‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 365 sur 416 · Octobre 1356. Raynald. eod. anno, n · texte numérisé non relu

Octobre 1356. Raynald. eod. anno, n

pénétré d'une telle douleur, disait-il, que nos sens en sont comme anéantis. Qui ne verserait des larmes à la vue de ce sang répandu et de tant d'illustres morts ? Nous supplions Celui qui commande à la mer et aux vents d'étendre sa main puissante sur les peuples et de les sauver de la tempête. Par votre prudence, réprimez cette rage; substituez la paix à ces terribles guerres, et hâtez-vous d'intervenir. Nous vous en prions au nom de Celui par qui vous régnez; c'est là une gloire, un honneur que Dieu vous réserve*.» En demandant avec tant d'instances à Charles d'interposer sa médiation, le pontife montrait à quel point il sentait la sienne insuffisante. Par ses ordres, l'abbé de Cluny, Audrouin de la Roche, se rendit auprès de l'empereur, qui se trouvait en ce moment à Metz ^ et ouvrit des négociations auxquelles, avec le cardinal de ïalleyrand, prirent part le duc de Normandie, depuis Charles V, et les plénipotentiaires anglais; elles n'eurent pas de résultat. Une trêve de deux ans fut néanmoins conclue à Bordeaux au mois de mars de l'année suivante ^. Encore fut-ce le prince de Galles qui l'accorda, non par condescendance pour le saint-siège, mais parce qu'il en avait besoin lui-même pour conduire en Angleterre son royal prisonnier. Innocent était plus heureux du côté de l'Italie. Le cardinal Albornoz avait poursuivi, non, il est vrai, sans difficulté, le cours de ses succès. Continuant à s'avancer dans l'État ecclésiastique, il s'était porté d'abord contre les Malatesta de Rimini, dont la soumission avait amené celle d'autres petits seigneurs; et tels avaient été ses progrès, que, quelques mois après le retour de l'empereur en Allemagne, il s'était déjà emparé de la Marche d'Ancône et d'une partie de laRomagne ^. Les Manfredi de Faenza et surtout le farouche Ordelaffi, qui, maître des places importantes de Césène et de Forli, dominait, avec les Manfredi, sur le reste de la province, firent

Page 1