mars 1332. Raynald. eod. anno, n
4. « Ad Dei laudem et gloriam, ac honorem et exaltationem fidei catholicae, supplicium sumi. » Raynald. anno 1332, n» 29.
autre de ces frères accusé d'avoir adhéré publiquement aux doctrines de Michel de Gésènc : « Faites une enquête, lui mandait-il, mais simplement, avec célérité et sans vous embarrasser dans des formalités de procédure; et, s'il vous paraît coupable, punissez-le de telle sorte que son exemple terrifie ceux qui seraient tentés de l'imiter ^ »
Ces sévérités excessives, ces formes arbitraires n'étaient pas pour ramener des esprits irrités, et le pape se vit attaqué de nouveau par ceux-là mêmes qu'il aurait surtout voulu atteindre. Au mois de janvier 1333, Michel de Césène, qui, malgré la déposition prononcée contre lui, ne laissait pas d'agir comme général des Franciscains, envoyait de Munich un manifeste aux frères de l'ordre « restés fidèles à leur règle. » Dans ce manifeste, qu'il les exhortait à répandre, il démontrait encore une fois et par des arguments plus pressants comment Jean XXÏI, qu'il appelait Jacques de Gahors, s'était éloigné de la religion et de l'enseignement évangélique par ses constitutions sur la pauvreté parfaite; que, par cela seul, il avait encouru l'excommunication et s'était rendu indigne du pontificat '. Guillaume Ockam, à son tour, publiait un traité où il réfutait en détail ces mêmes constitutions. Ge traité était précédé d'une lettre adressée « à tous les fidèles du Ghrist, » et dans laquelle il disait que saint François avait annoncé à ses disciples l'envoi d'un exterminateur pour éprouver leur foi, et que cet exterminateur était le prétendu pape Jean XXII qui avait souillé l'Église de ses hérésies et la troublait de ses persécutions. Entrant ensuite dans l'examen des doctrines du pontife et particulièrement de sa dernière constitution, il condamnait l'interprétation que Jean avait donnée de celte parole du Ghrist : Mo7i royaume n'est pas de ce monde,
1. Raynald. anno 1332, n» 29. Cf. une lettre du 6 juillet 1332 à l'inquisiteur de Marseille, ibid. n° 31.
2. Voir, dans Fleury, Ilist. eccles. t. XIX, p. 504, une analyse de ce manifeste. Cf. ibid. p. 484-487, une lettre de Michel de Césène, datée d'avril 1331 et par laquelle il protestait contre sa déposition du généralat, déposition qui fut confirmée de nouveau dans un chapitre des Frères mineurs présidé en mai 1331 par le frère Eudes.
el il soutenait, avec les Pères, que par ces mots Jésus-Christ avait signifié que son royaume n'était pas du siècle, mais au-dessus du siècle. Il rappelait cet autre passage de l'Evangile où le Christ avait dit à un riche : « Vendez tout ce que vous possédez et, après en avoir distribué le produit aux pauvres, venez et suivez-moi; » et il demandait si, par ces paroles, le Christ n'avait pas clairement enseigné le renoncement aux richesses de la terre. « Non, écrivait-il, il n'est pas vrai que Jésus ait régné temporellement. Il n'est pas venu parmi les hommes pour acquérir une gloire extérieure, mais pour donner la sienne; non pour s'emparer de pouvoirs et de dignités, mais pour essuyer le mépris et l'injure; non pour couvrir son front d'un diadème et de pierres précieuses, mais pour ceindre une couronne d'épines. Son règne n'a pas été temporel, mais spirituel et céleste. Telle est la doctrine des Pères, telle est celle de l'Église, et en professer une autre c'est à la fois professer une hérésie et commettre un blasphème. Jean XXII est donc un hérétique manifeste ; et, à ce titre, il a perdu toute autorité, et tous les catholiques doivent se séparer de lui '. »
Soit qu'il jugeât la situation du saint-siège plus forte qu'elle ne l'était en réalité, soit qu'il crût apporter une utile diversion à l'agitation des esprits, le pontife, qui, dans les premiers temps de son élévation, s'était opposé à la guerre de Terre sainte, se décida alors à faire prêcher la croisade contre les Infidèles. A la vérité, il ne prit cette décision qu'à la requête de Philippe de Valois, vers qui le roi d'Arménie avait envoyé
]. « Sequitur ergo quod papa Johannes est litereticus manifestas et per consequens... ab omni authoritate privatus... ideo ab omnibus catholicis evitandus. » Brown, rer. expetend. fascic. t. II, p. 4i0 et ss. Le traité, auquel nous empruntons cet extrait, est composé de deux parties très distinctes. Tandis que la seconde parait avoir été écrite après la mort du pape (Brown, ibid. p. 455), la première, — celle dont il s'agit ici et qui vise les constitutions de Jean XXII sur la pauvreté parfaite, — parle au contraire du pape comme s'il vivait encore; et, d'après le préambule qui le précède, il y a lieu de croire qu'elle a été publiée à la date que nous indiquons. Ce ne serait que plus tard et vraisemblablement sous Benoit XII que les deux parties auraient été réunies.
solliciter des secours. Philippe, dans une assemblée à Paris de seigneurs et de prélats, s'était engagé à passer outre-mer dans un délai de trois ans K Par une bulle du mois de juillet 1333, le pape le nomma ciief de l'expédition ^ Bien que les décimes imposées par le concile de Vienne au sujet de la Terre sainte eussent déjà été perçues, Jean ordonna la levée, pendant six ans, d'une nouvelle contribution sur les biens du clergé. Toutefois il n'accorda à Philippe que les décimes qui seraient perçues dans son royaume, réservant au saint-siège l'emploi de celles que fourniraient les autres Etats. Encore ce prince dut-il s'obliger, dans le cas où l'expédition n'aurait pas lieu, à restituer les décimes qu'il aurait pu recueillir ^ Le succès d'une telle entreprise semblait si aventuré et le projet môme de l'expédition était si peu en accord avec le cours des idées, qu'on pouvait se demander si, de la part du roi comme de celle du pape, l'intérêt financier était tout à fait étranger- à cette résolution. Les contemporains eurent du moins cette opinion. Peu se croisèrent, écrit l'un d'eux, parce qu'on avait déjà été « échaudé, » et qu'on ne doutait pas qu'il n'advînt de cette entreprise comme des précédentes, « à savoir que les sermons qui étaient faits au nom de la croix ne l'étaient que pour avoir argent *. »
La situation de l'Europe n'était pas en effet plus favorable à une croisade qu'à l'époque où Jean en avait une première fois détourné Philippe le Long. Sans parler des difficultés qui déjà s'annonçaient entre le nouveau roi d'Angleterre, EdouardlIP, et le roi de France, et qui allaient bientôt mettre ces deux nations aux prises, en Allemagne Jean continuait
1. Raynald. anno 1331, n» 30; anno 1332, n» 2. — Guil. de Nang. Chron. contin. anno 1332; cf. ibid. anno 1333. — Baluze, Vitœ, t. I, p. 787. Il y eut deux assemblées à Paris, la première en octobre 1332, où Philippe annonça le projet d'aller en Terre sainte, la seconde en octobre 1333 où il fixa la date de son départ, qui devait avoir lieu le 1" août 1336.