Ibid. n
4. « Dictus imperator, ad presentiam nostram accedens, ad Ecclesise ro-
ôter toute défiance au chef de l'Eglise, il alla jusqu'à lui proposer son fils comme otage ^ Il fit plus. Grégoire avait résolu depuis peu de provoquer une nouvelle croisade dans l'intérêt de la Terre sainte, et d'y envoyer des forces avant l'expiration de la trêve conclue avec les Infidèles. Frédéric, dans une conférence à laquelle assistaient, avec le pape et les cardinaux, un certain nombre de prélats, prit l'engagement de se joindre à cette expédition ^ Rassuré sans doute par ces témoignages, Grégoire accepta le secours d'un souverain qu'il redoutait. L'empereur commença par occuper plusieurs points de l'Etat ecclésiastique, puis, après avoir ouvert en personne la campagne contre les Romains, il regagna le royaume de Sicile, laissant ses troupes au pontife pour continuer la guerre. Défaits dans un sanglant combat sous les murs de Viterbe, les Romains, tout en essayant de prolonger la résistance, se résignèrent enfin à traiter, et, au mois de mai 1233, une convention fut conclue par laquelle, renonçant à leurs exigences, ils se replacèrent, à l'égard du saint-siège, dans les conditions d'obéissance où ils étaient au temps d'Innocent III ^. Ce traité ne suffit pas toutefois à dissiper les alarmes de Grégoire, et il devait, pendant deux ans, rester éloigné de Rome.
Tant d'attaques dirigées pour des causes et sous des formes diverses contre l'Église romaine n'étaient pas pour diminuer l'audace de Frédéric, et l'heure approchait où il allait à son tour entrer dans la lice. S'il avait aidé le pape à recouvrer son autorité temporelle et promis de conduire une seconde expédition en Palestine, ce n'était pas qu'il eût abandonné ses desseins sur l'Italie. Mais, dans ce moment, il craignait
manse defensionem et patrimonii sue sponte se obtulit. » Lettre de Grégoire aux Lombards, 3 juillet 1234, Hist. dipl. t. IV, p. 472.
1. Vita Gregor. IX. Cf. une lettre du pape du 21 juin 1239, Hist. dipl. t. V, p. 330.
2. Voir une lettre de Grégoire aux prélats du royaume de Jérusalem, 8 août 1234, Hist. dipl. t. IV, p. 481, 482.
3. Raynald, anno 1235, n"' 4-6. Cf. Gregorovius, Sloria di Roma, t. V, p. 202-207. — Voir, Hist. dipl. t. IV, p. 535, 53G. une lettre du 27 mars 1235 adressée par Frédéric au pape au sujet de cette paix.
6i LIVRE SIXIÈME
une révolte de son fils aîné Henri, qui, depuis quelque temps, cherchait à se rendre indépondauL au delà des Alpes, et, en soutenant Grégoire contre les Romains, il voulait, s'assurer au besoin, l'appui du saint-siège. Une s'était pas trompé dans ses appréhensions. Henri, qui avait réussi à entraîner dans son parti le duc d'Autriche et d'autres princes de l'Empire, ne tarda pas à faire ouvertement acte de rebelle ^ et poussa la témérité jusqu'à contracter une alliance offensive et défensive avec les villes guelfes de Lombardie -. Il importait à l'empereur d'arrêter au plus tôt une tentative qui, outre qu'elle compromettait son pouvoir en Allemagne, contrariait ses projets sur la péninsule. Grégoire, prêtant à Frédéric un concours que vraisemblablement il n'osa refuser à ses sollicitations, cita à comparaître les prélats qui s'étaient associés à ces menées, déclara nuls les serments prêtés à Henri par les princes, et Henri lui-même fut frappé d'excommunication^. Ainsi armé des foudres de l'Eglise, Frédéric, dans le mois même où. les Romains se décidaient à traiter, se porta rapidement en Allemagne, non par les passages des Alpes que gardaient les confédérés lombards, mais par l'Adriatique. Il s'embarqua à Rimini, se jeta en Ulyrie, et de là accourut en Allemagne. Sa seule présence suffit à étouffer la révolte. Par ses ordres, Henri fut transféré au château d'Heildelberg, puis emmené par mer dans le royaume de Sicile ^, où il devait mourir après six ans d'une étroite détention ^ Pendant que ce
1. Voy. le manifeste de Henri du 2 septembre 1234. Uisl. dipl. t. IV, p.
2. Ce traité est du 17 décembre 1234. Hisl. dipl. t. IV, p. 704-708. Pour les débuts de cette révolte du fils de Frédéric, voir Annal. Col. Max. — Annal. Worm. — Chron. Erphord.
3. Dès le 0 juillet 1234, Grégoire mandait à l'archevêque de Trêves d'excommunier Henri, s'il y avait lieu, comme traître à l'empereur {Hist. dipl. t. IV, p. 473). Les lettres du pape aux princes et aux prélats de l'Allemagne sont du 13 mars 1233 {Ibid. p. 330, 531). Voir une lettre de Grégoire du 1" août 1233, de laquelle il ressort que Henri avait été excommunié au nom du pape par l'archevêque de Salzbourg [Ibid. p. 738).