‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 24 sur 416 · Wadding. Annal. Minor. anno · texte numérisé non relu

Wadding. Annal. Minor. anno

comprendre qu'un des plus grands maux de l'Église était dans l'étendue même du pouvoir exercé par le saint-siège. L'entière soumission à ce pouvoir était, à leurs yeux, une nécessité de la foi; et en faisant prévaloir partout, par leurs prédications comme par leur propre exemple, l'autorité de la cour de Rome, les ordres mendiants favorisèrent, à certains égards, les abus que, par d'autres côtés, ils semblaient destinés à combattre.

C'était assurément un symptôme grave que ces tentatives de réforme ne partissent pas de l'initiative de la papauté. Ce fait seul attestait que, si celle-ci conservait le gouvernement extérieur de l'Eglise, elle en perdait déjà la direction morale. Loin qu'avertie par de si louables exemples, la cour de Rome fit quelque effort pour sortir de la voie des abus, il semblait qu'elle s'y engageât davantage. En Angleterre, après la mort du roi Jean, tous les ecclésiastiques convaincus d'avoir pris part à la révolte contre ce prince, évoques, abbés, prieurs, ebanoines, avaient été dépouillés de leurs dignités par le cardinal Galon, et ils n'étaient rentrés dans les bonnes grâces du saint-siège qu'en achetant cette faveur de sommes considérables K L'évoque de Lincoln, en particulier, n'avait pu reprendre possession de son église qu'en payant mille marcs d'argent à la chambre apostolique et cent au légat. Comme si la modération naturelle et le peu de fermeté d'IIonorius eussent été un encouragement aux désordres, plus que jamais la justice à Rome était rendue à prix d'argent. Les dons faits au début des procès ne suffisaient pas, et il fallait les renouveler pendant tout le cours des débats. Un prélat de Portugal, l'archevêque de Braga, fit ainsi distribuer, par l'intermédiaire des banquiers romains, trois mille florins aux cardinaux ^

Les abus de ce genre étaient si notoires, que la cour de Rome

1. Rog. de Wendov. anno 1217. Voir dans Raynald. anno 1220, n° 48, les prévarications d'un légat envoyé en Espagne pour recueillir l'argent destiné à l'expédition de Terre sainte.

2. Voir Hercolano de Garvalho, Hbloria de Portur/al, t. IL p. 294 (Lisboa, in-8°, 1840 et années suiv.), qui a extrait ce compte d'un manuscrit du Vatican. Cf. Le Pape et le concile. Trad. Giraud-Teulon. p. 244, 1869.

ne craignit pas d'en faire elle-mômj l'aveu. Dans le concile tenu à Bourges au mois de novembre 1225, le cardinal Romain de Saint-Ange lut une bulle d'IIonorius commençant par ces mots : « Depuis longtemps l'Église de Rome est décriée pour sa cupidité; on lui reproche les grandes sommes d'argent et les dons de toute sorte qu'elle reçoit pour l'expédition des afTaires. Or nous avons trouvé, par le conseil de nos frères les cardinaux, un moyen de mettre un terme à ce scandale et de faire que la justice se rende désormais gratuitement. C'est que vous consentiez à nous donner, dans toutes les églises cathédrales, deux prébendes, l'une du chapitre et l'autre de l'évêque, et de même, dans les monastères où les menses sont séparées, une mense de l'abbé et une autre de la communauté '. » La môme bulle fut lue, au mois de janvier de l'année suivante, dans un concile à Londres. Mais en Angleterre, comme en France, cette proposition, où l'on ne vit qu'une nouvelle preuve de l'avarice romaine, excita de telles réclamations, qu'il fallut la retirer. Surpris de l'émotion qu'elle souleva au concile de Bourges, le légat eut l'habileté de dire qu'il y était personnellement étranger, qu'il ne l'avait présentée que pour se conformer aux ordres du pape, et qu'elle ne devait d'ailleurs être suivie d'effet qu'à la condition que l'Empire et les autres États de l'Europe y donneraient leur adhésion, laquelle, ajoutait-il, n'était guère à espérer ^.

Si la cour de Rome osait parler aussi ouvertement des abus qui se commettaient dans son sein, on juge des récriminations qu'ils devaient provoquer en dehors d'elle. Les attaques dirigées tout ensemble contre le haut clergé et contre la papauté prenaient alors une vivacité qu'elles n'avaient pas eue encore. Peu avant la mort de Philippe Auguste, Gilles de Corbeil publiait sur les prélats de son temps une longue et

1. Voy. cette bulle datée du 28 janvier 1225, dans Martène, Thés, anecd. t. I, p. 929.

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