Octobre 1374. Raynald. eod. anuo, n
2. Janvier 1375. Piaynald. eod. anno, n» 22. A la même date, d'autres lettres du pape avertirent de sa résolution les rois d'Angleterre, de Portugal, d'Aragon, de Casiille et de Navarre. Ibid.
3. Voir une lettre du pape au doge de Venise de juillet 1375. Piaynald. eod. anno, n» 22. Cf. Froissart. éd. Luce, t. VIII, p. 172 et ss. Cf. ibid. p. 220.
cepter qu'en de certaines limites et le plus souvent de repousser sa médiation dans leurs guerres ou leurs négociations; ils commençaient à entreprendre ouvertement sur son autorité spirituelle, en lui disputant la nomination aux charges ecclésiastiques. L'un des griefs allégués par Grégoire contre Bernabo était que, dans les territoires soumis à sa domination ou occupés par ses armes, il disposait des bénéfices et parfois des prélatures, sans égard aux nominations faites par le chef de l'Église ^ Encore pouvait-on dire que c'était là un effet de la violence. Mais, dans le même temps, le roi d'Angleterre envoyait à Avignon des ambassadeurs demander expressément que le saint-siège cessât à l'avenir de s'attribuer, sous le titre de réserves, les bénéfices qui vaqueraient dans son royaume, et laissât au clergé la liberté, dont il avait joui anciennement, de choisir ses évoques. Ce n'était pas une simple requête, comme celle qu'il avait jadis, dans le même but, adressée à Clément VI ; c'était presque une mise en demeure, et, pendant près de deux ans, des pourparlers, à la vérité sans résultat, eurent lieu à ce sujet entre Edouard et la cour pontificale ^. Le roi de Hongrie allait plus loin; il prétendait nommer lui-même aux dignités ecclésiastiques de ses Etats, aussi bien aux évêchés qu'aux simples bénéfices, et exigeait du pape qu'il lui en reconnût le droit. Cette prétention était trop contraire à toutes les règles, pour que Grégoire consentît, non pas à l'admettre, mais même à la discuter. A plusieurs reprises, en 1375, il adressa des remontrances à ce prince sur le peu de respect que, par ces exigences, il montrait pour les libertés de l'Eglise. « Jamais nous ne consentirons à ce que veut le roi, écrivait-il à la reine de Hongrie ; c'est de Dieu que la chaire apostolique a reçu le pouvoir de disposer de toutes les prélatures, comme de tous les bénéfices de la catholicité ; et le souverain
2. Th. Walsingham, anno 1373, 1374. — Raynald. anno 1374, n» 21. Une ordonnance avait même été rendue dans l'intervalle par le parlement d'Angleterre pour rétablir les élections dans les églises cathédrales.
qui entreprend sur ce pouvoir agit, non en roi chrétien, mais en tyran K »
En France, le monarque avisé qui y régnait alors et qui, par les cardinaux français dont était rempli le sacré collège, se trouvait maître, en fait, des prélatures de son royaume, n'avait pas lieu d'élever les mêmes prétentions. Mais il ne laissait pas de manifester, sous d'autres formes, ces dispositions entreprenantes et cet esprit d'entière indépendance qui semblaient, à cette heure, animer tous les princes à l'égard du saint-siège. Dans l'entourage de Charles V et sous ses auspices se composaient des traités oii l'on découvrait déjà plusieurs des principes qui devaient être un jour ceux do «. l'Eglise gallicane. » Peut-être ne demeura-t-il pas étranger à la traduction qu'on fit alors en français du Défenseur de la paix^% ouvrage dont les conclusions tendaient à subordonner le clergé à l'autorit écivile.Ge fut, selon toute vraisemblance, à l'instigation de Charles V et par un de ses conseillers que fut composé le Songe duVergiei'. Danscet écrit où. l'on ne se faisait pas faute de flétrir l'ambition et les vices du clergé, écrit devenu bientôt aussi célèbre que l'ouvrage de Marsile de Padoue, on établissait que le siège apostolique n'avait aucun droit d'intervenir dans l'administration des États ; que les constitutions du pape ne pouvaient lier les souverains ; que les biens ecclésiastiques étaient imposables au même titre que les biens séculiers; que le chef de l'Église, comme le simple prêtre, était uniquement le médecin des âmes; qu'il pouvait avertir les pécheurs, mais non les contraindre par voie de jugement, et ne devait user à leur égard que des peines canoniques. On y contestait sur d'autres points, avec discrétion toutefois, les pouvoirs de l'Église; on y émettait des doutes sur l'organisation de la société chrétienne, môme
1. « Hsec non catholici reges, sed tyranni faciunt. » Piaynald. anno 1375, n» 30.
2, Hist. littér. t. XXIV, p. 463, 464. Une enquête fut ouverte à Paris, en 1376, pour découvrir l'auteur de cette traduction ; le nom du coupable, qui était sans nul doute un docteur de Paris, est resté inconnu.
dans l'ordre spirituel. On y énonçait enfin cette maxime nouvelle et qui était comme le renversement de toutes les traditions, à savoir qu'il était hors de toute justice de chercher à convertir les Infidèles par la force, « Nul mescréant, y disait-on, ne doit être contraint par guerre ni autrement pour venir à la foi catholique; et semble que, contre les mescréants qui nous guerroient, seulement nous deussions faire guerre, et non contre les aultres qui veulent estre en paix.» Le pape lui-même, ajoutait l'auteur, n'a aucune autorité pour contrevenir à cette règle au nom de la religion; il n'a pas à s'occuper des nations qui vivent hors de l'Eglise, et qui, ainsi que les nations chrétiennes, ont le droit d'avoir une juridiction et des possessions distinctes. Qu'il se propose plutôt pour exemple la bonté divine qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants' !
Ce qui, plus encore que les hardiesses ou les empiétements des souverains séculiers, attestait le déclin de l'autorité spirituelle du saint-siège, c'étaient les étonnantsprogrès qu'en peu de temps avait faits l'hérésie. Depuis la mort de Jean XXII, les pontifes ne l'avaient guère poursuivie qu'en France et en Italie, ou quelquefois en Allemagne; encore avaient-ils mis dans ces poursuites plus de zèle que de constance. Cette faiblesse dans la répression, l'abaissement de plus en plus sensible de la papauté, la corruption alors presque générale des mœurs du clergé, les désordres causés par les guerres incessantes qui avaient troublé une partie de la catholicité, avaient encouragé l'audace des anciennes sectes et en avaient engendré de nouvelles. En Allemagne, c'étaient les Bégards ou Béguins, qui, plus d'une fois déjà, avaient attiré sur eux les sévérités apostoliques. Chassés sous Urbain V des provinces de Brème et de Magdebourg, où ils avaient élu leur principal asile, les uns s'étaient réfugiés en Hol-
1. Cet ouvrage parut d'aborJ en latin le 16 mai 1376, puis en français (traduit par l'auteur lui-même) vers 1317. Voir l'analyse qu'en a donnée Franck dans Les Réformateurs au moyen âge, p. 207-250. (Jf. Hist. littér. t. XXIV, p. 3, 185, 349, 362, 464.
lande, en Brabant et dans le duché de Stettin, pendant que les autres avaient gagné les pays du sud-est de l'Allemagne et la Hongrie, ou même, — fait inouï qui ne témoignait que trop du désarroi des consciences, — s'étaient retirés chez les Infidèles et, abjurant la foi du Christ, avaient embrassé l'islamisme ^ En France, outre des Bégards qui comptaient jusque dans Paris des adeptes sous le nom de ïurlupins, il y avait les Vaudois qui peuplaient les montagnes du Dauphiné et de là s'étendaient dans la Savoie^. En Itahe, c'étaient, avec les Frères de la vie pauvre et des sectateurs encore subsistants de Fra Dolcino, les Fraticelles, toujours aussi nombreux, et qu'on trouvait également sur d'autres points du midi de l'Europe. Toutes ces différentes sectes s'accordaient dans une haine commune contre l'Église en général et plus spécialement contre l'Eglise romaine, dont elles condamnaient les abus et repoussaient l'autorité. Les Fraticelles soutenaient, comme par le passé, que le pape, les cardinaux, les évoques, en s'éloignant de la pauvreté évangélique pour chercher les richesses et les jouissances du siècle, avaient perdu tout pouvoir spirituel l A Pérouse, on avait vu l'un d'eux prétendre sur ces idées que le saint-siège était vacant et s'attribuer les fonctions de pontife \ En Sicile, où leurs doctrines s'étaient plus particulièrement accréditées, ils avaient, par leurs prédications et par l'austérité apparente de leur vie, circonvenu à ce point l'esprit des populations, qu'en nombre de localités on vénérait les cendres de leurs morts, et qu'on avait érigé en leur honneur des églises ou des chapelles que chaque année venaient visiter des fidèles ^
A côté de ces anciennes sectes, d'autres s'étaient élevées. En Pologne, en Bohème, en Silésie, se propageaient depuis quelque temps les doctrines d'un prêtre de Prague, du nom