‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 190 sur 416 · septembre 1294. Raynald. eod. anno, n · texte numérisé non relu

septembre 1294. Raynald. eod. anno, n

2. Ptol. Lac. Hist. eccles. 1. XXIV, c. 33. — Raynald. anno 1294, n» 20. — Tosti, Hist. de Boni face VU], t. I, p. 103, 109. Cf. Potthast, Rerj. ■poniif. 13

décembre 1294.

noilciation K Se dépouillant alors des insignes pontificaux et revêtant la robe do bure, il quitta l'assemblée; et, après un court séjour à Naples, il reprit le cbemin de ses montagnes. Au sortir du scandale d'un aussi long interrègne, c'était assurément un nouveau discrédit jeté sur la cour de Rome que cette renonciation d'un bonime dont on s'accordait partout à honorer la piété. Elle prouvait combien les vertus évangéliques étaient peu à leur place dans cette cour et combien aussi étaient vaines les espérances de ceux qui, comme Roger Bacon, auraient pu attendre d'un saint pontife la réforme de l'Église. Dix jours après cet événement, les cardinaux, au nombre de vingt-deux -, se réunissaient en conclave à Naples, conformément à la constitution de Grégoire X qu'avait renouvelée Célestin ^ La remise en vigueur de cette constitution eut pour effet de liàter l'élection, et, le lendemain, 24 décembre, Benoît Cajétan était désigné à la pluralité des voix. Outre que, par la part prépomlérante qu'il avait eue dans la renonciation de Célestin, il avait dû se rallier quelques-uns des anciens carlinaux, il ne paraît pas douteux que, par des promesses faites à Charles II au sujet de la Sicile, il ne se fût concilié un certain nombre de ceux qui étaient les créatures de ce prince *. Issu d'une famille noble d'Anagni et neveu

1. Cette constitution fut insérée depuis au texte des Décrétales. Sext. Décret. 1. I, tit. VII, art. 1.

2. Indépendamment du cardinal frani;ais .Tean Gholet mort à Rome en 1292, le cardinal Latino Malabranca était mort à Pérouse peu après l'élection de Célestin.

3. Il l'avait confirmée de nouveau la veille de son abdication, le 10 décembre 1294. Raynald. eod. anno, n° 17.

4." G. Villani, 1. VIII, c. 6. Les assertions de Villani à ce sujet ne nous semblent contestables que dans les détails dont il a accompagné son récit. Il serait difficile de comprendre l'élection de Benoit Cajétan ;^ans une entente préalable avec Charles, qui disposait d'un nombre considérable de voix dans le sacré collège et avait en outre, en vertu de la constitution de Grégoire X, la garde du conclave. Cette entente nous parait d'ailleurs confirmée et par les relations de Charles avec le nouveau pape au lendemain de son avènement et par les mesures que prit le pape pour remettre ce prince en possession de la Sicile, mesures qui dépassaient de beaucoup la portée d'un simple concours. Voy. Gregorovius. Stofia di Roma, t. Y, p. 598. 601.

d'Alexandre IV, altaché dès le temps iiièine de ce pape à la cour pontificale, il y avait exercé les fonctions d'avocat consistorial, puis colles de notaire apostolique et, sous Martin IV, était devenu cardinal K II avait été l'un des deux légats que Nicolas IV avait envoyés vers Philippe le Bel pour se plaindre des vexations commises en France à l'égard du clergé. Les suffrages ne pouvaient se porter sur un homme qui fût plus l'opposé de son prédécesseur. Versé dans le droit civil aussi hien que dans le droit canon, hahitué de longue date au maniement des affaires, d'une figure imposante, ami de l'éclat et de la représentation, hautain, entreprenant et, comme autrefois Grégoire IX, montrant dans un âge qui était déjà celui de la vieillesse, toute la vigueur de l'âge mùr, le nouveau pontife adopta le nom demeuré célèbre de Boniface VIII.

Si disposé qu'il fût en faveur de Charles II, il ne l'était pas au point de vouloir laisser la cour pontificale à Naples, et, aussitôt après son élection, il quitta cette ville pour aller s'établir à Home. Ce prince l'accompagnait avec son fils, Charles Martel. En passant par Anagni,sa ville natale, Boniface reçut une députation des Romains qui venait lui offrir la dignité de sénateur. A l'exemple de ses devanciers, il nomma un délégué pour en remplir les fonctions -. Le 23 janvier 1295, il fut sa cré à Rome dans l'église Saint-Pierre. La pompe de son couronnement dépassa tout ce qu'on avait encore vu. Dos arcs de triomphe avaient été dressés sur tout le trajet qu'il devait parcourir pour se rendre, selon la coutume, de l'église Saint- Pierre au palais do Latran. Indépendamment des cardinaux et de nombreux prélats que suivaient les officiers apostoliques et les magistrats de la cité, on voyait dans le cortège tous les seigneurs de Rome, les Orsini, les Colonna, les Conti, les Annibaldi, avec les barons et les podestats des États de l'Eglise

1. (( Longo tempère experionliam habait c iri^e, quia pri.no advocatiis ibidem, inde factus notarius papœ, postea car.linalis. ); Ptol. Luc. Hist. écoles. 1. XXIV, c. 36.

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