‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 138 sur 416 · mai 1267. Raynald. eod. anno, n · texte numérisé non relu

mai 1267. Raynald. eod. anno, n

2. Voir, dans Héfélé, Conc. t. VIII, p. 504-512, les canons de ce synode, qui eut lieu au mois de mars 1266.

3. Lettre à l'archevêque de Mayence, 18 septembre 1266. Potthast. Reg .

pontif. n» 19815.

4. « Imperii qufestionem, nimis hactenus inlecenter et d imnose dilatam,

tenere non possuraus araplius in suspenso. » Lettre du pape au roi de Castille, 5 juin 1267. Martene. Thés, anecd. t. II, p. 488. Cf. la lettie citée cidessus du 9 mai 1267.

cliard étant do la plus grande conséquence, il importait d'examiner mûrement les droits respectifs des deux compétiteurs. Il lui transmit par extraits diverses lettres d'Innocent III, qui avaient été écrites à l'occasion de la lutte entre Philippe de Souabe et Otton de Brunswick, et dans lesquelles était établie la doctrine qu'au saint-siège seul appartenait, «en principe et en fait, » de décerner l'Empire*. Tandis que la cour de Rome livrait ainsi à l'invasion étrangère le sud de l'Italie et, en tardant à résoudre la question de l'Empire, prolongeait, au détriment des peuples, l'anarchie en Allemagne, Louis IK, dont la piété ne cessait de se tourner vers la Terre sainte, se préparait à partir une seconde fois pour l'Egypte. Cette deuxième expédition fut, comme la première, l'œuvre personnelle du monarque. Peu après l'avénement àa Clément IV, il avait consulté le saint-siège sur l'opportunité de cette nouvelle expédition, et le pape, que préoccupaient les événements de Sicile, ne s'y était pas d'abord montré favorable ^ Mais, vers l'été de 12G6, comme il n'avait plus les mêmes motifs de s'opposer au départ du roi, il avait approuvé cette entreprise, et il avait ordonné de prêcher en France et dans les autres États de la chrétienté la croisade contre les Infidèles ^. Louis IX, dans un parlement qu'il tint à Paris au commencement de l'année suivante, fit

1. 17 juin 1267. Martene, ibid., t. II, p. 496-498. Voir p. 358 de notre premier volume.

2. « Qui (papa)., in prineipio reformidans diuque deliberans, tandem consensit. )) Galfr. de Belloloco, Viia S. Lud. c. 37, 38. D'après le pieux biographe, lequel écrivait après la mort de Clément, on pourrait croire que les hésitations du pontife eurent pour cause la difficulté de l'entreprise; mais il ne parait pas douteux que Clément, qui pressait alors Louis IX d'aider Charles d'Anjou, ait eu en vue les affaires de Sicile.

3. 6 juin, 30 juillet et 25 octobre 1266, Martene, Thés, anecd. t. II, p. 341, 379, 422. Cf. ihid. p. 439 (12 janvier 1267). Ptaynald. anno 1263, n» 42 46, a placé à tort en l'année 1265 les lettres qu'à cette occasion le pape écrivit aux divers princes de l'Europe, ainsi que celle qu'il adressa aux Frères prêcheurs et mineurs du royaume de France, placée aussi par Potthast, n» 19293, en cette même année. On connaît la date de plusieurs de ces lettres, notamment celles au roi de Navarre et aux barons de France, qui sont l'une et l'autre du 28 mai 1266. Voy. Martene, ihid. p. 335, 337.

alors connaître sa résolnlion. A son exemple, trois de ses fils et nommément Philippe, qui devait régner après lui, prire-nt la croix; plusieurs grands seigneurs, tels qu'Alfonse, comte de Poitiers, frère du roi, Thibaud, roi de Navarre et comte de Champagne, Robert, comte d'Artois, et un certain nombre de prélats se croisèrent également K Instruit de ce qui s'était passé dans cette assemblée. Clément transmit à son légat en France, le cardinal de Sainte-Cécile, de nouveaux ordres au sujet de la croisade, et lui enjoignit de recueillir tout ce qui n'avait pas encore été perçu du centième imposé par Urbain pour la guerre de Terre sainte. Il décida en outre, sur la requête de Louis IX, qu'indépendamment de ce centième, un dixième serait prélevé en France, pendant trois ans, sur le revenu des Eglises -.

Cette nouvelle contribution souleva de la part du clergé des résistances analogues à celles qu'on avait vues se produire sous le précédent pontificat. Elles furent d'autant plus vives, qu'on savait que le pape, dans l'embarras où il était de fournir à Charles d'Anjou l'argent nécessaire à la guerre de Sicile, avait détourné tout ce qui avait été perçu jusque-là du centième exigé par Urbain ^ Entre toutes les églises de France, celle de Reims se signala par la violence de ses récriminations. Elle fit tenir au pontife une lettre où, lui reprochant les c( tributs » qu'il imposait au clergé et prononçant même le mol de « servitude », elle se disait épuisée par les exactions incessantes de la cour de Rome et ne craignait pas d'attribuer aux effets de son avidité la perte de Jérusalem, ainsi. que l'opiniâtreté des Grecs à demeurer dans le schisme.

i. Le Nain de Tillemont, Vie de S. Louis, t. V, p. 13-16.

2. 3 mai 1267. Raynald. eod. anno, n» 51-54. Cf. lettres au même des 19 octobre et 31 décembre 1266, Marteiie, Thés, anecd. t. II, p. 419, 434.

3. « Licet videatur salis durum quod dominas summus pontifex commutandi crucem Terrse sanctie in subsidium Apuliae contulit potestatem, adlmc videliir durius ut pecunia, eidem Terrre sanctfe ex devotione fidelium assignata, in dictum Apulise subsidium convertatur. » Lettre de Gilles, archevêque de Tyr, datée de Paris, le 23 novembre 1263. Archives nationales, à Paris, Trésor des Chartes, J. 456, pièce 23 12.

« Plutôt que d'obtempérer à vos ordres, ajoutèrent de vive voix les porteurs de cette lettre, les ecclésiastiques de la province de Reims sont résolus à braver l'excommunication, persuadés que la rapacité de la cour de Rome ne cessera que le jour où cesseront l'obéissance et le dévouement du clergé * ». Encore des paroles plus violentes durent-elles être prononcées; car dans une lettre que le pape écrivait en réponse à ce message, et où il menaçait des sévérités apostoliques ceux qui le lui avaient adressé, il faisait allusion à des injures que les députés de l'église de Reims avaient « impudemment, disait-il, non pas proférées, mais vomies en sa présence - ».

C'était plus que de la désobéissance; c'était une véritable rébellion. Chose singulière, et qui montrait combien inconsidéré était l'esprit qui guidait la cour de Rome! Alors que le clergé, sous le poids de ces taxes toujours plus lourdes, commençait à se plaindre de « sa servitude », le saint-siège cherchait à étendre cette dépendance par une autre voie. Déjà la papauté, par un abus contre lequel le clergé avait souvent et inutilement protesté, avait mis la main sur les bénéiices mineurs, et elle était également arrivée, soit en intervenant comme juge dans les débats que soulevaient les élections, soit en nommant de sa propre autorité aux sièges épiscopaux, à se rendre maîtresse en partie des dignités supérieures de l'Église \ Clément, par un décret qui datait de la première année de son avènement, accrut encore sur ce point les prérogatives que s'était attribuées le saint-siège. Il signifia que désormais seraient réservées à la nomination du pape toutes les charges ecclésiastiques « vacantes en cour de Rome '% »

1. « Adjicientes.. quud non cessaret exactio tribuloruui, donec cessaret devotio subditorum. » Voir la lettre du pape mentionnée ci-après.

2. « Goram nobis et nostris fratribus, imprudenter effundere, immo potiusimpudenter evomere prœsumpserunt. » Cette réponse du pontife, datée du 24 septembre 1261, est tout entière dans Raynald. eod. anno, n° 53-59. Cf. une lettre de Cléineut du 14 septembre au cardinal de Sainte-Cécile, Martene, Thés, anecd. t. II, p. o22.

3. Voir un article de Al. Viollet dans la Bibl. de l'Ec. des Chartes, année 1870, p. 166 et suiv.

4. Sext. Décret, lib. III, tit. iv, 2. Ce décret, mal daté dans le Corp. jur.

c'est-à-dire celles qu'abandonnerait le titulaire qui, en résidence auprès de la cour apostolique, y serait déposé de sa dignité ou appelé à do nouvelles fonctions, ou viendrait à mourir. Ce n'était pas là une vaine déclaration. Indépendamment des ecclésiastiques de tout ordre que les procès d'élection, l'intérêt des églises, des motifs d'ambition ou d'autres causes amenaient à la cour pontificale, les évoques et les abbés étaient obligés, depuis la bulle rendue en 12o7 par Alexandre IV, de visiter, à des intervalles rapprochés, la chaire apostolique K Par toutes ces raisons, les prélats et les autres membres du clergé affluaient en si grand nombre au lieu où se tenait la cour pontificale, et le séjour qu'ils y faisaient était parfois d'une telle durée, qu'il serait presque exact de dire, avec un historien moderne, qu'ils ne remplissaient pas seulement les rues, mais aussi les cimetières. De là des vacances fréquentes dans l'entourage du pape. Encore ces vacances, si nombreuses qu'elles fussent, ne suffisaientelles pas à l'objet que semblait se proposer Clément; et, comme s'il eût voulu préparer l'avenir, il déclarait, dans le préambule de ce décret, que le pontife romain avait en principe le droit de disposer de toutes les charges de l'Église ^ En cherchant ainsi, dans ses rapports avec le clergé, comme dans ses rapports avec les princes, le continuel accroissement de son pouvoir, la papauté s'enfonçait de plus en plus dans ses propres abus, d'où s'aggravaient, par une suite inévitable, les dérèglements de l'Église. Ce n'est pas que des avis

can., est du 27 août 1263. Voir Reg. de Clem. IV, u» 212. Il convient de noter qne Clément, ainsi qu'il le déclarait lui-même, ne faisait par ce décret que con.sacrer et étendre un usage qui s'était déjà introduit à la cour pontificale.

1. Pour ne citer que quelques exemples, l'archevêque de Reims était obligé à cette visite tous les deux ans, et celui de Drontheim, en Norvège, tous les trois ans. Nicolas III accorda à celui-ci, en raison de l'éloignement, de ne se présenter que tous les cinq ans. Potthast, Reg. pontif. n» 21329

2. « Licet ecclesiarum, personatuum, dignitatum aliorumque beneficioriim ecclesiasticorum plenarla dispositio ad romanum noscatur pontificem pertinere. »

salutaires ne parvinssent au saint-siège. Bien que des vœux de réforme ne fussent pas alors exprimés ouvertement, le besoin d'une amélioration dans le régime du clergé était néanmoins senti par plus d'un esprit sage. Des prédictions, dont l'origine remontait au temps de Frédéric II et qui n'étaient que le produit de cette préoccupation, annonçaient comme prochain l'avènement d'un pape destiné à corriger les maux de l'Église. Vers la fin de l'année I26G,lc célèbre moine anglais, Roger Bacon, que Clément avait connu avant son élévation au pontificat et avec qui il était resté en correspondance, se faisait, dans une de ses lettres, l'écho de ces besoins et de ces espérances. Il se plaignait que l'Église ne fût plus régie par la loi de Dieu; que la théologie et l'étude des livres saints y fût abandonnée pour celle du droit canon; que ce droit lui-même, souillé et corrompu, fût en quelque sorte devenu tout laïque; que là était la source dos querelles incessantes qui divisaient le clergé et, par le clergé, les peuples. « Puissé-je, s'écriait-il, voir le jour où, dans le monde soumis à la loi do Dieu, régneront enfin la justice et la paix! Il est digne de votre gloire, ô souverain pontife, de hâter un jour si désirable. Des prophéties nous disent que, dans les temps où nous sommes, paraîtra un pape qui purgera l'Église de Dieu, ramènera les Grecs à la véritable f!)i et triomphera des Sarrazins. Veuille le ciel que vous soyez clioisi pour cette œuvre, et que, selon le motde l'Écriture, il li'y ait plus qu'un seul troupeau et un seul pasteur! ' »

Les événements n'étaient assurément pas favorables à l'accomplissement (le ces vœux. A la vérité, l'expédition que Louis IX devait bientôt entreprendre contre les Infidèles, les négociations que Michel Paléologue avait ouvertes avec Urbain pour l'union des deux Eglises et que, dans ce moment

1. Piog. Bacon. Opus terlium, éd. Brevver, p. 84-86. Lond. 1839. D'une lettre adressée par Clément à Roger Bacon le 22 juin 1266 (Martene, Thés, anecd. t. II, p. 358), il est permis de conclure que ces paroles du moine anglais, écrites en (ète d'un ouvrage qu'il envoyait au pape, datent ou de la lin de celte année ou du commencement de l'année suivante.

184 LIVRE SKPTIÈME

mémo, il renouait avec Clément \ pouvaient faire croire à Roger Bacon que quelques-unes de ses espérances allaient être réalisées. Quant aux maux qu'il signalait dans l'Eglise, l'unique soin, on doit le dire, que prenait alors le saint-siège était d'y maintenir l'intégrité de la foi, en sévissant contre les hérétiques. Urbain, tout en portant son activité sur les affaires de Sicile, avait, à plusieurs reprises, recommandé l'exécution des mesures dont ils étaient l'objet, et il avait prescrit, en particulier, pour les hérétiques de Lombardie, d'observer strictement les constitutions de Frédéric II -. Clément ne se borna pas à renouveler cette dernière injonction. Il confirma les décrets d'Innocent IV et d'Alexandre IV, et les aggrava même par de nouvelles sévérités. Alléguant que, « par l'effet du malheur des temps, » l'hérésie s'était accrue en Italie, il intima l'ordre à tous les podestats, consuls, capitaines et communes de la péninsule d'insérer dans leurs statuts ces décrets ainsi amplifiés, <( sans jamais les abolir, » et de les faire exécuter, « sans en omettre aucune disposition ^ » Comme Alexandre IV, il recommanda aux Frères prêcheurs et mineurs, chargés de l'inquisition en Italie^ de poursuivre les hérétiques « sans bruit de procès ni d'avocats, » et voulant, comme lui, stimuler leur zèle, il leur concéda, en raison de leur office, les indulgences réservées pour la Terre sainte"^.

Si les vœux exprimés par Roger Bacon pour une amélioration de l'état de l'Eglise ne semblaient pas près d'être exaucés, encore plus le pouvait-on dire de la paix qu'il eût voulu voir,

1. Voir une lettre de Clément du 4 mars 12G7 à Michel Paléologue, Kaynald. eod. anno, n» 72-79. Cf. ibid. n» 80.

2. 20 mars 1252. RipoU. Bull, prsedic. t. I, p. 417-419, n» 4. Cf. ibid. p. 419, n» 5 ; p. 427, n» 24 ; p. 429, n» 25 ; p. 433, n» 32.

Page 1