‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther;Chapitre 111 sur 357 · I. Bp. 314. 315, Migne. Cf. Udalrici Codex, loe. cit · texte numérisé non relu

I. Bp. 314. 315, Migne. Cf. Udalrici Codex, loe. cit

à garantir au pape toutes les possessions et les droits que Gharlemagno et ses successeurs avaient concédés à saint Pierre. Le pontife eut-il le sentiment de cette contradiction et laissait-il à Tavenir le soin de la résoudre ? Ce qui est certain, c'est que la question allait se poser bientôt pour le saint-siège, comme Pascal la posait en ce moment pour Tensemble du clergé. Dans Tintérèt de l'Église, il eût été assurément à souhaiter que, même avec cette réserve faite pour le saint-siège, Pascal eût réussi à exécuter son dessein ^ La pensée d'une mesure aussi profitable pour la religion a manqué à la gloire de Grégoire VII. Elle n'eût pas sans doute paru excessive à un homme qui avait eu assez d'énergie pour imposer le célibat au clergé et assez d'audace pour opérer dans les rapports de la société civile et de l'Église une véritable révolution.

Henri V, on doit le dire, n'avait donné son assentiment au traité proposé par le pape qu'à la condition qu'il serait également accepté par les prélats de l'Empire. Cette réserve trahissait sa pensée. Comme il prévoyait que les évoques allemands refuseraient leur adhésion, sa promesse de renoncer aux investitures devenait illusoire. Par là il montrait aussi que la détention des régales par le clergé n'était pas l'unique raison de sa résistance aux décrets du saint-siège, et qu'en intervenant par l'investiture dans le choix des évoques il voulait se les soumettre à la fois et comme seigneurs féodaux et comme ministresde l'Église. Le 12 février 1111, escorté d'une partie de son armée, il flt enfin son entrée à Rome par la porte de la cité Léonine. Suivant l'usage, le clergé, les magistrats, la milice étaient allés le recevoir. Le pape, entouré des cardinaux et de nombreux prélats, l'attendait aux abords do l'église Saint-Pierre où devait avoir lieu la cérémonie du couronnement. Lorsque tous deux eurent pénétré dans la basilique,

1. Il est superflu de faire remarquer qu'un fait analogue s'est passé de notre temps, où l'on a ya la papauté conserver son pouvoir temporel, alors que tout le haut clergé avait perdu les droits qu'il tenait originairement de laféodaUté.

on commença, selon ce qui avait été convenu, la lecture des actes qui avaient été préparés. Mais, dès les premiers mots qui furent prononcés sur Tabandon des régales, les évêques allemands, qui ne voulaient pas être dépossédés, éclatèrent en récriminations injurieuses à l'adresse du pontife, allant jusqu'à déclarer que, par cotte décision, il s'était rendu coupable d'hérésie. En vain le pape leur opposait-il les précoptes de rÉvangile, disant que, d'après ces préceptes, ils devaient restituer à César ce qui appartenait à César, et que le soin dos choses temporelles ne regardait pas les ministres de Dieu. Les seigneurs allemands, joignant leurs protestations à celles des évêques, s'écriaient de leur côté qu'il fallait que leur maître fût couronné sans conditions et sur l'heure. Comme Pascal, voyant le traité rompu, refusait de procéder au couronnement, Henri le fit entourer par des chevaliers armés qui l'entraînèrent, avec les cardinaux, dans un hospice voisin de la basilique, pendant que des soldats allemands se précipitaient l'épée nue sur les clercs romains sans défense. Le reste du jour et la nuit qui suivit se passèrent au milieu de ce tumulte. Le lendemain, un combat sanglant s'engageait, sur la place Saint-Pierre, entre les Allemands et le peuple accouru en armes pour délivrer le pontife. Après avoir triomphé, non sans elfort, de ce soulèvement populaire, Henri quitta enfin la ville de Rome, emmenant à sa suite le pape, seize cardinaux, avec de nombreux ecclésiastiques et quelques nobles Romains, qu'il enferma dans un château de la Sabine, ^au pied duquel il établit son armée *.

Il peut paraître surprenant que, dans cette occurrence, ni la comtesse Mathilde, ni les Normands n'aient porté secours au saint-siège. Mais la comtesse de Toscane, dont l'âge avait refroidi le zèle, était hors d'état, par les forces dont elle disposait, de lutter contre Henri V, et le duc Roger expirait dans ce moment môme, le 22 février, laissant lin fils mineur, qui fut depuis Guillaume II. Pendant soixante et un jours,

4. Pour tons ces faits, voir Ekkehard. anno 111!. — Petr. Chron, Cas, 1. IV> c. 37-39. Cf. Gregorovius, Storia di RomaA.ïY, p. 390-398.

Honri tint le pape et les cardinaux, avec les autres Romains, étroitement prisonniers. Pour contraindre son père à abdiquer, il s'était servi de la violence et dos menaces ; il usa des mêmes moyens pour forcer Pascal à lui céder les investitures et signifia au pape que, si on ne lui donnait satisfaction, il mettrait à mort ou mutilerait tous les captifs. Supplié par ses cardinaux, craignant que le monarque irrité ne se livrât, comme il l'annonçait, à de cruelles représailles et n'étendit sur Rome et ses habitants les effets de sa vengeance, Pascal se résigna à abandonner ce qu'il n'aurait pas voulu, disait-il, céder au prix de la vie *. On rédigea un acte qu'on appela un privilège, — parce que, seul entre les souverains, Henri était autorisé à en faire usage, — aux termes duquel le pontife accordait à ce prince les investitures dans les conditions où il les avait possédées jusqu'ici et qu'avait précédemment indiquées l'archevêque do Trêves. Par le même acte, Pascal s'obligeait à ne jamais excommunier le monarque en raison de ce qui s'était passé et promettait en outre de le couronner empereur. En retour de cet engagement, Henri devait rendre la liberté à Pascal et à tous les prisonniers, garantir à l'Église romaine ses possessions et ses droits et garder envers le pape l'obéissance à laquelle était tenu tout souverain catholique ^. Après avoir juré l'un et l'autre un traité si différent du premier, Henri et Pascal retournèrent à Rome. Le monarque, qui, de peur d'un second mouvement populaire, avait pris des dispositions militaires, reçut de la main du pontife, dans l'église Saint-Pierre, la couronne impériale. La coutume voulait que le nouvel empereur traversât la ville en pompe jusqu'au palais de Latran. Henri jugea plus sage de s'éloigner de Rome, et, nanti du privilège qui le faisait maître de l'Église dans l'étendue de l'Empire, il reprit le chemin de l'Allemagne ^

1. <c Cogor, ait, pro ecclesias liberatione ac pace, hoc pati, tioc permittere, quod pro vita mea nuUatenus consentirem. » Petr. Chron. Cas, 1. IV, c. 40.

2.Petr. Chron, Cas, loc. cit. — Udalrici codex, n*» 150, Cf. Pertz, Leg. t. II, p. 72.

3. Petr. Cht^n,. Cas, loc. cit. Cf. Gregorovius, ibid. p. 399-404.

Aussitôt quo fut connue en Occident cette concession faite à Temperour sur les investitures, elle souleva, dans le haut clergé, la plus grande émotion. Cette émotion ne se manifesta d'abord que faiblement en Allemagne, où les évêques orthodoxes craignaient de s'attirer la colère de Henri V. Mais d'Italie et de Franco arrivèrent au pape les plus vives réclamations. A Rome, ceux des cardinaux qui n'avaient pas partagé la captivité de Pascal blâmèrent publiquement la conduite du pontife ^ Bruno, abbé du Mont-Cassin, osa écrire au pape qu'il était tenu par son devoir apostolique de casser un privilège contraire à ses décrets *. En France, Gooffroi, abbé de Vendôme, adressa à Pascal une lettre véhémente, dans laquelle il lui reprochait de n'avoir pas su mourir pour la foi '. Certains évêques même parlaient d'appeler tous les fidèles à une guerre sainte plutôt que de tolérer un tel opprobre dans l'Église*. Bien qu'il eût la conscience de n'avoir obéi qu'à des motifs d'humanité, Pascal ne laissa pas d'être troublé par ces protestations ^ Afin d'y satisfaire en une certaine mesure, il se décida à convoquer un concile qu'il réunit à Rome, au mois do mars 1112, dans l'église de Latran, et auquel assistèrent, avec nombre d'abbés, de clercs et do laïques, près do cent trente évêques appartenant pour la plupart aux provinces de l'Italie. 11 exposa devant l'assemblée comment, cédant à la contrainte et en vue d'éviter de plus grands maux, il avait abandonné le droit d'investiture ; qu'il avait juré de ne jamais punir, à ce sujet, Henri V d'excommunication, et qu'il garderait son serment ; que toutefois il reconnaissait comme contraire aux canons le privilège accordé par lui à l'empereur, et que, ne voulant pas qu'il en résultât aucun préjudice pour l'Église, il remettait au concile le soin de prendre les résolutions que lui dicterait la

1. Voir la lettre de Pascal à ces cardinaux, (5 juillet 111), ep. 327, Migne.

2. Petr. Cdiron. Cas. 1. IV, c. 42. Cf. Baron, anno Ull, n« 29, 30.

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