‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 77 sur 416 · Matth. Paris, t. IV, p · texte numérisé non relu

Matth. Paris, t. IV, p

l'Eglise de Sicile, n'était, selon toute vraisemblance, qu'une exagération due à la voix publique; ce n'en était pas moins un indice des idées de réforme vers lesquelles commençaient peu à peu à se porter les esprits K

Enfin, au mois de juin 1243, à la suite d'une seconde irruption des impériaux dans l'Etat ecclésiastique 2, les cardinaux, dont ils avaient brûlé ou pillé les possessions, se décidèrent à satisfaire aux vœux de la catbolicité. Frédéric, qui, en apprenant cette décision, était rentré de nouveau dans l'Italie méridionale, avait rendu la liberté non seulement aux cardinaux de Palestrine et de Saint-Nicolas qui, fidèles à leur serment, étaient revenus à Naples, mais à tous les prélats qui avaient été faits prisonniers avec eux au combat de Meloria^. L'élection eut lieu dans la grande église d'Anagni. Dès le premier scrutin, les suffrages se réunirent sur Sinibaldo Fieschi, cardinal-prètre de Saint-Laurent iii Lucina '*. Le nouveau pape, qui adopta le nom d'Innocent IV, était né à Gènes de la famille gibeline des comtes de Lavagna. D'un caractère résolu et opiniâtre, comme l'était Grégoire, et jaloux, comme lui, de son autorité, il portait dans sa conduite moins de passion, mais plus d'iiabileté. Étant cardinal, il avait su se ménager l'amitié de l'empereur tout en conservant la faveur de Grégoire, et l'on peut croire qu'en le désignant les membres du sacré collège pensèrent faire œuvre de conciliation. Frédéric parut apprendre avec joie l'éléva-

1. INIatth. Paris, t. IV, p. 349. Quoi qu'on puisse penser de cette assertion du chroniqueur, le fait d'une ambassade française envoyée par le clergé ou même par Louis IX ne parait pas douteux. Guerrier [lUal. de la lutte des papes et des empereurs, t. II, p. 261) et Huillard-Bréholles {Hist. dipl. t. VI, p. 70) ont attribué à ce monarque une lettre adressée aux cardinaux, que Le Nain de Tillemont {Vie de Saint Louis, t. II, p. 491) a regardée comme suspecte et qu'il convient de rejeter comme apocryphe. Voy. à ce sujet les remarques de M. Élie Berger, Reg. d'Innocent IV, t. II, Introd, p. iv, vr.

2. « Mense maii (imperator) de Capua movens... super urbem vadit. » Ricc. de S. Germ.

3. Ilist. dipl. t. VI. p. yO-98 (lettres adressées à l'empereur de Goustantinople, au roi de France et autres).

Page 1