‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 235 sur 416 · Baluze, Vitse^ t. I, p · texte numérisé non relu

Baluze, Vitse^ t. I, p

Dijon, Nevcrs, Bourges, Limoges, Périgueux. Ce voyage fut pour les ecclésiastiques qui se trouvèrent sur l'itinéraire du pape la cause des plus lourdes charges. Gilles de Rome, archevêque de Bourges, se vit réduit, après avoir reçu la visite du pontife, à solliciter sa part dans les distributions de vivres faites aux chanoines de sa métropole '. La plupart des églises s'endettèrent et devinrent la proie des usuriers. Au dire des contemporains, ce fut comme une déprédation ; il n'y eut ni église, ni monastère, ni prieuré qui ne fût « dévoré w^. En diverses localités, le clergé s'assembla pour se concerter sur les moyens de résister à ces exigences ruineuses, et il s'éleva bientôt de telles plaintes que Philippe crut devoir en avertir le pape. Celui-ci s'excusa, disant « qu'il était homme et vivait au milieu des hommes, (;t que d'ailleurs il ne pouvait pas préten<lre que sa maison fût plus pure que l'arche de Noé, où, sur huit élus, il y avait un réprouvé^. »

Ces désordres de la cour pontificale, les trop visibles complaisances de la papauté pour le souverain qui l'avait humiliée, les outrages mêmes dont elle avait été l'objet, tout cela ne pouvait qu'encourager la hardiesse de ces nouveaux sectaires qu'on avait vus, dans ces dernières années, s'éle\ er c sntrc l'Eglise romaine Plusieurs milliers de ces sectaires, reste de ces « faux apostoliques » que Nicolas IV avait jadis poursuivis de ses rigueurs, s'étaient alors retirés en Lombardie dans les montagnes voisines de Novarre. Comme les Fraticelles, dont ils serapprocliaient parleurs doctrines, ils se faisaient un devoir de la désobéissance au saint-siège; comme eux, ils disaient que, pour s'être écartée de l'humilité et de

1. Guil. lie Nang. Chron.contin. (éd. de la Soc. de l'iiist. de FrO.p- ^52, 353.

2. «.. Meint jour men^ea snr autrui pnpe. Il u'iot ville ne cité

De quis le pape eust pUé; N'abeie ne prioré Qui tost ne feust dévoré. »

Chronique métrique de Geoffroy de Paris.

3. 27 juillet 1306. Bal ize, F?'te pnpar. avenion. t. II, p. 58, 50. Cf. Ibid., t. I, p. 5, 584.

la pauvreté évangéliques, l'Église de Rome avait perdu le pouvoir qu'elle avait reçu de Jésus-Christ, et que l'Eglise tout entière, composée du pape, des cardinaux, du clergé séculier et des moines, était incapable désormais de répandre dans le monde la semence de vérité '. On eût pu croire que Clément, qui marquait envers Philippe une si complète indulgence et laissait impunis les auteurs de l'attentat d'Anagni, ne se fût pas ému des attaques de ces sectaires; mais il voulut montrer que, s'il ménageait le roi de France, il entendait néanmoins veiller aux intérêts de la foi. Au commencement de l'année 1307, il ordonna une croisade contre ces hérétiques et chargea les inquisiteurs de Lombardie de recruter une armée dont il confia la conduite à l'évoque de Verceil. Moins heureux que les Fraticelles d'Italie, qui, sous Boniface, avaient pu se réfugier en Sicile et de là gagner la Grèce, ces malheureux se virent refoulés dans leurs montagnes, où ils périrent presque tous de faim et de froid. Cent cinquante, tombés aux mains de l'évèque, furent livrés à la justice séculière. De ce nombre était leur ciief, Fra Dolcino, fils d'un prêtre de ces contrées, avec sa concubine, Marguerite de Trente. Par un raffinement de cruauté, on écartela d'abord Marguerite sous les yeux do son compagnon, à qui l'on fit ensuite subir le même supplice ; après quoi l'on brûla leurs cadavres -. Clément annonça cet événement à Philipj)e en des termes qui n'étaient qu'une preuve de plus de sa servilité. « Nous nous hâtons, lui écrivait-il, devons informer de l'extermination de cette secte perverse, et nous vous envoyons la copie du récit que nous a transmis l'évèque de Verceil, afin que, mieux instruit des faits, vous puissiez vous associer à notre satisfaction ; car nous savons que vous vous réjouissez de tout ce (pii réjouit l'h^glise, ((ue, vaillant soldat du Christ, vous consacrez toutes vos forces à la défense de la foi et (ju'entre

1. Voir, sur ces ddctrines, le résumé qu'en a donns Fleury, Hist. ecclés. t. XIX, p. 142-145.

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