Chron, de reb. in liai. gesi
fois il ne fit guère alors que paraître en armes dans cette Lombardie que son aïeul Barberousse avait si longtemps ravagée sans pouvoir s'en rendre maître. Des dévastations commises sur le territoire de Mantoue et la prise de Vicence, qu'il emporta d'assaut et qu'il livra à la fureur de ses troupes, furent tout le résultat de cette première campagne K Obligé presque aussitôt de revenir au delà des Alpes pour achever de réduire le duc d'Autriche qui tenait en échec les forces impériales et qui, en donnant la main aux Lombards par la Marche de Trévise, menaçait de lui couper la retraite-, il demeura encore près de huit mois en Allemagne, pendant lesquels Grégoire chercha encore et tout aussi vainement à s'interposer entre lui et les Lombards. Enfin, après avoir pris de nouvelles mesures pour la sûreté de l'Empire, après avoir resserré plus étroitement ses liens avec l'Allemagne en faisant élire roi des Romains son second fils Conrad qu'il avait appelé d'Italie ^, et dont il confia la tutelle, avec l'administration de l'Empire, à l'archevêque de Mayence, il redescendit vers les Alpes, décidé cette fois à poursuivre jusqu'au bout l'accomplissement de ses desseins.
C'était au mois de septembre 1237 que, l'esprit rempli de cette résolution, Frédéric reparaissait en Lombardie. Il ouvrit la campagne par l'envahissement du territoire de Mantoue et marcha dans la direction de Brescia. Son armée était plus considérable que lors de la précédente expédition. Aux contingents allemands dont il était accompagné étaient venus se joindre, avec six mille Sarrazins mandés de Lucéra et cinq cents chevaliers de la Pouille, les milices des villes gibelines de Pavie, de Crémone, de Modène, de Reggio, de Parme, qu'animait contre Milan et les autres villes guelfes
1. Gérard. Mauris. Murât, rer. itaL ss. t. VIII, p. 43. — Chron. Palav. Murât, antiq. t. IV, p. 1133. — Ricc.de S. Germ. anno 1236.
2. Zeller, Hist. cVAllem. t. V, p. 325, 326. Frédéric repassa au nord des Alpes en décembre 1236 ; il était à Grœlz dès le 3 janvier suivant.
3. L'élection eut lieu à Vienne, en février-mars 1237. Hist. dipl. t. V, p. 29-32. Elle fat confirmée dans une diète à Spire le 7 juin suivant.
une ancienne et constante rivalité K Le 27 novembre, à la tète de toutes ces forces réunies, il attaqua, sur la rive droite de l'Oglio, à Corte-nuova, les milices de la ligue. On combattit jusqu'au soir. Les Guelfes furent vaincus, laissant sur le champ de bataille dix mille des leurs tués ou prisonniers^. Cet événement, annoncé par des lettres de l'empereur en Angleterre, en Franco, en Allemagne, aux cités italiennes et à Rome même^ où Grégoire était revenu depuis peu"*, eut son contre-coup dans toute la péninsule. Dès les premiers mois de l'année suivante, Novare, Verceil, Chiesi, Savone et d'autres villes de la confédération lombarde députaient vers le vainqueur et l'assuraient de leur obéissance ^ Los Milanais eux-mêmes furent sur le point de traiter ". En Toscane, Florence chassa son podestat qui tenait pour les Guelfes. A Rome, le peuple, excité par les Frangipani, partisans de l'empereur, ne tarda pas à se soulever contre Grégoire qui s'enfuit h Anagni ''. Profilant de la terreur causée par ses armes, Frédéric se disposa à assiéger Brescia, l'une des principales villes confédérées qui résistaient encore, afin de diriger ensuite ses forces contre Milan, dont la soumission devait lui assurer celle de toute la Lombardie.
Grégoire n'avait pas appris sans alarme le triomphe de 1 empereur. A la veille de la bataille de Corte-nuova, il lui avait écrit de nouveau au sujet de la croisade, à laquelle, lui mandait-il, s'apprêtaient les fidèles et dont il avait fixé la date à la Saint-Jean prochaine ^ Après la défaite des Lombards, il tenta encore, par un appel plus pressant, de tourner
1. Ricc. de S. Germ. anno 1231. — Chron. Veron. Murât, rer. ital. t. VIII, p. 629. — Chron. de reb. in Ital. gest.
2. Cherrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs, t. II, p. 158-160, et notes.
3. Pour ces lettres, toutes datées de décembi-e 1:^37, voy. Hist. dipl. t. V, p. 132-439, 142-145.
4. Grégoire était revenu au palais de Latraa le 21 octobre 1237.