février 1295. Raynald. eod. anno, n
7. Voy. Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p. 388 et suiv.
subvenir aux frais de leurs armements, les deux rois avaient imposé de fortes taxes au clergé de leurs États. Irrité d'un acte qu'il regardait comme une atteinte aux privilèges de i'Kglise, Boniface publia, le 25 février 1296, la célèbre constitution Clericis laïcos, par laquelle il défendait, sous peine d'excommunication, à tous séculiers, princes, rois ou empereurs, d'exiger ou de recevoir des subsides du clergé et à celui-ci de les payer, sans l'autorisation du siège apostolique ^ Ni Edouard, ni Philippe n'obéirent. Edouard confisqua les biens do ceux des prélats d'Angleterre qui, se retranchant derrière la décision du pontife, refusèrent d'acquitter les taxes ^. Philippe fut plus habile. Sous prétexte de la guerre où il se trouvait engagé, il fit défense, par des édits successifs, d'exporter l'or et l'argent hors de ses Etats et interdit à tout étranger de séjourner dans son royaume ^ Il privait ainsi la cour de Rome de revenus considérables et empêchait la mission de ses légats et de ses nonces. Boniface se sentit frappé à son tour, et, tempérant ses dispositions, il écrivit au roi qu'il n'avait pas entendu le priver des subsides que les ecclésiastiques étaient tenus de lui fournir comme possesseurs de fiefs; mais, du reste, il confirmait sa précédente constitution, ne craignait pas de dire à Philippe que s'exposer à perdre la protection du saint-siège dans un moment où son royaume était entouré d'ennemis était de sa part un acte de folie, le menaçait des sévérités apostoliques s'il continuait à violer les libertés de l'Église, et se déclarait résolu, quant à lui, à braver l'exil et la mort môme pour défendre ces libertés *.
La distinction établie par Boniface au sujet des prélats possesseurs de fiefs était d'autant moins de nature à satisfaire le roi, que, depuis plus d'un demi-siècle, il avait été admis par les conciles et par les papes eux-mêmes que le clergé pouvait