‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 168 sur 416 · Gregorovius, Storia di Roma, t. V, p · texte numérisé non relu

Gregorovius, Storia di Roma, t. V, p

3. Voir la lettre de Nicolas III, déjà citée, du 18 octobre 1278.

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alliance avec lui ou de lui prêter assistance *'. C'était s'exposer à briser les faibles liens qui avaient commencé de se former entre les deux Églises; mais c'était aider aux desseins du roi de Sicile, qui pouvait désormais attaquer sans scrupule un souverain déclaré ennemi de la foi.

Mettant à profit la complaisance du pontife, Charles ne larda pas à envoyer des troupes sur les côtes de Grèce, ot déjà il armait une flotte pour se diriger en personne sur Gonstantinople, quand des événements survenus dans lîle de Sicile l'obligèrent de renoncer à cette entreprise. Les exactions continuelles et la tyrannie de ce prince l'avaient enfin rendu odieux aux populations, qui ne supportaient plus qu'avec impatience le joug des Français. Michel Paléologue vit là une occasion favorable pour éloigner l'adversaire qu'il redoutait. Par l'entremise d'un seigneur napolitain, Jean de Procida, il s'aboucha secrètement avec Pierre, roi d'Aragon, et, lui promettant son appui, l'engagea à s'emparer de l'Italie méridionale. Tout prouve même que de premiers pourparlers avaient déjà eu lieu à ce sujet avant la mort de Nicolas III. Le prince aragonais, qui, du chef de sa femme Constance, fille et héritière de Manfred, prétendait avoir des droits au royaume de Sicile, entra dans les vues de l'empereur. Avec l'argent que lui fournit Michel Paléologue, il équipa des vaisseaux, et, faisant courir le bruit qu'il projetait une attaque contre les Sarrazins, atteignit la côte d'Afrique au point le plus rapproché de l'île de Sicile, d'où il noua des intelligences avec les habitants. Sur ces entrefaites, éclatait à Palerme, le 31 mars 1282, cette sanglante insurrection connue sous le nom de Vêpres Siciliennes, et qui s'étendit en un moment à tout le reste de l'île 2.

1. Raynald. anuo 1281, n"* 23, 26. — « Ad instantiam régis Garoli papa Paleologum denuntiari fecit excommunicatum. » Ptol. Luc. loc. cit.

2. Pour cette insurrection et les faits qui la précédèrent, voir, avec l'ouvrage de Michèle Amari [La guerra del Vesprc Siciliano, non. ediz. 1886), un intéressant travail de M. Cipolla, dans la Revue historique, janvier-avril 1883, p. 133-147, où il est rendu compte des principales publications parues à propos du septième centenaire des Vêpres siciliennes célébré à Palerme le 31 mars 1882. Voir, dans la même Revue, mai-aoùt 1886, p. 424-426.

LA l'APAUTÉ DEVIENT TOUTE POLITIQUE 229

Le pape n'abandonna pas dans cette circonstance le roi qu'il protégeait. Par une lettre adressée aux populations insurgées il déclara que, Charles ayant reçu do l'Eglise de Rome la couronne de Sicile, toute révolte contre ce prince était une révolte contre le saint-siège, et il menaça les rebelles des foudres apostoliques '. De son côté, Charles, avec la flotte qui devait le conduire à Constantinople, vint mettre le siège devant Messine. Mais, dans l'intervalle, Pierre d'Aragon, dont les Siciliens avaient sollicité l'assistance, avait débarqué dans l'île et était entré à Palerme, où, aux acclamations des habitants, il avait été couronné roi '. Il se porta au secours de la ville assiégée et contraignit Charles, humilié pour la première fois dans ses armes, à regagner la terre ferme ^

Obligé à une nouvelle guerre pour recouvrer cette partie de son royaume qui venait de lui être ravie d'une manière si soudaine, Charles lança contre Pierre d'Aragon un manifeste des plus véhéments, où, rappelant ses victoires sur Manfred et sur Conradin et menaçant son ennemi de tout le poids de sa colère, il se donnait comme l'exécuteur des volontés divines dont l'Eglise de Rome était l'infaillible interprète. « Dans ta témérité, s'écriait-il, ô le plus pervers des hommes, tu n'as pas considéré la puissance irrésistible de cette Eglise qui commande à l'univers, et à laquelle tous ceux qui vivent sous le soleil sont forcés de payer tribut ''. » Il est difficile de croire à la sincérité d'un langage que Charles n'employait sans nul doute que pour lier plus étroitement à ses intérêts le siège apostolique. Pierre répondit par un manifeste non moins violent, dans lequel, après avoir reproché à ce prince sa tyrannie, ses crimes et le plus grand de tous, le supplice

1. 7 mai 1282. Raynald. eod. anno, n»» 13-18. Cf. Duchesne, Eht. Franc, script, t. V, p. 884.

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