Hist, rom. frarjm. 1. I, c. 12, ap. Murât, autiq. t. III
4. <.< GîBsarianum illud niemorabile coram semper habebat, quempiam non deeere videlicet de prœsentia principis non contentum abire. » Baluze, ibid., p. 282.
La Couk de PiOME. — T. II. 30
lesquels se trouvait Pétrarque, qui devait à son renom littéraire d'avoir obtenu récemment le titre de citoyen romaine Le poète prononça une harangue en vers latins, où, pour persuader au pape de venir à Rome, il employait à peu près les mômes images dont il s'était servi dans son épitre à Benoit-. Clément fit attendre sa réponse deux mois. Il accepta, sous la réserve de ses droits comme pontife, la dignité sénatoriale, dont, suivant l'usage, il délégua l'exercice ; mais, sur le second article, il déclara que, bien qu'il fût dans l'intention de transférer sa résidence à Rome, le moment de mettre ce dessein à exécution ne lui paraissait pas opportun ^. En revanche, il se montra favorable à une autre demande que lui Orent les députés, et qui était de réduire de cent ans à cinquante l'époque du Jubilé institué par Boniface VllI. La raison qu'ils alléguaient était que peu d'iiommes atteignant la centième année pouvaient jouir des indulgences attachées au Jubilé. En réalité, ce que voulaient les Romains, c'était de restituer pour quelque temps à leur ville, par l'affluence des fidèles que devait attirer cette solennité religieuse, les richesses et l'éclat dont ils étaient privés par l'éloignement des papes. Clément accéda à cette requête et ne tarda pas à rendre un décret par lequel, fixant à l'année 13o0 la date du prochain jubilé, il décidait que le retour de cette solennité aurait lieu à l'avenir tous les demi-siècles *.
Il est inutile dire que, sous ce pontificat, il ne resta rien des timides réformes tentées par Benoît XIÏ. Bien loin de maintenir les constitutions par lesquelles le dernier pape
1. Baluze, Vits, t. I, p. 286, -87. — Petrarch, ep. XI, 3. (Jette ambassade dut avoir lieu avant juillet 1342, date à laquelle Clément nomma des délégués pour les fonctions sénatoriales (Gregorovius Storia cli Romat, t. VI, p. 263, not. 3.)
2. Garm. 1. II, ep. 5. Voy. Raynald. anno 1342, n» 21. Le pape le récompensa de ses vers en lui donnant un prieuré aux environs de Pise. Benoît l'avait également récompensé de son épitre par le don d'un canonicat à Lombez.
3. « Accessum ejus ad urbem non posse tune, licet velle, se asserens, ad tempus possibile reservavit. » Baluze, loc. cit.
4. Bulle Unigenitus Dei fiUus, 23 janvier 1343. Voir Raynald. anno 1349, n" 11.
avait essayé de rétablir la discipline dans les ordres monastiques, Clément voulut, selon le mot d'un de ses biographes, (( répandre sur cette sévérité l'huile do sa clémence miséricordieuse, en adoucir les aspérités par la lime de sa discrétion, et ramener ainsi la légèreté et la douceur du joug du Seigneur '. » Tandis que Benoît avait porté l'intégrité au point de refuser à ses proclies de simples prélatures, Clément distribua aux siens l'argent et les faveurs et en éleva plusieurs à la dignité de cardinal, bien quils n'eussent ni l'âge, ni les mœurs qu'exigeaient de sembla])Ies fonctions -. Par une coupable négligence des intérêts de l'Église, autant que par un effet de sa générosité naturelle, il prodiguait les grâces, sans discernement et sans choix, à tous ceux qui l'approchaient. Un de ses premiers actes fut de publier une bulle par laquelle il promettait des bénéfices à tous les pauvres clercs qui, dans un délai de deux mois, se présenteraient à la cour d'Avignon, lien vint une telle multitude, qu'on en compta, dit-on, jusqu'à cent mille \ Pour suffire à ces libéralités, il réserva tout d'abord à sa nomination un grand nombre d'évêchés et d'abbayes, sans égard aux élections faites par les chapitres et les communautés; et, comme on lui représentait que ses prédécesseurs n'avaient pas à ce degré étendu les réserves: « C'est, répondit-il, qu'ils ne savaient pas être papes ^. »
Ces actes inconsidérés, par lesquels Clément allait au delà des abus où s'était engagé Jean XXII, ne manquèrent pas de sou lever des protestations. Au commencement de l'année 1343, des cardinaux, auxquels il avait conféré des bénéfices en Angleterre, ayant envoyé des procureurs en prendre possession.
1. Baluze, Vitœ, t. I, p. 283. — Hlst. littév. t. XXIV, p. 53.