Froissart, éd. Luce, t, VI, p
5. Th. AValsingham, anno 1360, dit, en pariant des effets destructeurs de cotte tempête : « quse tantum regem nec suos terrueruut, quin procédèrent cum inceptis. »
les causes qui, en réalité, décidèrent Edouard à la paix. Le 8 mai 13C0, fut enfin signé le traité de Brôtigny, par lequel ce prince renonçait, il est vrai, au titre de roi de France et rendait la liberté au roi Jean moyennant une somme de trois millions d'écus d'or, mais qui, en livrant en toute souveraineté au monarque anglais une partie du nord et du midi de la France, réduisait ce royaume à quelques provinces. Si ces conditions montraient comI)ien la France, obligée de les subir, était alors abattue par ses revers, elles ne prouvaient pas moins l'impuissance du saint-siège, dont l'intervention, après tant de négociations et d'otTorts, n'avait abouti qu'à cette paix désastreuse.
Dans l'état d'épuisement où se trouvait le royaume, la nouvelle de la paix, malgré quelques résistances locales, fut accueillie avec joie par les populations. Mais ce traité, en amenant le licenciement d'une foule d'aventuriers, eut une autre conséquence. Les routiers se mirent à courir la France avec une nouvelle fureur*. Des compagnies, plus redoutables que celles de 1357, se portant sur Avignon pour « mettre à merci le pape et les cardinaux, » s'emparèrent de la ville du Pont- Saint-Esprit située à sept lieues de la cité pontificale ^. Innocent les menaça inutilement des foudres de l'Eglise ; en vain, il écrivit de tous côtés pour avoir des secours, au duc de Bourgogne, au roi de France, au duc de Normandie, au comte de Savoie, au roi d'Aragon, à l'empereur ^ Les princes, dont la plupart, il est vrai, avaient à se garder eux-mêmes, ne répondirent pas plus à son appel qu'ils n'y avaient répondu lorsqu'il avait réclamé leur assistance pour repousser Bernabo. Il ordonna également de prêcher une croisade contre ces farouches aventuriers et convoqua àCarpentras tous ceux qui voudraient prendre part à cette expédition. Un certain