Dupuy, Hist. du différend, p
La Cour de Rome. — T. II. 20
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pontile. 11 fallait assurément que les croyances religieuses fussent déjà ébranlées dans un certain nombre d'esprits, pour qu'il fût possible d'atlaquer d'une manière aussi outrée celles de Boniface; car où aurait-on puisé de telles imputations, sinon dans ces tendances au scepticisme dont les premiers germes s'étaient manifestés au temps de Frédéric II et que les désordres de l'Eglise n'avaient depuis que trop favorisées? Il fallait aussi que la cour de Rome fût bien descendue dans l'opinion, pour qu'on lui adressât publiquement de semblables outrages. Il fallait enfin (ju'un cliangement notable se fut opéré dans les rapports de la société laïque avec le clergé, pour (|u'un séculier, un simple ciievalier eslois osât, en présenci" des plus liants prélats du royaume, prononcer un pareil rérpiisitoire contre le cbef de l'I^glise, sans que ces prélats fissent entendre la moindre protestation. Ce ([ni ressortait de cette assemblée du l.'i juin, ce n'était pas seulement l'abaissement moral du clergé, mais son amoindrissement social ; le monde laïque, se dégageant enfin des liens de la théocratie chancelante, commençait visiblement à prendre un nMe prépondérant.
Au lendemain de cette assemblée, des agents du roi furent envoyés dans toutes les parties de la France pour recueillir et, au besoin, pour contraindre les adhésions du clergé, de la noblesse et des villes à la convocation du concile général. Il n'y eut d'opposition ni de la part des seigneurs, ni de la part des communes '. Le clergé, il faut le reconnaître, ne se rendit pas aussi promptement; mais l'intérêt, la crainte eurent à la fin raison de ses hésitations. La plupart des ecclésiastiques, en donnant leur adhésion, stipulèrent cette clause dérisoir(î qu'ils n'entendaient, par leur acquiesce-
1. Le peuple d<^ Paris fat appelé à donner son adhésion dans une assemblée qui se tint, le 24 juin, dans les jardins du palais royal de la cité. Le récit de cette assemblée, fait par des témoins oculaires, a été publié par l\r. Ch. L^nainis dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, année
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ment, diminuer en rien l'honneur de l'Église romaine *. D'autres établissaient comme condition que le roi ne se prévaudrait pas de leur consentement pour acquérir sur eux un droit nouveau 2. Un trait curieux fut celui du provincial de l'ordre des Frères prêcheurs. Il écrivit de Paris à tous les prieurs et frères de l'ordre que, témoin d'adhésions si nombreuses et données par de si hauts personnages, il ne voulait pas se singularise )'\ qu'il donnait donc aussi la sienne et invitait tous les frères à suivre son exemple *. 11 y eut des résistances pourtant; avec l'abbé de Citeaux, onze couvents du même ordre refusèrent leur acquiescement K Hormis ces exceptions, en quelques mois évêques, abbés, moines mendiants, tout le clergé consentit, justifiant ainsi le consentement unanime de la noblesse et des villes K Philippe ne se contenta pas de l'adhésion de la France; il chercha à obtenir celle des autres États et écrivit dans ce but aux seigneurs et aux prélats de Navarre, d'Espagne, de Portugal, et aux cités d'Italie \ Lorsqu'on se rappelle le faible concours qu'avait rencontré Frédéric II dans ses entreprises contre le saintsiège, on voit quel chemin depuis cette époque avaient fait les idées.
Le mouvement qui agitait alors les esprits ne se traduisit pas uniquement par ces manifestations. Tandis que se recueillaient ces adhésions ou volontaires ou forcées au concile général, des écrits se publiaient dans lesquels était discutée la question des rapports du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel; et, ce qui était un autre signe des temps, c'est que sur cette question même le clergé se montrait divisé. Les uns, tels que Jacques de Viterbe, archevêque de Bénévent, et Gilles de Rome, archevêque de Bourges, soute-