Gregoi-ovius, Storia di Roma, t. V. p.'3o2-;J
218 LIVRE SFiPTIÈME
établi le siège de son Eglisfï ; c'était aussi parce qu'il voulait que réleclion du pape, comme le ciioix des cardinaux, échappât à toute contrainte et que la cour pontificale, n'étant soumise à aucun pouvoir séculier, pût s'acquitter avec une entière indépendance de son office spirituel K Jamais les papes, au plus fort de leurs luttes pour leurs possessions temporelles, soit avec les empereurs, soit avecle peuple romain, n'avaient professé une semblable doctrine. Bien que cette déclaration fût en réalité dirigée contre Charles d'Anjou, qui, à plusieurs reprises, avait exercé une action oppressive sur le collège des cardinaux, elle n'en est pas moins à remarquer. Pour la première fois, la puissance temporelle du saint-siège était représentée comme la sauvegarde de son mandat ecclésiastique, et, chose singulière, cette déclaration était faite à une époque où le caractère politique primait visiblement chez la papauté le caractère religieux. A la vérité, cette doctrine était tout ensemble si nouvelle et si peu fondée qu'elle passa inapc'rçue; encore Nicolas ne parlait-il que de Rome sans aucune allusion aux autres Etats de l'Eglise, et l'on devait arriver aux temps modernes avant que la papauté, reprenant et développant cette doctrine, ne l'appliquât non pas seulement à Rome, mais à toute l'étendue de son domaine temporel.
Nicolas ne se contenta pas d'enlever à Charles d'Anjou la dignité sénatoriale; il l'obligea, en vertu des traités, à se démettre du vicariat de Toscane -. Ce n'est pas qu'il fût, plus que ses devanciers, favorable à Rodolfe et se fît le défenseur
1. o-Quin magis ipsii Pétri seJes, in romano jam proprio solio coUocata. libertate plena in suis agendisperoninia potiretur, nec ulli subesset homini que ore divino cunctis dino>cilur esse prelata. Decet itaque ipi romano pontifici per fratres suos .. cardinales, qui sibi in executione officii sacerdot ilis coadjutores assistant, libéra provenire consilia. Decet ipsius nullo modo vacillare judicia, ut fratres ipsos nullus sajcularis potestatis metus exterreat, nullus temporalis furor absorbeat, .. ipsaquo romani pontificis vicarii Dei, que suis temporibus occurret, electio et corumdem cardinalium promotio in oaini libertate procédant. »
2. Ce fat le 24 septembre 1278 que Charles dut se démettre de ce vicariat. Theiner, Cod. dipl. dom. temp. t. I, p. 218. n» 372. Cf. Raynald. anno 1278, n" 66-68.
des droits de l'Empire en Italie. Pour se conformer aux exigences des derniers papes, ce monarque avait envoyé à Rome un fondé de pouvoir qui, au mois de mai 1278, avait renouvelé en son nom les serments que son chancelier avait prêtés au concile de Lyon et qu'il avait ensuite prêtés lui-même à Lausanne K Ce nouvel engagement, par lequel il ratifiait les promesses d'Otton IV et de Frédéric II relatives aux diverses possessions de l'Église romaine, ne parut pas suffisant au pontife. Il adressa à Rodolfe la copie des a donations « faites au saint-siège par ses plus anciens prédécesseurs, depuis et y compris Louis le Pieux, et lui demanda de les confirmer par un acte scellé d'or^. Il écrivit aussi aux archevêques de Mayence, de Trêves, de Cologne, ainsi qu'aux princes séculiers de l'Allemagne, et leur demanda de délivrer de même et individuellement un acte confirmatif au sujet de ces donations^. Au nombre des territoires qui s'y trouvaient mentionnés était l'ancien exarchat de Ravenne, comprenant ce qu'alors on appelait la Romagne et qui n'avait jamais été, en fait, entre les mains des pontifes ^. Rodolfe ne renonça pas sans difficulté à la possession de cette riche province qu'il nommait « le jardin de l'Empire. » Mais, engagé à ce moment dans une guerre contre le roi de Bohème et ayant intérêt à se concilier la bienveillance du saint-siège, il finit par se soumettre à la volonté du pape. A partir de cette époque, cette province, dont faisait partie Bologne, une des phis célèbres cités de l'Italie, passa sous l'autorité apostolique. Nicolas s'y fit prêter obéissance par les barons et les villes, et y envoya comme gouverneur un fils de son frère, Bcrtholdo Orsini, qui fut le premier comte pontifical de la Romagne ^
1. Kaynald. anno 1278, n"' 47-50. Les pouvoirs donnés par Piodolfe à son envoyé, le frère mineur Conrad, étaient datés du 19 janvier 1218. Raynald. ibid. n<" 45, 46.
2. 5 juin 1218. Raynald. eod. anno, u<" b7-60. Cf. Tlieiner, ibid. t. I, p. 207-211.