Guil, de Nang. Chron. contin. anno
clarait qu'en raison des scandales qui s'étaient produits et dans l'intérêt de la foi, il abolissait à jamais l'ordre des Templiers, « non toutefois par voie de condamnation, mais par voie de provision et en vertu de son autorité apostolique ^ » En ce qui regardait les biens de l'ordre supprimé, Philippe n'obtint pas du moins les avantages dont il s'était flatté. Par une bulle du 2 mai, tous les biens de l'ordre situés en France et hors de France furent adjugés aux frères Hospitaliers -. Il est vrai que des sommes considérables furent attribuées au roi pour le dédommager des frais de procédure et des dépenses qu'il avait faites en gardant au nom de l'Église les Templiers en prison \ Enfm, par une dernière bulle, le pape signifia que les procès intentés contre les personnes ne laisseraient pas d'avoir leur cours, se réservant de traduire lui-même à son tribunal le grand maître et les principaux dignitaires de
l'ordre ^.
Telle fut l'issue de l'inique procès que PhiUppc avait suscité contre les Templiers, et dans lequel, par ses machinations et ses menaces, il avait engagé le chef de l'Église. Quelque attention que le pape eût donnée depuis l'ouverture du concile à cette affaire des Templiers, il ne pouvait oublier les intérêts de la Terre sainte dont il avait annoncé qu'il occuperait l'assemblée. Ce soin s'imposait d'autant plus, que la prise récente de l'île de Rhodes par les Hospitaliers 5 paraissait devoir favoriser une expédition contre les
1 <( Non per modum diffinitivae sententiae..., sed per modum provisionis seu ordinationis apostolicœ. » Cette bulle datée du 22 mars 1312 fut d'abord communiquée par le pape en consistoire secret. Héfélé, loc. cit., p. 411- 413. Cf. Raynald. anno 1312, n" 24. Ce mot de provision doit s'entendre ici dans le sens de sollicitude pour le bien général de l'Église.
"> Mansi, Conc. t. XXV, p. 389 et ss. Exception fut faite au sujet des biens qui' se trouvaient dans les royaumes de CastiUe, d'Aragon, de Portugal, de Majorque et de Minorque, et qui furent réservés pour subvenir, dans ces Etats, à la gaerre contre les Maures.
3. Boutaric. La France sous Philippe le Bel, p. 14.5, 146, Clément V, etc.,