‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 103 sur 416 · ALEXANDRE IV, URBAIN IV · texte numérisé non relu

ALEXANDRE IV, URBAIN IV

Bien que dictée par le sentiment des abus qui aflligeaient l'Église, cette annonce d'un nouvel évangile et d'un nouveau sacerdoce que promettait pour une date prochaine V Introduction à l'Evangile éternel n'avait pas, au point do vue du mouvement des esprits, l'importance qu'on serait tenté do lui attribuer. Ce n'était guère (jue le cri isolé d'un religieux qui, épris de cet idéal de perfection que saint François d'Assise avait proposé à ses disciples, croyait l'ordre (b's Frères mineurs destiné à régénérer la foi. Le clergé séculier ne vit même dans cette prétendue prophétie (ju'une tentalive mal dissimulée des moines mendiants pour se substituer à lui dans la direction des lidèles. Le peu d'écho (ju'avaient rencontré en Europe les idées de Frédéric II montrait au reste que les esprits n'étaient pas mûrs pour une réforme. Si grands que fussent les abus, le mal n'était ni assez profond, ni assez général, pour que la nécessité d'un cliangement s'imposât aux

intelligences. Encore n'était-ce pas du clergé, habitué à obéir en dépit de certaines oppositions, que la papauté avait alors à redouter des innovations dont elle pût s'alarmer. Il avait fallu qu'un monarque puissant, en lutte avec la cour de Rome, se vît arrêté par elle dans ses entreprises ambitieuses pour oser demander aussi ouvertement une réforme dans la constitution de l'Eglise; et quarante années devaient s'écouler avant que, ces idées arrivant à se répandre, le saint-siège fût de nouveau aux prises avec des événements analogues à ceux qu'il venait de traverser.

Durant ces quarante années, onze papes allaient se succéder sur la chaire de saint Pierre. Ils n'eurent pour la plupart qu'un môme but : achever l'œuvre d'Innocent IV et en consolider les elfets. Celui que les cardinaux assemblés à Naples appelèrent d'abord sur le saint-siège était un neveu de Grégoire IX, Réginald, cardinal-évêque d'Ostie, de la famille des comtes de Segni. Elu dans le mois où mourut Innocent, le 12 décembre 1234, il adopta le nom d'Alexandre IV. Sans avoir l'énergie ni l'habileté du dernier pape, il s'attacha à continuer ses vues. Il s'inspira de son exemple au point de l'imiter, au début, dans sa politique équivoque. On avait vu Innocent chercher à réunir au domaine de l'Eglise le royaume de Sicile, puis l'offrir au roi d'Angleterre, et cependant déclarer que, prenant sous sa protection le petit-fds de Frédéric, il entendait lui conserver ses droits tant sur les États siciliens que sur le royaume de Jérusalem et sur le duclié de Souabe K De même Alexandre, à peine en possession du pontificat, écrivit à la mère du jeune prince, Elisabeth de Bavière, que son dessein était « non seulement de maintenir en leur intégrité, mais d'accoître les droits de son cher fils en Jésus-Christ, Conradin, illustre roi de Jérusalem et duc de Souabe -. » Quelques jours après, il ne craignait pas de dé-

i. Voir ci-dessus, p. 127, 131.

2. (( Ejnsque pueri jura non solum intégra et illtesa servare, immo potius adaugere. » 23 janvier 1235. Potlhast, Ref/. pontif. n» 15649. Cf. Gherrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs, t. III, p. 33, 36.

mentir CCS déclarations; et, informé qu'Alfonse, roi de Castille, issu de Frédéric Barberoasse par les femmes \ prétendait de ce chef au duché de Souabe, il mandait aux évèques et aux seigneurs du pays de seconder de tons leurs efforts les prétentions de ce souverain, leur promettant, en retour de leur zèle, « les grâces et les faveurs du saint-siège ^ »

Dans sa lettre à la mère de Conradin, Alexandre avait évité du moins de donner au jeune prince la qualification de roi de Sicile. Comme son prédécesseur, il avait résolu, dans l'intérêt de l'Eglise romaine, d'appeler un étranger à régner au sud de l'Italie. Manfred, ce courageux défenseur des droits de la maison do Souabe, qui, après avoir ouvert à Innocent le royaume de Sicile, avait repris les armes et infligé une première défaite aux forces du saint-siège, n'avait pas laissé, depuis la mort de ce pape, de continuer les hostilités ; et, à l'exception de quelques villes de la Terre d'Otrante, toute la Fouille reconnaissait alors Conradin pour souverain ^. Alexandre s'était hâté de renouer les négociations avec le roi d'Angleterre. Dès le mois d'avril 12"}.), un traité, quiconlirmait sur plusieurs points et modifiait sur d'autres la cession faite par Innocent au jt;une fils do Henri 111, Edmond, était rédigé à Xaples par l'ordre du pontife et porté ensuite à Londres. Aux termes do cet acte, le royaume de Sicile était conféré en fief à Edmond et à ses héritiers, moyennant un cens annuel do deux mille onces d'or et l'obligation de fournir chaque année, pendant trois mois, trois cents chevaliers armés et équipés pour le service du saint siège. Ce prince devait s'obliger en outre, sous peine de déchéance pour lui et ses successeurs, à ne jamais prétendre à l'Empire. D'un autre côté, le roi d'Angleterre, en acceptant la couronne au nom do son lils, devait prendre l'engagement de diriger sur l'Italie méridionale, avant la Saint-Michel de l'année suivante, des forces

1. Le père d'Alfonse, Ferdinand III, avait épousé la plus jeune des filles de Philippe de Souabe, roi des Romains et oncle de Frédéric II.

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