‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 354 sur 416 · Rayuald. annu 1351, n · texte numérisé non relu

Rayuald. annu 1351, n

3. Un congrôs des villes guelfes avait été convoqué, pour le 1" mai l?M, à Arrezo; il n'eut aucun résultat.

4. « Spiritualiter primo subveuire volentes. » Rayuald. anno 1350, n* 37.

adressait au patriarche un questionnaire qui commençait par ces mots:

« Croyez-vous que ceux qui ont été baptisés dans la foi catholique et se sont ensuite séparés de l'Église romaine sont par cela seul coupables de schisme et d'hérésie, et que nul ne peut être sauvé liors de l'obédience du pape? Croyezvous que saint Pierre ait reçu de Jésus-Christ pleine puissance de juridiction sur tous les fidèles, et que les pontifes, successeurs de Pierre, jouissent d'une égale puissance? Croyez-vous qu'en vertu de cette puissance, le pape ait le droit déjuger immédiatement tous les fidèles, de déléguer à cet effet les juges qu'il lui convient de choisir, et que luimême n'ait d'autre juge que Dieu? Croyez-vous, en ce qui regarde son institution comme sa déposition, qu'il ne doive être soumis à aucune autorité séculière, impériale ou royale? Croyez-vous enfin qu'il puisse, à son gré, transférer ou déposer les évêques, les abbés et tous les autres ecclésiastiques ; que seul il puisse publier des canons généraux, accorder des indulgences plenières et statuer souverainement en matière de foi ? » Ce n'était qu'après avoir posé ces questions, que Clément abordait certains points de doctrine relatifs à la nature du Verbe et aux sacrements. Encore y prenait-il occasion de répéter que l'obéissance était due au pape avant de l'être au patriarche; que le pape seul avait le droit d'instituer des saints; que l'Église catholique et universelle n'était autre que l'Église romaine, et que toute autorité dans l'Église dérivait du pontife de Rome^

Telles étaient les preuves d'orthodoxie qu'exigeait alors la papauté. Il semblait que les souverains séculiers fussent plus attentifs que le chef de l'Église aux besoins de la religion. A la suite de réclamations faites par le saint-siège,

j. Piaynald. anno 1351, n» 2-17. Cf. une autre lettre adressée, à la même date, au roi d'Arménie, ibid.. n° 18. 11 convient de noter qu'en 1341 Benoît, à qui les Arméniens avaient également demandé des secours contre les Infidèles, leur répondit de même en les exhortant à abjurer leurs erreurs. Mais, différant en cela de Clément, il leur avait adressé un long mémoire portant presque eiclusivement sur le dogme. Voy. Raynald. anno 1341, n» 45-69.

Pierre le Cérémonieux, roi d'Aragon, avait, à la même date,

signé un traité par lequel il s'était engagé à protéger l'exercice de la juridiction ecclésiastique dans son royaume. A l'occasion de ce traité, il avait supplié le pape, « dans l'intérêt des églises et pour le salut des âmes, » de renvoyer les prélats aragonais qui se trouvaient à la cour d'Avignon et de les contraindre à la résidence. Il l'avait supplié également, dans le même intérêt, de ne plus conférer à des étrangers les prélatures et les bénéfices de ses Etats^ Il est inutile de dire que Clément ne tint pas plus compte de ces sollicitations qu'il n'avait fait jadis des représentations analogues du roi d'Angleterre. Il y a plus; il ne craignait pas, au besoin, d'invoquer l'Evangile pour justifier ces abus. C'est ainsi que, peu auparavant, Alfonse, roi de Castille, s'étant plaint que le saintsiège eût nommé un étranger à l'un des évêcbés importants de son royaume, le pape lui écrivit: «Ignorez-vous, très cber fils, que les apôtres, dont les évêques sont les successeurs, ont reçu du Seigneur la mission de porter partout la parole de vérité et d'aller au loin prêclier les nations? Saint Jacques, par qui l'Espagne a connu la lumière de l'Evangile, était-il originaire de l'Espagne? Faut-il donc s'étonner si le pape suit l'exemple de Celui dont il tient la place sur la terre, devant lequel il n'y a ni distinction de nations, ni acception de personnes, et s'il choisit des étrangers, dont il connaît les mérites, pour conduire le troupeau du Seigneur? - »

On conçoit que, sous un pape qui interprétait d'une manière aussi aisée les préceptes de l'Écriture et dont les mœurs étaient loin d'offrir un modèle d'austérité, les dérèglements de la cour pontificale n'avaient pu que s'accroître. Les palais que les cardinaux avaient élevés pour leur usage soit à Avignon, soit, sur la rive opposée du Rhône, à Villeneuve, étaient devenus, comme celui des Dons, l'asile du luxe et des plaisirs. Clément connaissait ces désordres; mais si, par une indul-

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