Balaze, Miscell. t. II, p. 258 et ss
4. Raynald. anno 1323, n" 20. D'après d'autres témoignages, les restes de Pierre Olive furent transportés à Avignon et jetés dans le Rhône.
Jandiin, son disciple et son ami. Comme Louis leur demandait quel motif les avait amenés vers lui : « Nous sommes venus, répondirent-ils, parce que notre conscience souffre des erreurs et des désordres que nous voyons dans l'Eglise, et que c'est à vous qu'il appartient de les réprimer; car l'Empire n'est pas soumis à l'Eglise; il subsistait avant qu'elle eût aucun pouvoir temporel, et, si l'Église a fait des lois contre l'Empire, c'est une usurpation que nous sommes, avec vous, déterminés à combattre ^ »
Ce n'était pas uniquement par l'accusation d'hérésie portée contre le pape, ni par l'appel au concile général, que celte lutte semblait une répétition de celle qui avait eu lieu au temps de Boniface YIII. Comme à cette époque, se produisirent des écrits, dont les uns étaient favorables au saint-siège et les autres à l'Empire, Mais ce qui montrait que, dans l'intervalle, les passions avaient grandi, c'est que des deux côtés il y eut exagération. Ce même Marsile de i'adoue, qui s'était rendu si résolument auprès de Louis de Bavière, était l'auteur d'un livre déjà célèbre, le Défenseur de la paix ^ où, contestant au pape les droits qu'il s'attribuait sur l'Empire, il l'attaquait tout à la fois dans son pouvoir temporel et dans son pouvoir spirituel. Abusé par les exemples que lui offrait, dans les siècles passés, la politique des empereurs à l'égard du saint-siège, il semblait, par quelques-unes de ses doctrines, subordonner l'Eglise à l'autorité civile, et méconnaître les tendances de son temps, qui étaient bien plutôt de séparer la société laïque de la société religieuse. C'est ainsi qu'il déclarait qu'à l'empereur appartenait d'instituer le pape, aussi bien que de le punir et de le déposer; qu'il lui appartenait également de convoquer comme de dissoudre le concile général; que l'empereur seul, et non le pape ou qui que ee fût
1. Guil. de Nang. Cliron. contai, anno 1326. Ce fut vraisemblablement dans l'été de 1326 que Marsile de Padoue et Jean de Jandun se rendirent auprès de Louis de Bavière. Voy. G. ISIuller, ouvrage cité. t. I, p. 162.
2. Cet ouvrage, qui fut écrit en 1324, a été reproduit dans le t. II de la Monarchia de Goldats.
en son nom, avait droit de coercition à l'égard des hérétiques. Toutefois, en reconnaissant ce dernier droit à l'empereur, il n'entendait pas que les pouvoirs séculiers se fissent juges de l'hérésie; il voulait même qu'elle ne tombât sous leur juridiction que si elle éclatait en manifestations scandaleuses et contraires à la loi civile, et il ne laissait au sacerdoce, pour combattre l'erreur, que les moyens de persuasion. Se fondant sur le caractère de l'Église pour la retenir dans son rôle spirituel, il prétendait qu'elle ne pouvait exercer aucune puissance temporelle; mais il exagérait cette idée jusqu'à lui refuser le droit de posséder aucun domaine. Il s'élevait enfin contre la domination que le saint-siège s'arrogCe^itsur l'Église, et il énonçait à ce sujet les maximes les plus hardies. Il affirmait que l'ÉgUse de Rome n'avait aucun titre pour se considérer comme différente des autres Églises, et que saint Pierre n'avait pas reçu une autorité supérieure à celle des autres apôtres. « En vertu de l'institution de Jésus-Christ, disait-il, le pape, les évèques, les simples prêtres ont reçu le même pouvoir spirituel, et si l'un d'eux exerce en fait une plus grande autorité, c'est par l'effet d'une convention que les hommes ont établie et qu'ils peuvent modifier. » Tout en soutenant que le pape, ou, — pour user de ses termes, — l'évèque de Rome, n'avait aucun droit de s'intituler vicaire de Jésus-Christ, il ne laissait pas de lui reconnaître une certaine primauté. Mais il expliquait cette primauté en étabhssant que le pape n'était que le vicaire du concile général, à qui seul appartenait de définir le dogme et de fixer le sens des Écritures. « La principale fonction du pontife, ajoutait-il, est d'enseigner au clergé, et, par l'entremise du clergé, à l'ensemble des fidèles les dogmes et l'Écriture d'après l'interprétation qu'en adonnée le concile général K » C'était décla-
1. Voir un travail de M. A. B^ranck sur Marsile de Padoue, dans le Journal des Savants, mars 1883. Cf. du même auteur Les Réformateurs au moyenâge, p. 149-151. — Huillard-Bréholles, Vie de Pierre de la Vigne, p. 239-241. Voi'r aussi Pastor, Hist. des papes (trad. F. Raynaud), t. I, p. 90 et suiv., Paris, 1888.
rer l'autorité dos conciles supérieure à celle des papes. Encore trois (juarts de siècle, et cette doctrine deviendra celle de l'Eglise universelle insurgée contre Rome.
En résumé, les théories de Marsile de Padoue aboutissaient à la suppression non seulement du pouvoir temporel du pape, mais de sa souveraineté spirituelle. 11 faut bien croire que leur auteur n'était que l'interprète d'opinions qui commençaient à se répandre, puisque Jean sentit la nécessité de les combattre. Vers le même temps en elFct paraissait un écrit, intitulé la Somme de l'Eglise, que sur son ordre avait composé un moine italien, Agoslino Trionfo. Les doctrines émises dans cet ouvrage étaient le contre-pied de celles que soutenait Marsile de Padoue. Comme lui, Agostino Trionfo envisageait l'autorité du saint-siège dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel, mais c'était pour en démontrer la hauteur et l'étendue. Il commençait par établir qu'entre toutes les puissances de l'univers la puissance du pape était la seule qui vînt immédiatement de Dieu. « Elle est plus grande que toute autre, ajoutait-il, parce qu'il juge de tout et que personne ne le juge; elle est à la fois sacerdotale et royale, parce qu'il tient la place de Jésus-Christ qui possédait l'un et l'autre pouvoir. » ' Considérant ensuite la puissance du pape dans ses rapports avec l'Eglise, il montrait comment elle n'avait de limite que sa seule volonté. « Juge souverain en matière de foi et seul époux de l'Eglise universelle, le pape, disait-il, possède sur toutes les Eglises une juridiction immédiate; bien qu'il soit plus particulièrement évèque de Rome, il peut, dans chaque diocèse et même dans chaque paroisse, exercer, par lui ou par ses légats, tous les droits inhérents à l'autorité spirituelle. » En ce qui concernait les rapports du pape avec les souverains séculiers, Agoslino Trionfo n'était pas moins explicite. Il déclarait que tous les princes étaient obligés d'obéir à ses injonctions, comme de reconnaître qu'ils tenaient de lui leur pouvoir; que, de son côté, le pape pouvait les punir, les déposer, et à leur place, instituer des rois en quelque rovaume que ce fût. A l'égard de l'empereur en particulier, il soute-
nait qu'il devait être confirmé par le pape el lai prêlcr serment de fidélité, sans quoi il n'avait aucun droit d'administrer l'Empire; que d'ailleurs le pape le pouvait déposer à l'égal des autres souverains. « Ce n'est pas seulement sur la personne de l'empereur que le chef de l'Église possède autorité, mais sur l'Empire môme, sur sa constitution. Il peut nommer l'empereur de sa seule volonté et sans l'entremise des électeurs, comme il peut prendre des électeurs en dehors de l'Allemagne: il peut également faire l'Empire héréditaire au lieu de le laisser électif. En outre, comme c'est par l'autorité apostolique que l'Empire a été transféré des Romains aux Grecs et des Grecs aux Allemands, le pape, en vertu de la même autorité, peut le transférer à d'autres nations. » En un mot, l'auteur de la Somme de l'Église étahlissait que la puissance du pape était absolue, entière, et en quelque sorte illimitée. A un endroit de son ouvrage, il disait que cette puissance était si grande, que le pape ne pouvait savoir luimême jusqu'oij elle s'étendait ^ Dans le cas où il y aurait abus dans l'exercice d'un tel pouvoir, indiquait-il du moins quelque recours? Aucun. « On ne peut, disait-il, appeler du pape au concile général, puisque c'est du pape que le concile général reçoit son autorité. On ne peut pas môme appeler du pape à Dieu; car le pape représente la justice divine, et appeler contre le pape serait appeler contre Dieu ^ »
1. (( Nec credo quod papa possit scire quod potest facere per potentiam suam. ))
2. Summa de poteslate ecclesiœ, in-f». RoaiÈe, 1682. Voy. le résumé que Fleury a donné de ce traité dans son Hist. eccles. t. XIX, p. 418-421. « Ceci suffit, dit Fleury, pour montrer jusqu'où les docteurs de ce temps-là poussaient la puissance du pape, et, comme à force de la vouloir relever, ils la rendaient odieuse. ))
JEAN XXII
Au milieu do ces querelles de doctrine et des agitations que soulevait la lutte naissante du saint-siège et de l'Empire, la guerre avait continué en Italie. Aux efTorts un moment victorieux dos Gibelins le chef de l'Église avait opposé une union plus étroite des forces pontiticales. Laissant le cardinal Bertrand du Poyet agir en Lombardie contre les Yisconti, il avait envoyé on Toscane le cardinal Jean des Ursins, muni également de ses pleins pouvoirs, pour y combattre les rebelles \ et dont le premier acte avait été de frapper d'anatbème Gastruccio Gastracani, seigneur de Lucques, qui annonçait devoir être dans l'Italie centrale ce que Mathieu Yisconti avait été dans l'Italie du Nord ^ Le fils aîné du roi de Naples, Charles, duc de Galabre, était de son côté entré à Florence avec des troupes nombreuses, afin de seconder l'action des légats ^. Les Gibelins alarmés s'adressèrent encore une fois à Louis de Bavière et sollicitèrent son appui. Go monarque, par de nou-
1. Voir la lettre du pape à ce cardinal, datée du 17 avril 1326, dans Eaynald. eod. anno, n° l.
2. Raynald. anno 1326, n" 4. — G. Villani, 1. X, c. 3. L'anathème fut prononcé publiquement par le légat le 30 août 1326.