Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p
2. Reg. de Bonif. VIII, n» 2826. Cf. Boutaric, ibid., p. 99, 100, 396.
3. Lettre à Philippe le Bel, 3. juillet 1298. Dupuy, Ilist. du différend, p. 41. Ea octobre 1300,, Boniface, toujours à titre privé, prolongea la trêve pour une seconde période de deux ans (Raynald. anno 1300, n» 26). Un traité définitif, qui stipulait la restitution de la Guyenne, fut conclu entre les deux rois, à Paris, le 20 mai 1303. Il convient de rapprocher des faits ci-dessus un incident analogue qui se passa entre Boniface el le roi d'Angleterre au sujet de l'Ecosse, et dans lequel ce prince récusa de même le jugement du saint-siège. Voy. Raynald. anno 1299, n» 14-20.
elï'acô que la papauté intervenait autrefois dans les querelles des rois.
Ces dispositions que montrait Philippe le Bel à l'égard de la cour de Rome lui étaient communes, on peut le dire, avec la plupart des princes. A cette même date, les grands de l'Allemagne donnaient la preuve d'une égale indépendance. Bien qu'Adolfe de Nassau eût été élu à l'Empire sans la participation du saint-siège, Boniface avait paru tenir compte des circonstances où avait eu lieu cette élection, et, tout en reprochant au souverain allemand de n'avoir pas, selon l'usage, notifié au chef de l'Église par une ambassade solennelle son élévation à la couronne \ il l'avait reconnu comme roi des Romains ^ xVdolfe, qui, au début des hostilités entre l'Angleterre et la France, s'était allié à Edouard contre Philippe, sans toutefois avoir fait autre chose que de recevoir, à diverses reprises, de l'argent du roi d'Angleterre, s'était aliéné par cette politique humiliante plusieurs des princes qui l'avaient élu ^. Par un de ces revirements si fréquents en Allemagne, un parti, que favorisait secrètement le roi de France, s'était formé en vue de le déposer et d'élire à sa place le fils de Rodolfe, Albert, duc d'Autriche, qui avait été un moment son rival à l'Empire. Instruit de ces menées par des députés d'Adolphe, le pape s'offensa qu'on voulût renverser un souverain qu'il avait reconnu, et, s'élevant avec véhémence contre un dessein où il voyait une injure pour lui-même : « Que votre maître vienne à Rome, dit-il aux députés, et je le sacrerai empereur ^. » Les princes ennemis d'Adolfe persévérèrent néanmoins dans leur projet, et, le 23 juin 1298, après avoir prononcé sa déchéance, ils élurent Albert d'Autriche. Le comte de Nassau ayant perdu la vie dans un combat que, quelques jours après, il livra aux environs de
1. Lettre de Boniface à Adolfe, 23 mai 1295. Raynald. eod. anno, n» 45.
2. La lettre ci-dessus, comme celles qui suivirent, était adressée « Adolpbo, régi Romanorum illiistri. »