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qui, à la vérité, ne le cédait guère à son frère en violences et en tyrannie, mais dont on peut croire que le principal crime, aux yeux de la cour apostolique, était de le seconder dans ses usurpations. Il y a plus ; afin d'empêcher les Visconti de contracter des alliances qui eussent fortifié leur parti, Grégoire interdit, par une mesure presque inouïe dans les annales de l'Eglise, tout mariage avec leurs (ils et leurs filles sous peine do nullité '.Mais il sentait lui-même que ces sentences, si rigoureuses qu'elles fussent, n'étaient pas pour effrayer Ber. nabo, et, à l'exemple des deux derniers papes, il résolut de le poursuivre par les armes.
Pour réduire plus sûrement son dangereux adversaire, le pontife ne se borna pas à resserrer la ligue formée précédemment entre les villes et les seigneurs de la Toscane; il se concerta avec le comte de Savoie qui craignait lui-même pour ses possessions, et, lui adjoignant des troupes recrutées par ses soins tant en France qu'en Italie, le détermina à attaquer Bernabo sur son propre territoire. Ce plan était habile. En même temps que les confédérés s'opposaient, du côté de la Toscane, aux progrès de Bernabo, le comte de Savoie, secondé du marquis de Montferrat, se jetait en Lombardie et portait le ravage jusque sous les murs de Milan 2. Mais le principal auxiliaire de Grégoire fut l'anglais Jean Hawkwood, chef d'une de ces terribles compagnies qui, après avoir infesté la France, étaient descendues en Italie ^ Il avait été d'abord à la solde de Bernabo et passa alors à celle
1. « InterJixit ne aliquis cum ipsis aut eorum filiis etfiliabus matrimonialiter conjungeretiir, deceinens irritum et inane quicquid in contrarium attentaretur, quod alias vix aut raro legitur fuisse factum. » Baluze, Vitse, t. I, p. 430. On sait que le fils de Galéaz, Jean-Galéaz, qui devint plus tard seigneur de Milan, avait épousé en 1360 Isabelle de France, fille du roi Jean, et qu'en 1368 une fille du même Galéaz, Violante, avait été mariée à Lionel, duc de Glarence, fils du roi d'Angleterre. Bernabo, de son côté, maria la plupart de ses filles, qui étaient nombreuses, à des princes de l'Allemagne; l'une d'elles épousa LéopolJ, duc d'Autriche.
2. Annal, mediol. c. 135, Murât, rer. ital. t. XVI, p. 751 et ss. — Cf. Raynald. anno 1373, n" 13.
3. Voir sur ce célèbre condottiere un travail intéressant dans l'Atheneum de décembre 1889.
du pape*. Ainsi, par une inconséquence qui ne prouvait que trop la démoralisation des esprits, le saint-siège se servait en Italie de ces mêmes hommes « ennemis do Dieu et de l'humanité, » contre lesquels il avait en France ordonné la croisade. Défait à deux reprises par ce redoutahle aventurier, Bernabo demanda enfin à traiter. La cour d'Avignon voulait continuer la guerre, jugeant plus prudent d'accabler son ennemi 2. Mais la famine et la peste, suite des dévastations exercées par les deux partis, désolaient la Lomhardie et la Toscane ^ Les troupes qui combattaient pour le saint-siège n'étaient pas moins épuisées que celles de Bernabo, et le pontife se vit contraint, au mois de juin 1374, de consentir à une trêve, qui ne servit qu'à donner à Bernabo les moyens de se relover de ses défaites-*.
A l'occasion de cette guerre, on eut encore une fois la preuve de cette indifférence que rencontrait le saint-siège, soit de la part des princes, soit de la part du clergé, dans celles même de ses entreprises qui semblaient le plus toucher ses intérêts. Grégoire ayant ordonné de lever en Allemagne et en Hongrie une décime sur les églises ^ le roi de Hongrie, qui voulait, de son côté, qu'une décime lui fût attribuée pour l'aider à repousser les incursions dos Infidèles, s'opposa à l'exécution des ordres apostoliques. Le pontife manda alors aux évèques du royaume que, si le roi persistait dans cette opposition, ils s'abstinssent de publier les lettres conférant des indulgences à ceux de ses sujets qui se croiseraient con-