Sur ce concile, voy. Héfélé, Conc, t. VII, p. 71 et ss
3. Héfélé, ibid. p. 82-84. Voir la lettre de Pascal du 5 octobre 1104 adressée aux archevêques et aux évêques des provinces de Reims, de Sens et de Tours. Kp. OG, Migno.
évêque d'Arras, à qui le saint-siège a délégué ses pouvoirs, recevez le serment que, moi, Philippe, roi de France, je fais aujourd'hui de renoncer pour jamais à mon crime et d'obéir en toutes choses et sans arrière-pensée aux ordres du pape. Que Dieu et ses saints évangiles soient en aide à ma faiblesse! » Depuis le drame de Canossa, c'était la première fois qu'un souverain s'humiliait ainsi 'publiquement devant l'autorité du saint-siège *.
Cette soumission du roi de France fut bientôt suivie d'une autre qui importait davantage aux intérêts de l'Église romaine, celle de Henri IV. Dans le mois même où se tenait le concile de Paris, le second fils de l'empereur, Henri le jeune, que celui-ci avait fait élire, sur la fin du pontificat d'Urbain, pour son futur successeur, annonça tout à coup qu'il se retirait de son obéissance; et, comme il lui avaitjuré, lors de son élection, de le servir avec fidélité, il demanda au pape d'être relevé de son serment. Pascal^ aux yeux do qui, on doit le dire, Henri IV n'était plus souverain légitime, lui accorda cette dispense et le déchargea en outre de l'excommunication qu'il avait encourue pour ses relations avec un monarque condamné par l'Église ^. Par cette approbation donnée à' la révolte du fils contre le père, c'était aller plus loin que n'avait fait Urbain en s'alliant à Conrad. Il est vrai que le jeune prince semblait n'avoir en vue que le bien de la religion, ainsi qu'il l'affirma lui-même dans un synode qui eut lieu le 20 mai 1105 à Nordhausen en Thuringe, et que présidait le légat Gebhard, évêque de Constance. Des évoques et une foule d'abbés et de moines s'étaient rendus à ce synode, auquel était présent le fils de Henri IV, assis sur un siège peu élevé et sans nul appareil qui rappelât la royauté. Après qu'on eut publié plusieurs canons de réforme ecclésiastique, il prit la parole avec une apparente émotion et, attestant
1. Voir dans D. Bouquet, Ree. t. XV, p. 197, la lettre adressée au pape par Lambert, éYÔque d'Arras, et dans laquelle ce prélat, rendant compte de ce qui s'est passé au concile, reproduit les paroles du roi.
'5. Annal. Hildesheim. anno 1104.
lOS LIVRB SECOND
« Dieu et toute la cour céleste », il déclara qu'en s^éloignant de son père, il n*était guidé par aucune idée d'ambition, qu'il ne poursuivait d'autre dessein que de rétablir l'unité dans l'Église, et que, si l'empereur faisait sa soumission au pape, il était prêt à lui rendre l'obéissance *.
L'autorité de l'empereur était alors si incertaine et l'on était si fatigué de ce 'long schisme *, que Henri le jeune entraîna aisément dans sa rébellion une partie notable de l'Allemagne. Frappé encore une fois comme père et comme souverain, le malheureux monarque, qui voyait lui échapper l'Allemagne ainsi que jadis lui avait échappé l'Italie, se décida, non sans tristesse, à recourir aux armes. De premières hostilités avaient déjà eu lieu entre les deux partis, quand, attiré par son fils dans une conférence aux environs de Coblentz et croyant, après un semblant de réconciliation, au retour de sa fidélité, il fut emmené par surprise dans une forteresse et traité en captif. Les menaces et la violence achevèrent l'œuvre qu'avait commencée la trahison. Conduit à Ingelheim, il dut, en présence de son fils, de deux légats du saint-siège, dont l'un était l'évèque de Constance, et l'autre Richard, cardinal-éveque d' Albano, et de nombre de seigneurs, se démettre des insignes impériaux, déclarer qu'il renonçait à toutes ses possessions et prononcer lui-même sa déchéance. Les légats exigèrent en outre qu'il s'avouât coupable envers Grégoire et ses successeurs, envers le saint-siège et l'Église. Dans l'espoir de recouvrer la liberté à défaut de la couronne, il se soumit à tout, et, se prosternant aux pieds des légats, implora l'absolution. Mais il n'obtint pas plus l'absolution que la liberté et demeura prisonnier à Ingelheim sur Tordre de son fils. Celui-ci, reconnu roi, le 5 janvier 1106, sous le nom de Henri V, fut couronné solennellement par l'archevêque de Mayence' et, selon la qualification déjà en usage pour dé-
1. Ekkehard. anno 1105. Cf. Héfélé, Conc, t. VII, p. 89, 90. •
2. Parlant du synode de Nordhausen, Ekkohard, loc, cil., dit : « Ibi> cnm episcopis et clericis, otiam abbatum atque monachorum eeclesiasticam sitiens unitatem turba confluxerat. »
3. Ekkehard. anno 1105, 1106. ^ Voir, dans Udalrici codex, n* 1Î9, la Ion-
signer les souverains de Germanie non encore couronnés empereurs, prit le titre de roi des Romains *. « Si tout cela se fit licitement ou non, écrivait Otton de Freisingon, chroniqueur presque contemporain, c'est ce que je ne veux décider *. »
Ce sort infligé au vieil empereur, en excitant la commisération, lui ramena des partisans. Tiré d'ingelheim par des serviteurs dévoués, il se réfugia d*abord à Cologne, puis à Liège, où il fut reçu en souverain. Il essaya de lutter encore. Il sollicita le secours du roi de France par une lettre presque suppliante, où, faisant le récit des derniers événements, il se plaignait de la rigueur avec laquelle les papes n'avaient cessé de le poursuivre. « Leur haine, disait-il, les a portés jusqu'à violer les droits de la nature et armer mon (ils contre moi ^ » Il adressa également un manifeste aux princes ^ et aux évoques de l'Allemagne, promettant de régner désormais par leurs conseils *; il écrivit à l'abbé de Cluny, qu'il priait de s'entremettre pour obtenir sa réconciliation avec le chef de l'Église '. Il écrivit enfin à son fils, dont il chercha à réveiller les sentiments et à émouvoir la conscience. « Tu m'as tout enlevé, lui disait-il, mes États, mes biens, jusqu'à mes serviteurs, et c'est à peine si tu m'as fait grâce de la vie. Crains la justice de Dieu, à qui j'ai confié ma cause et ma vengeance *.# » Mais, loin de se laisser fléchir, le nouveau roi se prévalut des droits que lui donnait son couronnement pour persister dans sa rébellion, et il se porta sur Liège à la tète d'une armée, lorsque l'empereur, à qui jus-
gue lettre adressée par Henri IV au roi de France et dans laqueUe sont retracés ces événements. Cf. Zellen HUt. cT Allemagne, t. III, p. 433-437.
1. L'origine de ce titre de « Romanoram rex »« titre remplacé après le couronnement à Rome par celui de « Romanoram imperator augustus », n'est pas plus ancienne que le règne de Henri III ; mais c'est seulement depuis Henri Y qu'il est devenu d'un usage constant dans la chanceUerie allemande. Voir à ce sujet la Revue historique, t. XXVII, p. 448.
2. « Quse omnia utrum licite an secus acta sint, nos non discernimns. » Otton. Frising. Chron. 1. VU, c. 11. Otton de Freisingen mourut en 1168.
3. Udalriei codex, n« 129. La lettre est de février-mars 1106.