Juin 1232. Potthast. Reg. ponlif. n» 894S
2. Voir dans Matlli. Taris, anno 1231-1232, les détails de cette singulière conjuration.
Pierre, quand il a recommandé aux pasteurs de diriger leur troupeau sans domination ni contrainte. » Le patriarche s'expliquait encore plus nettement dans une lettre aux cardinaux. « Il fut un temps, écrivait-il, où les Latins et les Grecs étaient unis dans une même foi et soumis aux mêmes canons. A quoi donc attribuer le schisme qui nous sépare? Permettezmoi à cet égard de vous dire la vérité. Notre division est née de l'oppression tyrannique que vous exercez et des exactions de l'Eglise romaine, qui de mère est devenue une marâtre et qui, par son avarice, a éloigné d'elle ses propres enfants. J'ajoute que nous sommes scandalisés de vous voir si attachés aux biens de ce monde. Vous vous dites les disciples de Celui qui fut humble et pauvre. Or non seulement vous attirez à vous l'or et l'argent de toute la terre; mais, avides de domination, vous cherchez encore à vous rendre les royaumes tributaires. Que la modération devienne la règle de votre conduite; et, avant d'exiger notre obéissance, donnez au monde et à nous-mêmes l'exemple de vos vertus^ ».
Presque dans le même moment, se passaient en France des faits qui, pour être d'une autre nature, n'en étaient pas moins caractéristiques. A la suite d'une émeute qui avait éclaté à Beauvais et dans laquelle un certain nombre d'habitants avaient été tués, le jeune roi Louis IX était allé dans cette ville pour y faire justice des coupables. L'évèque, qui prétendait, en vertu des privilèges de son église, avoir juridiction sur lacommune, voulut s'opposer aux intentions du roi et engagea dans sa querelle l'archevêque de Reims et les autres évêques de la province. Le pape intervint également et, dans une lettre qu'au mois d'avril 1234 il écrivait au roi, lui rappelant avec quel zèle ses ancêtres avaient de tout temps servi l'Église, l'exhorta à ne pas s'écarter de ces louables traditions. Malgré ces représentations, Louis, alléguant ce qu'il considérait
i. Matth. Paris, t. III, p. 448-460. Le chroniqueur a placé à tort ces deux lettres à l'année 1237. Raynald. anno 1232, n»^ 46-49, n'a reproduit que la lettre adressée au pape et dont il a omis certains passages. Cf. Héfélé, Conc. t. VIII, p. 287 et ss.
comme le droit supérieur de sa couronne, ne laissa pas d'exercer sa justice; fait d'autant plus à remarquer que, n'ayant pas alors atteint sa majorité, il obéissait aux conseils de sa mère,lapieuseBlanc!iede Gastille Ml eut bientôt avec l'arcbevêque de Reims un démêlé plus grave. Les bourgeois de cette ville s'étant soulevés contre le cbapitre métropolitain au sujet de certains droits qui leur étaient contestés, 1" archevêque les frappa d'excommunication et demanda à Louis IX de les forcer à la soumission. Le roi voulut d'abord procéder à une enquête ; et, comme il avait cité à sa cour les bourgeois et l'archevêque, celui-ci refusa de comparaître, objecta que vouloir connaître des causes de l'excommunication, c'était usurper sur les libertés de l'Eglise, et, après plusieurs monitions inutiles adressées à Louis IX, mit on interdit, d'accord avec ses suffragants, les domaines du roi situés dans la province. Le pape, à son tour, alla jusqu'à menacer ce prince des censures apostoliques. Non seulement Louis IX rendit sa sentence ; mais, donnant un premier exemple de cette piété élevée et ferme qu'il devait montrer durant tout le cours de son règne, il déclara, à cette occasion, qu'une excommunication prononcée injustement ne pouvait entraîner, de la part de celui qui en était l'objet, aucune réparation ^.
Ce qui donnait à cet incident une gravité particulière, c'est que quarante et un des plus grands seigneurs de France, s'associant à l'acte de fermeté du jeune souverain, adressèrent à Grégoire une lettre dans laquelle ils blâmaient ouvertement la conduite des évêques. «Bien que le roi, ses ancêtres
1. Varin, Arch. adm. de Reims, t. I, 2« part. p. 575, S76. — Le Nain de Tillemont, Vie de S. Louis (éd. de la soc. de l'hist. de Fr.), t. IL p. 156 et ss; 253. Voy. ibid. p. 130-156, un différend analogue entre Louis IX et l'archevêque de Rouen dans les années 1232 et 1233.
2. Le Nain de Tillemont, ibid. p. 262 et ss. Voy. dans la Biblioth. de l'Éc. des Chartes, année 1870, p. 178-184, un article de M. P. Viollet. Cette querelle entre le roi et l'archevêque de Reims, commencée en 1233, ne se termina qu'au mois de septembre 1236, où le pape ordonna de lever l'interdit et manda à l'archevêque et à ses suffragants de céder au monarque autant que le permettraient l'honneur et l'intérêt de l'Église.
et les nôtres, disaient-ils, aient toujours respecté les droits de l'Eglise, en quoi nous prenons soin de les imiter, aujourd'hui les prélats, méconnaissant des obligations consacrées par l'usage, cherchent à s'attribuer, au détriment du roi et de ses sujets, ce qui ne leur appartient pas. L'archevêque de Reims et l'évêque de Beauvais dépendent, en ce qui touche leur temporel, de la justice du roi, dont ils sont les vassaux et les hommes-liges. Or, non contents de repousser sa juridiction pour eux-mêmes, ils veulent entraîner dans leur rébellion les autres prélats du royaume, et, contrairement à ce qui s'est pratiqué jusqu'ici, les empêcher de répondre aussi bien en la cour du roi qu'en celle de ses barons. Ce sont là de nouvelles prétentions auxquelles nous ne pouvons consentir, et nous vous prions de faire en sorte que les droits du royaume et les nôtres soient respectés comme ils l'ont été autrefois, car le roi et nous, sachez-le, sommes résolus à ne plus tolérer de pareilles entreprises K » Si l'on considère que, sous Philippe Auguste, onze seigneurs seulementavaient, dans une conjoncture analogue, fait cause commune avec le roi, et sans oser en écrire directement au pape, on juge combien s'était développé cet esprit d'opposition qui partout animait contre l'Eglise les pouvoirs séculiers.
Comme pour ajouter à toutes ces marques d'hostilité, à Rome le peuple ne cessait d'être en lutte avec Grégoire. Dans l'année où le pape avait publié une bulle si sévère contre les Iiérétiques, de nouveaux troubles l'avaient contraint de sortir de la ville. 11 y était rentré au mois de mars 1233, en achetant « à prix d'or » l'obéissance des Romains -. Mais, l'année suivante, le peuple recommençait à se soulever, et, à la fin de mai 1234, Grégoire, obligé de fuir encore, se retirait à Rieti. La révolte avait alors un caractère plus menaçant. Les Romains réclamaient, avec le droit de désigner eux-mêmes
1. Septembre 1233. L'original de cette lettre se trouve aux Archives nationales, à Paris, sous la cote .1. 350.