Froissart, éd. Luce, t. VI, p
3. Raynald. anno 1365, n" 7. — Hist. du Languedoc, éd. Molinier, t. IX, p. 776, 777. Au dire de Froissart, l'envoi des compagnies contre Pierre le Cruel aurait été décidé d'accord avec Urbain, qui, ayant déclaré ce prince déchu de la couronne en raison de ses crimes, aurait donné le royaume de Castille à Henri de Trastamare. Loin que les documents confirment cette assertion, il résulte d'une lettre d'Urbain (Raynald. loc. cit.) que Pierre offrit alors de le défendre contre les compagnies, ce dont le pape le remercia en termes très vifs. Les Grandes Chroniques, t. VI, p. 238, disent d'ailleurs positivement que ces compagnies promirent à du Guesclin que « il iroient avec lay contre Sarrazins. »
le produit d'une double décime qu'il enjoignit de lever, à cet effet, sur les églises de France ^ « xN'est-ce pas triste autant qu'odieux, lui disait Pétrarque dans cette môme lettre où il le louait de ses réformes, que, vous, le plus vertueux des hommes et qui, dans vos actes comme dans vos paroles, cherchez à imiter le Seigneur, vous soyez ainsi en butte aux menaces d'une armée de brigands et contraint de racheter à prix d'or votre liberté et celle de la cour romaine? » Et il ajoutait : « C'est pour avoir déserté la ville du bienheureux Pierre que ces humiliations ont été infligées au chef de l'Eglise, et croyez que de plus grands maux lui seraient réservés, s'il continuait à rester éloigné de la demeure que le Christ avait choisie pour son épouse '. »
Ce n'étaient pas les seules humiliations qu'essuyait alors le saint-siège. Les vassaux de l'Église romaine, profitant de sa faiblesse, commençaient à se dégager des liens qui les attachaient à elle. Ils omettaient de lui faire hommage ou cessaient de payer le cens auquel ils étaient obligés. Innocent VI avait été jusqu'à excommunier Jeanne de Naples et mettre son royaume en interdit, pour la contraindre à s'acquitter de ses devoirs de vassale. Urbain la menaça des mêmes sévérités, si elle continuait à ne pas remphr ses obligations'. A Pierre, roi d'Aragon, qui tenait la Corse et la Sardaigne en lief du saint-siège et, depuis dix ans, n'avait pas payé le cens, il rappela que, conformément aux traités, il encourait de même l'excommunication et l'interdit, et que, faute de paiement dans l'année, la Corse et la Sardaigne revenaient de droit à l'Eglise romaine. Ce prince reconnut sa dette, s'excusa sur
1. Baluze, Vitœ, t. I, p. 405. — Grandes Chroniques, t. VI, p. 237, 288. — Les capitaines des compagnies trouvèrent des banquiers qui, avec l'autorisation du pape, leur avancèrent l'argent de la décime. Voir, dans l'ouvrage de M. Prou, p. 144, 145, une lettre d'Urbain du 23 novembre 1365 tirée des registres du Vatican.