement dite et les provinces situées de l'autre côte du Phare jusqu'aux frontières de l'État ecclésiastique, à l'exception de Bénévent, étaient cédées en fief au jeune prince avec le titre de roi. Henri III promit, moyennant cent mille livres tournois payables par le trésor pontifical, d'envoyer des forces suffisantes pour faire la conquête du royaume: et, selon les instructions du pape, le légat qu'il avait chargé de ces négociations en conféra à Edmond l'investiture provisoire '.

Un événement vint modifier encore la politique changeante d'Innocent. A peine cette investiture avait-elle été conférée à Edmond, que Conrad mourait à Lavello, le 21 mai 1234, laissant un fils unique, Conradin, âgé de deux ans, qui était alors en Bavière. Déconcerté par cette mort et voyant déjà autour de lui se produire les défections, Manfred crut plus sage de faire sa soumission à l'Eglise. Il se décida à confier au saint-siège le soin des intérêts de Conradin, et, sous la réserve des droits du jeune prince et des siens propres, offrit au pontife de le recevoir dans le royaume et de lui en ouvrir les forteresses. Innocent parut accueillir avec empressement des propositions qui mettaient fin aux hostilités. Sans égard au traité qu'il venait de conclure avec l'Angleterre et comme s'il eût oublié les sentences dont, à diverses reprises, il avait frappé la postérité de Frédéric, il déclara, par un acte public, qu'il plaçait sous sa protection le petit-fils de l'empereur, et « que le royaume de Jérusalem, le duché de Souabe, avec les droits qu'il pouvait avoir tant sur les Etats siciliens que sur d'autres pays, lui seraient conservés en leur intégrité 2. » Par le môme acte, il autorisa les habitants du royaume de Sicile, dans le texte du serment qu'ils prêteraient à l'Eglise

1. Mars-mai 1254. Rymer, Fœdera, t. I, pars i, p. 178, 182, 183.

2. « Regnum Hierosolimytanum et ducatum Sueviae et alia jura sua, ubicunque illa, sive in regno Siciliae, sive alibi habeat, intégra et illEesa sibi... proponimus et volumus conservare. » 27 septembre 1254. Raynald. eod. anno, n° 47. Potthast, Reg. pontif., n "loiSS, a daté à tort cette lettre du commencement de juillet.

romaine, à insérer ces mots : « Sauf les droits de Conrad le jeunet » Il coniirma également à Manfredla possession de la principauté de Tarente dont l'avait gratifié Frédéric 2. Mais il est à penser que, par ces concessions, Innocent ne cherchait qu'à désarmer Manfred, afin de réunir plus sûrement, selon son premier projet, le royaume de Sicile au domaine apostolique. Ce qui est certain, c'est qu'un neveu du pape, le cardinal de Saint-Eustache, chargé d'aller à la tête des troupes pontificales prendre possession du royaume ^ obligea les barons et les syndics des villes de jurer fidélité à l'Eglise, sans que réserve fût faite des droits de Conradin, non plus que de ceux de Manfred *; et, tandis que, par ce moyen, Innocent établissait son autorité dans l'Italie méridionale, luimême, quittant l'Etat ecclésiastique pour se diriger vers les provinces siciliennes, entrait en maître dans INaples. , Il y fit son entrée le 27 octobre 1254 ^ Sept jours auparavant, il avait signifié, par une lettre adressée aux populations de l'île de Sicile et des Calabres, que ces provinces seraient annexées à perpétuité au domaine de l'Eglise romaine, sans qu'aucune portion en pût jamais être cédée, « fût-ce au personnage le plus illustre ^ » En dehors de ces provinces, un grand nombre de bourgs et de villes reçurent des lettres qui les rattachaient de même au domaine de saint Pierre ^, et

1. « Permittimus quod, in série juramenti fidelitatis quod nobis praestabunt, possint adjicere Gonradi pueri jure salvo. » Ibid.

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