‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 177 sur 416 · Le 3 avril · texte numérisé non relu

Le 3 avril

3. « Honorius, statim creatus,.. in monte Aventino juxta Sanctam Sabinam magna fabricat palatia et ibidem sedem pontiûcalem constituit. » Ptol. Luc. Hist. eccles. 1. XXIV, c. 13.

244 LIVRE SKPTIÈME

demandant énergiqueinenl dans un écrit ce « pouvoir des clefs » qui appartenait à l'épiscopat et dont celui-ci se prétendait dépossédé, était allé jusqu'à dire que les Frères mendiants l'avaient voiéK Pour mettre fin à un conflit qui divisait l'Église, Honorius avait résolu de diminuer les privilèges de ces religieux. Ce dessein lui fut sans doute inspiré par l'intérêt de l'Eglise; il ne servit qu'à soulever un nouveau grief contre la cour de Rome, grief légitime si le pape eût obéi au motif que lui prêtait un contemporain, membre lui-même des ordres menacés et dont on doit, par cette raison, suspecter la véracité. « Les cardinaux, écrit le frère mineur Salimbene, avaient alors pour pape un certain goutteux, personnage de médiocre valeur et avare, qu'ils appelaient Honorius lY. Ce pape avait conçu le projet de faire la plus sensible injure aux Frères mineurs et aux Frères prêcheurs. Il voulait leur ôter la confession et la prédication, et cela dans le seul but de complaire à quelques évêques ultramontains, dont il avait reçu de l'argent à qui tout obéit dans ce monde. C'était pour cent mille livres tournois qu'il avait résolu de commettre une telle iniquité. Mais Dieu lui épargna cette honte en le frappant de mort ^. »

Le cardinal d'Ascoli, qui remplaça Honorius sous le nom de Nicolas IV, dernier pape de cette période commencée avec Alexandre IV et dans laquelle, en moins de quarante années, se succédèrent onze pontificats, ne fut élu qu'après une vacance de dix mois, le 15 février 1288. Cette vacance, à la vérité, n'était pas due à ces divisions qu'on avait vues se produire si souvent dans le sacré collège. Les cardinaux s'étant réunis en conclave dans le palais oii était mort Honorius, plusieurs succombèrent aux atteintes de la fièvre qui régnait d'ordinaire à Rome pendant la saison d'été, et ceux que le mal avait épargnés attendirent le retour de l'hiver pour pro-

d. (( Furati. » Hist. littér. t. XXIV, p. 42.

2. Salimbene, Chron. Les projets d'Honorius à l'égard des ordres mendiants avaient dû d'autant plus les étonner qu'au début de son pontificat, il avait confirmé tous leurs privilèges. Pottbast, Reg.pontif. n» 22329, 22330.

céder à l'élection K Le nouveau pontife, qui devait occuper environ quatre années la chaire apostolique, avait été général de l'orrlre des Frères mineurs. Il y a lieu de supposer que cette circonstance n'avait pas été étrangère à son élévation, les cardinaux voulant sans doute rassurer les ordres mendiants qu'avaient inquiétés les desseins d'Honorius. Aussitôt après son élection, les Romains, selon l'usage qu'ils paraissaient avoir adopté, lui déférèrent la magistrature sénatoriale 2. Il la délégua d'abord à un Orsini et plus tard à un noble de la famille Colonna K Cette famille, attachée autrefois au parti gibelin et qui avait l'un de ses membres dans le sacré collège, commençait alors à devenir puissante. Nicolas, qu'unissaient avec elle des rapports de longue date, et qui vraisemblablement devait à son influence d'avoir été appelé sur le saint-siège, la combla d'honneurs. Dès la première année de son pontificat, il promut un autre Colonna à la dignité de cardinal^; à un autre il donna le gouvernement du duché de Spolète ■', à un troisième celui de la Romagne «. Ses complaisances pour cette famille furent môme si inconsidérées, qu'un contemporain le dépeignit, dans un libelle, cherchant à dégager d'une colonne de marbre sa tète coiffée de la tiare, taudis que deux autres colonnes, placées devant ses yeux, l'empêchaient de rien voir autour de lui ^

Rien qu'il appartint par ses proches au parti gibelin, ainsi que jadis y avaient appartenu les Colonna, Nicolas, se jugeant sans doute lié par les événements où le saint-siège avait engagé son autorité, se montra, à l'exemple d'Honorius, favorable à la maison d'Anjou. Par une bulle du 15 mars 1288, il enjoignit au roi d'Aragon, Alfonse, de mettre en liberté Charles le Roiteux et le cita devant la cour apostolique, sous

i. Ptol. Luc. llial. eccles. I. XXIV, c. 16.

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