‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 302 sur 416 · Raynald, anno 1332, n · texte numérisé non relu

Raynald, anno 1332, n

6. Sur ces deux expéditions du roi de Bohème, qui eurent lieu la premier^

cru trouver quohjuc trêve à ses dissensions dans son retour au saint-siège, loin d'en avoir le bienfait, était en ce moment le théâtre d'une nouvelle et terrible lutte entre la faction des Orsini et celle des Golonna. Pour comble de désordres, les provinces pontificales, auxquelles Jean, à l'exemple de Clément V, avait imposé imprudemment des gouverneurs français qui, étrangers au pays, abusaient de leur pouvoir, étaient, de leur côté, sur le point de se révolter. Bologne en donna le signal. Le légat Bertrand du Poyet, qui s'était retiré dans cette ville et la gouvernait au nom de l'Église, enfermé avec ses Gascons dans une citadelle qu'il s'était fait construire, exerçait de \h sur les habitants une sorte de tyrannie. Irritée de ses excès, indignée de la violence de ses officiers, la population, au mois de mars 1334, se souleva tout entière aux cris de : « Mort au légat! mort aux Gascons I » Presque tout ce qui parlait français fut massacré. On rasa la citadelle; on brûla le palais épiscopal. La révolte s'étendit en un instant à toute la Romagne, et le légat, qui n'avait réussi qu'avec peine à sauver sa vie, dépouillé de tout ce qu'il possédait, courut à Avignon solliciter la vengeance du pontife K

L'état de l'Italie, pour tout dire, était alors si lamentable, qu'on vit s'y renouveler les scènes lugubres dont les Flagellants avaient donné autrefois le spectacle. Sous la conduite d'un frère prêcheur, Venturino de Bergame, des centaines, des milliers d'individus, se mirent à parcourir la péninsule, appelant les peuples à la pénitence et les exhortant à la paix. Vêtus de blanc, tenant d'une main le bâton de pèlerin et de l'autre un rosaire, ils marchaient par groupes de vingt-cinq à trente, en tête desquels s'avançait un des leurs vêtu de même et portant une croix. On les nommait « Frères de la Colombe, » parce que, sur le devant de leur vêtement, était

à la fin de l'année 1330, la seconde au commencement de 1333, voir Gregorovius, Stovia di Roma, t. VI, p. 212-213. 1. Pour tous ces faits, voir Gregorovius, ibid., p. 219-222.

figurée une colombe avec un rameau d'olivier. Après avoir traversé la Lombardie, ils allèrent à Florence, puis à Pérouse, recrutant sur leur route de nouveaux pèlerins. Ils étaient au nombre de plus de dix mille, quand, vers le carême de 1334, ils arrivèrent enfin à Rome, où ils venaient prier sur le tombeau des Apôtres. Ils entrèrent dans la ville en psalmodiant des litanies, que de temps à autre ils interrompaient pour s'écrier: « Paix ! Miséricorde ! » On voyait parmi eux des habitants de Bergame, de Brescia, de Milan, de Mantoue, de Florence, de Vitorbe. C'étaient, en quelque sorte, toutes les cités italiennes qui gémissaient de leurs luttes fratricides, nées elles-mêmes des funestes guerres que n'avaient cessé d'allumer deux pouvoirs rivaux, également jaloux de dominer l'Italie *.

Au milieu de tant de causes d'agitations et de troubles, Jean, par son imprudence, en fit naître une autre qui aurait sans doute tourné contre lui-même, si la mort ne l'eût surpris. Dans trois sermons successifs, dont le dernier avait été prononcé la veille de l'Epiphanie 1333, le pape avait prêché publiquement à Avignon que les âmes des justes demeuraient privées de la vision béatifique, c'est-à-dire de la contemplation de Dieu, jusqu'à la résurrection des corps et au jour du jugement \ Cette doctrine, en désaccord avec la croyance générale des fidèles, n'avait pas été, au début, sans causer quelque scandale. Un frère prêcheur, Thomas Vallée, avait osé à Avignon s'élever en chaire contre cette doctrine. Jean avait fait arrêter et jeter en prison son téméraire contradicteur \ Il vit bientôt s'élever contre lui de plus dangereuses oppositions. Le nouveau général des Frères mineurs, Eudes, qui était venu cette année à Paris, y ayant soutenu ouvertement les mêmes idées, ce fut une protestation unanime dans l'Université. Le bruit en arriva jusqu'au roi, qui.

1. Hist. Rom. fraç/m. 1. I. c. 6, Murât, antiq. t. III. ■- G. Villani, I. XI, c. 23. Cf. Gregorovius, Storia di Homa, t. VI, p. 222 et ss.

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