‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 62 sur 416 · Louis IV, landgrave de Thuringe · texte numérisé non relu

Louis IV, landgrave de Thuringe

être conçu que par l'union des deux sexes, et qu'on ne doit croire que ce qu'on peut prouver par la raison naturelle K )> Dans ces attaques violentes, que les deux adversaires portaient l'un contre l'autre et où, manquant également de sincérité, ils cachaient les véritables causes de leur inimitié, se révélait plus d'un symptôme grave. C'était la première fois qu'un souverain tentait ouvertement de soulever tous les rois contre le saint-siège; c'était aussi la première fois qu'on osait déclarer qu'un pape, élu canoniquement, était indigne par ses actes d'occuper la chaire apostolique. Ce qui ne semblait pas moins grave, c'étaient les accusations dirigées contre Frédéric au sujet de sa foi. Lors même qu'elles n'eussent pas été fondées ^ le seul fait qu'elles pussent être énoncées était l'indice d'un scepticisme ou tout au moins de certains doutes qui commençaient à pénétrer dans les âmes chrétiennes. Les relations fréquentes do l'empereur avec les Arabes de Lucéra, et celles que, pour les intérêts de sa couronne de Jérusalem et pour les besoins commerciaux de son royaume de Sicile, il entretenait avec les Musulmans de la Syrie et de la côte Africaine, n'étaient pas, selon toute apparence, étrangères à ces erreurs. Frédéric n'était pas le seul auquel elles pussent être imputées, et il y a lieu de penser qu'elles lui étaient communes avec plus d'un esprit de ce temps. Jacques de Vitry, alors cardinal, le même qui, passant en Italie à l'époque de la mort d'Innocent III^ avait été si douloureusement surpris du peu de religion qu'il avait trouvé dans la cour pontificale ^ remarquait déjà la tendance de ses contemporains à ne croire que ce qu'ils pouvaient comprendre, à rejeter les prophéties et à traiter do songes ou de

1. « Insiiper dilucida voce affirmare vel potius mentiri presumpsit quod O'.nnes fatui sunt qui credunt nasci de Virgine Deum ... potuisse ; hanc heresim illo errore confirmans quod nullus nasci potuitcujus conceptum viri et mulieris conjunctio non precessif, et homo nihil débet aliud credere nisi quod potest vi et ratione nature probare.» 21 juin 1239. Hist. dipl. t. V, p. 327-340.

2. Voir à ce sujet une note de yi. Zeller, llist. d'AUetn. t. V, p. 3'tO.

Page 1