Rog. de Wendov
dommage; en revanche, vous menez les chrétiens au carnage. En bas, au fond de ral)îme, Rome, là est votre place, dans la perdition. Vous aspirez à la seigneurie du monde; mais bien me réconforte la pensée que, sans guère tarder, vous viendrez à mauvais port, si l'empereur se venge et fait ce qu'il doit faire. Rome, je vous le dis, votre puissance vous verrez déchoir, et veuille Dieu, mon sauveur, avant que je ne meure, me rendre témoin de cette ruine ! ^ »
L'autour de cette sombre diatribe put penser qu'une partie de ses vœux allait être exaucée. Frédéric avait débarqué à Brindes, le 10 juin 1229. La seule annonce de son retour avait suffi pour jeter le trouble parmi ses ennemis en Allemagne et en Italie. Enhardi par son approche, le roi des Romains, Henri, envahit le territoire de la Bavière, qu'il mit à feu et à sang, et contraignit le cardinal de Saint-Nicolas, qui avait conspiré à la fois contre l'empereur et contre lui, à s'enfuir au delà du Rhin ^. De son côté, Frédéric n'avait pas tardé à se diriger vers les provinces de son royaume occupées par les troupes pontificales. Aux croisés qui revenaient avec lui de la Terre sainte, il avait joint les Sarrazins de Lucéra que lui avait amenés Rainald de Spolète. On vit alors des sectateurs de Mahomet, unis à des chrétiens qui portaient le signe du Christ sur leur armure, marcher contre d'autres chrétiens qui portaient les clefs de saint Pierre sur la leur ^ Etrange spectacle, qui dénotait à quel point l'ancienne foi s'était déjà altérée dans les consciences. L'empereur n'eut qu'à paraître pour triompher de ses adversaires. Sans oser se mesurer avec lui, Jean de Brienne et le cardinal Pelage regagnèrent en hâte la frontière ecclésiastique. Dans la Terre de Labour, dans l'Abruzze, partout les villes revinrent de gré ou de force sous l'obéissance du souverain. En peu de temps,