‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 102 sur 416 · Nullo jure régis et principis salvo. » Jamsilla · texte numérisé non relu

Nullo jure régis et principis salvo. » Jamsilla

5. Dés le mois d'avril précédent, il avait quitté Rome pour se rendre à Assise et de là à Anagni.

6. « Statnimus ut Sicilia et Galabria perpétue sint de dominio ecclesise romanae atque nostro,... nec cuiquam aliqiiid concedere,... vel quomodolibet alienare, vel transferre, sive in illustres seu in alias quascumque personas liceat. » 20 octobre 1254. Raynald. eod. anno, n" 63.

7. Raynald, ibid., n" 62. — Gberrier, ouvr. cité, t. III, p. 27, note 1, a signalé, d'après les registres du Vatican, plusieurs de ces lettres, qui sont les unes d'octobre, les nutrcs de novembre 1254.

dans aucune desquelles il n'était fait mention des droits de Conradin. Trompe dans sa confiance, craignant, non plus seulement pour ses droits, mais pour sa liberté, Manfred courut demander secours aux Sarrazins de Lucéra \ qui promirent do l'appuyer de leurs armes, et la guerre se ralluma. Le pape était alors malade à Naples, et ses forces faiblissantes, que l'âge diminuait encore, ne lui faisaient pas envisager sans inquiétude une nouvelle guerre à soutenir. Une défaite essuyée par les troupes du légat, en augmentant ses alarmes, le décida à renoncer pour la seconde fois à des vues qu'il se sentait hors d'état de poursuivre avec ses seules ressources. Il se retourna vers le roi d'Angleterre, qu'il négligeait depuis six mois, et, par un message du 17 novembre, le pressant d'exécuter le traité conclu au sujet de l'Italie méridionale : « Le moment est arrivé, lui mandait-il, de remplir vos engagements; hâtez-vous de marcher contre l'ennemi de l'Eglise, et sachez que, si vous tardez à venir prendre possession du royaume, nous transférerons à un autre la couronne de Sicile -. »

Innocent ne put connaître l'effet de la dernière résolution à laquelle il s'était arrêté. Il était dit que tous les principaux acteurs du drame qui depuis tant d'années agitait l'Europe se suivraient de près dans la tombe. Le 7 décembre, Innocent expirait à Naples, laissant, comme celui de ses prédécesseurs dont il avait adopté le nom, mais à un autre titre, une trace profonde dans les annales de l'Église. Avant lui, aucun pontife n'avait été dominé à ce point par des vues séculières \ et Ton peut dire qu'en entraînant la papauté dans les luttes politiques, il contribua, plus que n'avaient fait ses devanciers, à la détourner de sa voie. Il n'avait pas atteint, il est vrai, les divers buts qu'il s'était proposés. En Allemagne, il n'avait pu faire reconnaître partout Guillaume de Hol-

1. Il entra à Lucéra le 2 novembre. Voy. Gherrier, ibid., p. 12-27. :2. Rymer, Fœdera, t. I, pars. I, p. 190.

3. « Potius Gonstantini quam Pétri vestigia sequebatur. » Matth. Paris, t. V, p. 302.

lande pour roi des Romains; en Italie, malgré les desseins successifs auxquels il s'était attaché, le royaume de Sicile n'appartenait encore ni à l'Eglise romaine, nia un souverain étranger, et il n'avait réussi, des deux côtés des Alpes, qu'à introduire l'anarchie. Mais, en Italie comme en Allemagne, il avait, sinon tout à fait ahattu, du moins fortement ébranlé la maison de Souabe, et préparé, selon ses vues, une séparation définitive entre le sud de la péninsule et l'Empire. L'anarchie même qu'il laissait à la place des gouvernements que sa main avait brisés, et à laquelle il n'avait pas eu le temps de mettre un terme, était une preuve du succès qui avait suivi ses entreprises. Dans ces conditions, il devait croire qu'il serait aisé à ses successeurs de relever, à Rome et dans l'Italie centrale, le pouvoir temporel de l'Église romaine pour la défense duquel il avait engagé une lutte aussi opiniâtre, et, à ne considérer que ce résultat, il put, avant de mourir, se féliciter de son œuvre.

Toutefois, si la papauté triomphait dans les faits, elle ne triomphait pas dans les idées. Elle avait perdu, au point do vue spirituel, ce qu'elle semblait avoir gagné au point de vue politique. Jamais l'opinion ne s'était élevée aussi hautement et d'une manière aussi générale contre les abus dont elle oTrait lo triste exemple. Il est assurément difficile d'admettre comme authentique le prétendu discours que, d'après un contemporain, l'évoque de Lincoln, au mois d'octobre 1253, aurait prononcé, à son lit de mort, devant les clercs de son église, et dans lequel, rappelant les exactions d'Innocent, ses actes arbitraires, son mépris des règles ecclésiastiques, et déplorant les maux qu'à tant de titres ce pontife avait causés à la religion, il n'aurait pas craint de le qualifier d'antéchrist^ Mais ce discours, mis à dessein dans la bouche d'un des plus pieux prélats de ce temps, prouve avec quelle har-

1. Matth. Paris, t. V, p. 402-407. Voir, sur ce point, la dissertation critique de Gh. Jourdain, Bullelin de l'Acad. des inscr. et bell. lett., année 1868. Cf. l'écrit du docteur Joseph Felten, Robert Grossetéte, bischof von Lincoln, 1887, in-8".

(liesse on s'exprimait alors en Angleterre sur le compte de l'Eglise romaine. Par là on juge de ce qui pouvait se dire dans les pays qui, tels que l'Italie et l'Allemagne, avaient le plus souffert des entreprises d'Innocent. En Orient même et jusque dans l'entourage du roi de France, la cour de Rome était flétrie par ceux qui auraient dû la défendre. Au mois de mars 1254, Louis IX, qui, après avoir recouvré sa liberté, s'était rendu à Saint-Jean d'Acre, ayant enfin résolu de revenir en Europe, le légat qui l'avait accompagné à la croisade avoua, en pleurant, au sire de Joinvillo combien il avait de regrets de quitter la cour d'un si saint roi pour retourner en celle du pape u où il n'y avait que déloyauté ». » En même temps que s'élevaient de divers côtés ces voix accusatrices, le mot de réforme, qui n'avait encore été prononcé que par Frédéric, se faisait entendre en France, et cette fois il partait du clergé. Cette même année, était exposé au parvis de Notre- Dame, à Paris, un livre qui avait pour auteur le franciscain Gherardino de Borgo San-Donnino et qui était intitulé : Introduction à rÉvangile étemelK Dans ce livre, inspiré des écrits apocalyptiques de Joachini de Flore, on annonçait pour une date prochaine une transformation religieuse du monde. On y disait que le monde avait déjà passé par deux états successifs; qu'il avait d'abord été soumis à la loi du Père, ensuite à celle du Fils, et que les temps approchaient où il allait être soumis à celle du Saint-Esprit; que, de même que l'Ancien Testament avait été remplacé par le Nouveau, celui-ci allait être remplacé par l'Évangile du Saint-Esprit ou l'Évangile éternel; que le souverain pontificat et les autres prélatures n'étaient qu'un régime transitoire destiné à disparaître, et qu'enfin il y aurait bientôt un autre Évangile et un autre sacerdoce.

l. Le Nain de Tillemont, Vie de S. Louis, t. IV. p 29.

2^///.^ littér. t. XXIV. p. 112-118. - Iluillard-Brcholles, Vie de Pierre de la Vigne, p. 189, 190. Voir aussi Renan. Nouvelles études d'histoire reliqieusp 1884, p. 217-332.

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