Baluze, ibid., p
3. Baluze, Vitœ, t. I, p. 357. — Les commandes furent supprimées par une balle du 18 mai 1353. Raynald. eod. anno, n" 31, Gomme Benoit XII, Innocent fit exception pour celles que possédaient les cardinaux.
4. Il abolit notamment l'impôt queles officiers apostoliques percevaient sur les maisons de débauche. Raynald. loc cit. (in fine).
déterminé l'un et l'autre souverain à envoyer, dans ce but, des ambassadeurs à Avignon. Ses efforts étaient demeurés infructueux K II parut alors tourner toute son attention du côté de l'Italie et résolut, à l'exemple de Clément VI, de rétablir l'autorité temporelle du saint-siège dans les Etats de l'Eglise ^. Mais, en reprenant le dessein conçu par son prédécesseur, Innocent reprit les moyens dont il s'était servi pour l'accomplir, et, par une inconséquence singulière, ce même pape, qui avait eu le mérite d'imiter Benoît XII dans ses tentatives de réforme, no se fit pas scrupule de porter la guerre au delà des Alpes pour restituer au saint-siège ses domaines usurpés. Il chargea de cette mission l'un des membres les plus déterminés du sacré collège, l'espagnol .Egidius Albornoz^ plus cavalier que prêtre, et qui, étant archevêque de Tolède, s'était signalé à la bataille de Tarifa contre les Maures. Tel était le genre de mérite de quelques-uns des hommes qui entouraient alors le chef de l'Église; ce prélat avait été fait cardinal par Clément VI, et Innocent, en recourant à ses services, semblait approuver l'élévation dont il avait été l'objet. Le cardinal, avec l'argent pontifical, recruta une armée, composée d'aventuriers français, allemands et espagnols, et à la tète de laquelle, dès l'automne de 1333, il se dirigea vers l'Italie.
Aux termes de la bulle qui le déléguait au delà des Alpes, les pouvoirs du cardinal Albornoz embrassaient, avec les États de l'Église, laLombardie et la Toscane. Il devait, dans ces diverses contrées, « étouffer les divisions, arrêter le cours de la licence, rétablir, avec la paix, l'autorité de la foi et la majesté du sacerdoce. » Déclarations plus vaines encore que
1. Baluze, ViU, t. I, p. 324, 353. Voir, dans Raynald. anno 13.^3, n» 15, une lettre qu'Innocent adressait en mai 1353 au cardinal chargi". de ces négociations.
2. « Nil cordi intimius liabuit in primis Innocentius, quain tyrannos compellere ad aliéna restiluenda, bona nompe ecclesiae qu;c violenler invaserant. » Fragm. hist. rom., Murât, anliq. t. III. p. 494.
3. Voir, dans Raynald. anno 1333, n» 2, le diplôme de légation, en date du 30 juin 1353, donné au cardinal Albornoz. Cf. Baluze, Vitae, t. I, p. 323, 358.
pompeuses, et sous lesquelles se cachait mal le véritable objet de la mission du légat; car il n'était que trop visible que la papauté manquait de l'ascendant nécessaire à une si grande œuvre. En substituant ce cardinal à l'incapable Hector de Durfort, Innocent avait fait du moins un choix heureux. Albornoz était à la fois un chef militaire habile et un politique avisé. Il se rendit d'abord à Milan, oiî Jean Visconti le reçut avec honneur, bien qu'avec défiance, et lui promit même des secours. Il gagna ensuite Florence, Sienne, y recruta de nouvelles troupes, et atteignit Montefiascone, l'une des places de l'Etat ecclésiastique qui appartenaient encore au saint-siège et dont il lit sa base d'opérations. Au commencement de l'année 1334, il entra enfin en campagne et s'avança dans le Patrimoine, oii plusieurs villes s'ouvrirent à son approche. Le seigneur de Yiterbe, Jean de Yico, qui dominait sur la plus grande partie de cette province, opposa une vive résistance à l'armée pontificale, et ce ne fut qu'à la suite de combats répétés et d'adroites négociations que le cardinal parvint à le réduire. La reddition, au mois de juin, des fortes places d'Orvieto et de Viterbe, précédée de celle de Corneto, décida de l'issue de cette première campagne. Non seulement tout le Patrimoine se soumit, mais Spolète et d'autres villes de l'ancien duché de ce nom imitèrent cet exemple, et Albornoz, après avoir pourvu au gouvernement de ces deux importantes provinces, ne tarda pas à disposer ses forces pour se porter vers la Marche d'Ancône K
L'effet de ces premiers succès se fit sentir jusque dans Rome. Le peuple venait alors de renverser un nouveau maître sorti de ses rangs, du nom de Baroncelli, qui, malgré les titres de « second tribun » et de « consul auguste » qu'il s'était arrogés, est à peine mentionné dans les récits du temps ^ Faisant trêve à leurs perpétuelles discordes, les
1. Pour les détails, voir Christophe, Hist. de' la papauté au XIV' siècle, t. II, p. 255-264.
2. Baroncelli, porté au gouvernement de la cité en septembre 1333, fat, à la fin de cette année, chassé du Gapitole ou tué.
Romains envoyèrent notifier au cardinal qu'ils déféraient à Innocent, pour sa vie durant, la dignité de sénateur, et lui offrir à lui-même, comme représentant du pape, le gouvernement de leur ville K Les députés trouvèrent auprès de lui ce Nicolas îlienzi que de singulières circonstances avaient rapproché du lieu do son ancienne renommée. A sa sortie de Rome, il s'était d'abord retiré à Naples sous la protection du roi de Hongrie qui s'était alors emparé do cette capitale; puis, après avoir tenté inutilement de rentrer dans Rome pour y reprendre le pouvoir, il s'était rendu à Prague auprès de Charles de Luxembourg dans l'espoir qu'aidé par lui il relèverait sa fortune. Le monarque, loin de se se prêter à ses projets, l'avait fait enfermer dans une forteresse et conduire ensuite à Avignon, où Clément VI l'avait gardé dans une étroite prison ^ Innocent, croyant que Rienzi, avec les souvenirs attachés à son nom, pourrait être un utile instrument aux mains du cardinal Albornoz, lui rendit la liberté, le releva des sentences qui l'avaient frappé et l'envoya vers le légat ^. Celui-ci, se conformant aux vues du pontife, donna les fonctions sénatoriales à Rienzi, qui, le T'" août 1334, reparut en maître dans cette ville de Rome d'oià il était parti en fugitif*. Le peuple, inconstant dans ses affections comme dans ses haines, l'accueillit ainsi qu'un libérateur. Mais l'ancien tribun n'était plus soutenu par cet enthousiasme qui avait fait un moment sa grandeur. Au lieu de profiter des leçons du passé et d'user avec modération de son autorité, il se jeta dans les excès, se rendit odieux par ses cruautés, et, deux mois à peine après être rentré à Rome, il périssait, comme un tyran vulgaire, assassiné dans une émeute '.
1. Lettre d'Innocent à Albornoz du 21 mars 1354, Theiner, Cod. dipl. dom. temp., t. II, n» 264.