‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 139 sur 416 · Sine omissioae aliqua · texte numérisé non relu

Sine omissioae aliqua

4. 3 novembre 126o. Ripoll. Bull, prœdic. t. I, p. 462 et s3..Cf. ibid. p. 4C0. Voir aussi Wadding. Annal, minor. t. II, p. 278-281. Clément ne borna pas son attention à l'Italie. Voir, dans Potthast, Reg. pontif. n. 20064, une lettre du 6 juillet 1267, adressée aux inquisiteurs de Besançon, Genève, Lausanne, Toul, Metz et Verdun. Cf. ibid. n. 20169, une autre lettre du 20 novembre de la même année relative à l'inquisition en Provence.

SOUS l'égido do la papauté, rôgaor parmi les peuples. A ne parler que de l'Italie, loin qu'elle eût trouvé le repos dans la victoire qui avait livré à Charles d'Anjou le tronc occupé par Manfred, elle allait être le théâtre d'une nouvelle lutte, dernier épisode de l'invasion que le saint-siège avait appelée sur ces malheureuses contrées. En se soumettant au prince anihitieux que Rome leur avait imposé pour maître, les populations du royaume de Sicile avaient cru que la prompte hn de la guerre serait aussi le terme de leurs maux. Elles se trompaient. Une fois en possession de la couronne, Charles, s'ahandonnantà tous les vices de son caractère, avait fait peser sur ses nouveaux sujets une oppression tyrannique et les avait accablés des impôts les plus rigoureux. Ses collecteurs commirent des exactions si outrées, qu'on disait d'eux « qu'ils prenaient au peuple son sang et sa moelle '. » En vain Clément, à divers intervalles, exhorta-t-il le roi à la modération, disant que, s'il continuait dans cette voie, « il lui faudrait toujours avoir la cotte de mailles sur le dos, l'épée à la main et une armée derrière lui'^. )) Les populations indignées commencèrent à regretter Manfred ^ Les adhérents, encore nombreux, que la maison de Souabe avait conservés dans l'Italie méridionale, plus abattus que soumis depuis la journée de Bénévent, conçurent l'espoir de relever leur parti en opposant Conradin à Charles d'Anjou. Lescommunesgibelines de Pise et do Sienne, auxquelles ils s'adressèrent d'abord, entrèrent dans ce dessein, et des députés furentenvoyés vers le jeune prince pour l'engager à venir en Italie disputer à Gliar-

L « Cruorem (subjectorum) eliciunt et medulas. » Sabas Malasp. L III, c. 13. Cette assertion d'un chroniqueur contemporain est d'autant plus à remarquer qu'il appartenait au parti guelfe.

2. 22 septembre 125Q. Martene, Thés, anecd. t. II, p. iOG, 407. Cette lettre de Clément fut suivie de plusieurs autres oii il reprochait à Charles, en termes non moins vifs, les exactions de ses officiers. Ibid. "p. 432, 433, 50L 530, 532. Cette dernière est du 17 septembre 1207. Voir aussi une autre lettre de mars d268, Raynald. eod. anno, n" 36.

3. « 0 rex Manfrede, le., nunc mortuum deploramus; te lupum credebamus rapacem,.. sed, prsesentis respectu dominii,.. aguuni mansucluni te fuisse cognovimus. » Sabas .Malasp. 1. III, c. 16.

les son royaume héréditaire. Ils lui promirent de l'argent et des secours. Conradin, alors âgé de seize ans, n'avait jamais cessé de porter le titre de roi de Sicile et le portait encore depuis la mort de Manfred, D'une âme fière et généreuse et nourri, dès le berceau, de la pensée qu'il rétablirait un jour la fortune de sa race, il accueillit favorablement la démarche des députés gibelins. Impatient de tenter une entreprise qui flattait son courage, il renvoya ces députés avec mission de faire appel en son nom à ses partisans d'au delà les Alpes, et, levant à la hâte quelques troupes, s'apprêta à descendre en Italie*.

Ces préparatifs alarmèrent la cour de Rome. On était alors dans les premiers mois de 1267. Le pape, voyant la guerre sur le point de se rallumer dans l'Italie centrale par les menées des Gibelins, se décida à déchirer lui-même les traités qui interdisaient tout pouvoir à Charles en dehors de ses Etats. Il appela ce prince en Toscane et, sous le titre de pacificateur^-, titre qu'il changea bientôt en celui de A'icaire impérial ^, le chargea d'y commander les forces guelfes tant que durerait la vacance de l'Empire. En même temps, il intima à Conradin la défense de se qualifier roi de Sicile, défense qu'il lui avait déjcà faite après la mort de Manfred, et le menaça de toutes les rigueurs de l'Église s'il pénétrait en Italie avec des intentions hostiles*. Conradin répondit à ces menaces par un manifeste où il énumérait les injustices et les spoliations dont il était l'innocente victime. Il s'était vu, disait-il, condamner avec une partialité sans exemple par quatre papes qu'il n'avait jamais offensés. « Non content de nous déposséder de notre héritage en Italie, on nous persécute en Allemagne; on veut nous ôter jusqu'au nom de roi, et, comme

1. Cherrier, llist. de la lutte des papes et des empereurs, t. III, p. 223-234.

2. 4 juin 1267, Raynald. eod. anno, n» 7. Cf. Theiner, Corf. dipl.doni. temp. t. I, p. 168.

3. 15 février 1268, let're du pape aux Toscans, Martene, Thés, aiiecd. t. II, p. ^88.

4. 9 avril 1267. Cherrier, ouvr. cité, t. III, p. 230. Cf. Marti3ne, ibld. p. 436.

si ce n'était pas assez, on se propare à lancer sur nous les foudres de l'Église. Quel mal vous avons-nous fait, 6 souverain pontife? Notre tort, à vos yeux, serait-il de vivre ? Aujourd'hui, Dieu, dans sa bonté suprême, nous ouvre une voie à l'espérance; de fidèles amis, tant dans l'P^mpire que dans le royaume, se dévouent à notre cause et nous envoient de l'or pour lever des troupes. Répondant à ce noble appel, nous avons saisi le glaive et le bouclier, résolu à relever, avec la protection divine, l'antique gloire de notre maison et à recouvrer nos justes droits ^ »

L'entrée de Gonradin en Italie suivit do près la publication de ce manifeste. A la tète de la petite armée qu'il avait rassemblée, ce prince, descendant en Lombardie par la vallée de l'Adige, gagna d'abord Vérone, où il resta trois mois pour att'3:Hlro de nouvelles forces. Frappé d'anatlième par le pontife ', il ne laissa pas de continuer sa marche et, de Vérone, se porta sur Pavie. Il y entra le 20 janvier 1268^ Toute la péninsule retentit de cet événement. Déjà, au seul bruit de son approche, la plus grande partie de l'île de Sicile s'était soulevée. Une portion de la Galabre et plusieurs villes de la Pouiilo se soulevèrent à leur tour. Des renforts arrivèrent à Gonradin des Etats Siciliens, do la Toscane, de la Marche d'Ancône. Rome même, où Henri de Castille avait fait dép'over la bannière de Souabe, se déclara pour lui'^. Le pape, de plus en plus alarmé, ne se borna pas à renouveler l'excommunication qu'il avait lancée contre Gonradin; les Véronais, les liabitants de Pavie, les Siennois, les Pisans, les Gibelins de la Marche d'Ancône fnrent aussi atteints par l'excoîumunication\ Il frappa également d'anathème Henri de Gastille ^ et, déchirant une seconde fois les traités, autorisa le roi de

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