Dupuy, ibid. p
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naient que le pape, direcleur souverain des consciences et suprême ordonnateur des affaires humaines, avait le droit de déposer les rois; (jne l'autorité de l'Iilgliso n'embrassait pas seulement l'ordre spirituel, mais l'ordre civil et politique, et que telle était la plénitude do sa puissance qu'il était impossible d'en calculer l'étendue *, D'autres, comme le frère mineur Guillaume Ockam, d'origine anglaise, déclaraient au contraire (|uo l'autorité des rois était indépendante de celle des papes; (ju'en payant le tribut à César, Jésus- Gbrist avait montré qu'il ne yirétendait, ni pour lui, ni pour son vicaire, à aucun pouvoir temporel; que le sacerdoce, uniquement occu[)é du salut des âmes, devait abandonner aux princes les questions de guerre et de [)aix, ainsi (jiie l'administration des Etats-. D'autres enfin, comme le dominicain Jean de Paris ^ établissaient que le pontificat était audessus de la royauté: que ce n'était là toutefois qu'une supériorité honorifique, et que, sous la réserve de cette supériorité, les deux pouvoirs, indépendants l'un de l'autre, devaient s'unir dans l'intérêt des peuples sans sortir de leurs attributions respectives'*. Du règne de riiili[)pc le Bel, d'où datèrent tant d'innovations, date aussi, à pr()j)r(Mnent parler, la naissance de l'opinion.
Ni les attaques dirigées contre lui, ni ces adhésions nombreuses à la convocation d'un concile où on prétendait le juger, n'ébranlèrent la fermeté de Boniface. Voyant le clergé
1. Gilles de Rome (^gidius riomanus) était du nombre des prélats de France, qui s'étaient rendus à Rome pour le concile malgré les défenses du roi. L'écrit qu'il composa était intitulé De ecclesiastica poteslate. Jacques de Vitorbo, do itl'écit étnit intitulé De reqimine chrisliano, avait été appelé au siège de Bénévent par Boniface au mois de septembre 1302.
2. Le traité publié par Guillaume Ockani avait pour litre : Disputatio super potestate pnelatis alque principibns terrarum commissa.
3. Ce Jean de Paris avait adhéré, par un acte du 20 juin 1303. à la convocation du concile.
4. Pour ces divers écrits, voir : Un ouvrage inédit de Gilles de Rome en faveur de la papauté, par Cli. Jourdain. Journal général de l'instruction publique, année 185S. —Hist. litlér. t. XXV. p. 239-261 ; XXVII. p. 50, 51 ; XXX, p. 341,. jlJ. — A. Pran^'k. Les réfonaaleurs au moyen âf/e, p. !J'J-101, 181-183.
en France se séparer do lui, il se contenta, pour le moment, de réserver au saint-siège la provision de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer dans le royaume, et interdit toute élection aux prélatures jusqu'à ce que le roi eût fait sa soumission'. En réponse à ce qui avait été dit dans l'assemblée du 13 juin, il publia une bulle plus modérée qu'on n'aurait dû s'y attendre, et dans laquelle il montrait des sentiments qui n'étaient pas sans grandeur. 11 repoussait avec force l'accusation d'hérésie dont il avait été l'objet, et, comme s'il eût dédaigné de relever les autres imputations par lesquelles on avait cherché à l'avilir, il n'avait qu'un mot pour s'en souvenir, de même qu'il n'avait qu'un mot pour en flétrir les auteurs : « Nous savons de quels crimes on nous a accusé; c'est par des hommes dont la langue était dans la boue, pendant que leurs yeux se tournaient vers le ciel, que notre réputation a été souillée. » Il ne parlait gnère de Philippe que pour lui reprocher son ingratitude : a Tant que nous lui avons témoigné de la bienveillance, il nous appelait humblement dans ses lettres Père très saint; mais, lors(|ue, fidèle aux devoirs de notre mission pastorale, nous' avons voulu le corriger de ses fautes, il s'est dressé avec haine contre nous. » Citant l'exemple de rois et d'empereurs qui s-étaient autrefois humiliés devant le samtsiège : « Le roi de France est-il donc plus grand qu'eux, eu so.nmes nous moindre que nos prédécesseurs? » A l'égard du concile général qu'on prétendait réunir contre lui, il se bornait à déclarer que, selon les lois de PEglise, on ne pouvait le convoquer sans son assentiment. Puis, revenant au monarque orgueilleux qui avail osé le diffamer : « Parce qu'un prince se sera attiré par ses fautes les sévérités du saint-siège, lui sera-t-il donc permis d'accuser d'herésie et de tous les crimes le successeur de l'Apôtre? Xe serait-ce pas le renversement de l'Église et l'avilissement do l'autonte