Ërnald. c. I
4. Suprer, in Vita Ludov., fait la description d'une cérémonie de ce genre qui eut lieu à Saint-Denis le dimanche de Pâques 1131. éd. Molinier, p. 120, 121.
camps, lorsque lui-môme, dans la dernière expédition de Lothaire en Italie, s'était joint aux armées allemandes et avait été présent à tous les excès d'une guerre entreprise à son instigation et pour le seul intérêt de son autorité ? Déjà, n'avait-on pas vu Honorius défendre en personne par les armes ses prérogatives temporelles ? Si accoutumé qu'on fût alors à voir le clergé figurer à la guerre à côté des séculiers, un tel spectacle ne laissait pas d'étonner parfois quelques-uns des hommes mêmes qui n'appartenaient pas à TÉglise. Dans Tété de 1137, peu avant la reddition de Salerne, une députation de Tompereur de Constantinople, Jean Comnène, étant venue féliciter Lothaire de ses premières victoires sur Roger, l'un des ambassadeurs, qui était un laïque, osa, en présence du monarque, blâmer en termes sévères les habitudes profanes des prélats d'Occident. « Ils ne se contentent pas de se vêtir de pourpre, disait-il ; au mépris de leur caractère, ils se mêlent à la vie des camps et commandent les armées ; » puis, élevant sa critique jusqu'au chef de l'Église auquel il reprochait de favoriser ces abus par son exemple : « Votre pape Innocent, ajouta-t-il, est un empereur, et non pas un éVêque *. »
Après le vice de la simonie et celui de l'incontinence, contre lesquels la papauté avait lutté jusqu'ici avec une si louable constance, ce faste et cette vie profane du haut clergé étaient alors ce 'qui offensait le plus les hommes pieux. Si quelquesuns, tels que Tabbé de Clairvaux, se bornaient à désapprouver des mœurs si contraires à la simplicité religieuse et à leur opposer le spectacle de leurs propres vertus, d'autres, plus hardis, croyaient qu'il y avait là une réforme à opérer et qu'elle était comme le complément nécessaire de colles qu'avaient su imposer Grégoire VII et ses premiers successeurs. Pascal, dans le moment .où il s'était vu aux prises avec
1. c Inter quos quidam philosophas... canino latratu sanctam romanam et apostolicam sedem totamqae occidentalem ecclesiam corrodere cœpit, dicens romanam pontificem imperatoremi non episcopum esse. » Petr. Chron. eas. 1. IV, e. 115» 116.
Henri V, avait tente inutilement d'accomplir cette réforme. Ce que ce pontife n'avait su réaliser, un simple clerc de l'église de Brcscia, du nom d'Arnauld, osa l'entreprendre. Ardent, éloquent, austère, doué de toutes les qualités qui entraînent la multitude, il chercha à faire prévaloir des idées qu'il jugeait conformes au véritable esprit do la religion. Selon toute apparence, ce fut dès l'année 1138 qu'il commença le rôle qui devait le rendre célèbre. Dans de fréquentes prédications qui émurent la population de Broscia, il remontra que les richesses et la puissance temporelle détenues par le clergé étaient contraires aux préceptes de l'Évangile ; que, par le seul fait de posséder des domaines et d'exercer des droits seigneuriaux, les évoques et les abbés compromettaient leur salut éternel, et qu'ils devaient les restituer aux princes et aux laïques dont l'Église les avait reçus ^ En rattachant ces doctrines au principe du salut, il leur apportait une force que Pascal ne leur avait pas donnée. De Brescia, l'écho de ces prédications se répandit bientôt dans toute la Haute Italie. L'épiscopat, qui avait combattu ces idées chez Pascal, n'était pas disposé à les tolérer chez un clerc. L'évêque de Brescia dénonça Arnauld à Rome comme suscitant des querelles dans son diocèse entre le clergé et les séculiers. Innocent craignit, de son côté, que ces hardiesses ne devinssent pour l'Église une nouvelle cause de troubles. Il enjoignit à Arnauld de quitter l'Italie, avec défense de prêcher à l'avenir et de rentrer dans la péninsule sans la permission du saintsiège *.
Ce fut dans un concile réuni à Rome, au mois d'avril 1 139, en l'église de Latran, que le pape prononça cette sentence. A ce concile, plus considérable encore que celui de 1 123 et qu'on appela le dixième œcuménique ou le second de Latran, s'étaient rendus plus de mille prélats, patriarches, archevé-
1. « Dicebat nec cUricos proprietatem, née episcopos regaUa, nec monach08 pqfisessiones kabentes... posse salvari, cunctaquehaecprinci pis esse. » Otto Frîaiag. De gest, Frider., 1. II, c. 20.